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Platonov de Tchekhov. Mise en scène de Rodolphe Dana, Théâtre de La Criée (Marseille), du 19 au 21 Février 2015, par Philippe Oualid

On trouve en genèse dans Platonov (1880), oeuvre de jeunesse de Tchekhov, l'esprit, l'atmosphère, et la plupart des thèmes de son théâtre.


Un homme qui a raté sa vie, perdu ses illusions et ses forces, ne fait plus que parler en vain au fin fond de cette vieille province russe où règne un climat d'ennui mortel. Son énergie ne trouvant aucune issue positive, se mue en pouvoir de séduction et fait apparaître le personnage comme un Don Juan pervers, un salaud ou un vaurien qui mène infailliblement tous les êtres à leur perte, quoique l'auteur s'abstienne de le juger, sachant qu'il est à la fois responsable et victime de son milieu.

Avec une impitoyable vérité, Tchekhov parvient déjà à montrer un fastidieux tableau de la vie humaine telle qu'elle se déroule dans le chaos de la médiocrité, en présentant des situations qui se délitent sous l'érosion du temps. La pièce très longue, difficilement jouable sous sa forme originale, n'a jamais été représentée du vivant de l'auteur, et a été découverte en 1920 dans les archives littéraires de Tchekhov, à Moscou.

Après Jean Vilar (1956: « Ce Fou de Platonov »), Rodolphe Dana la met en scène dans un bric-à-brac de canapés, de chaises, d'armoires, de tables de jeu et d'objets hétéroclites, en cherchant courageusement à faire passer la rampe à ce texte dramatiquement incohérent, chargé de platitudes et de vagues discours moralisateurs sur l'esprit de sacrifice ou l'émancipation des Femmes.
Assis d'abord au fond du plateau, attendant sagement leur tour d'entrer en scène pour proférer leurs répliques, les acteurs de cette pièce tendent à devenir progressivement des personnages consistants, capables de se caractériser dans des jeux de rôles plus ou moins explosifs, le plus souvent au prix d'un cabotinage excessif qui les rend peu crédibles. Et si l'on admire le jeu raffiné et recherché d'Emmanuelle Devos (Anna Petrovna, la veuve mondaine, oisive , frivole et sensuelle, qui ne sait à quel saint se vouer), la spontanéité de Rodolphe Dana (Platonov), la forte présence scénique de Katja Hunsinger (Sofia Egorovna, la pédante), de Julien Chavrial (Isaak Venguerovitch) ou d'Antoine Kahan (Kirill Glagoliev), on ne peut que déplorer de les voir, à chaque entracte, se métamorphoser en machinistes ou en danseurs de surboum !
Malheureusement, tout ce déploiement de talents indéniables, trois heures durant, n'empêche pas le spectateur qui a lu la pièce, d'être excédé par la médiocrité de cette première dramaturgie tchekhovienne s'il songe un tant soit peu à la comparer à celle des chefs d'oeuvre dignement mis en scène comme La Mouette ou La Cerisaie.
Philippe Oualid


Pierre Aimar
Dimanche 22 Février 2015
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