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Music-Hall de Jean-Luc Lagarce sur une mise en scène de Lambert Wilson, au Théâtre du Gymnase à Marseille

Une ancienne chanteuse de cabaret, La Fille, se présente devant le public pour raconter à la troisième personne, puis à la première du singulier, ses déboires de meneuse de revue de music hall sur des plateaux minuscules, en tournée, au coté de deux boys dégingandés qui commentent son propos à la première personne du pluriel. Installée ensuite sur un tabouret de comptoir de bar, en robe de gala, parée d'une étole de fourrure, de bas résille, d'escarpins, perruquée, elle évoque dans une syntaxe maladroite, plus ou moins déconstruite, les instants sordides de ce qui fut son quotidien et sa manière singulière de surmonter désenchantements, humiliations et désespoirs, au cours de ses différentes tournées, en faisant preuve d'une force de caractère étonnante.


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Tournée en France.
La voix de Joséphine Baker interprétant: « Ne me dis pas que tu m'adores/Embrasse-moi de temps en temps » ponctue son monologue à maintes reprises et provoque quelques esquisses du spectacle que l'entraîneuse de saloon, entourée de ses deux acolytes, s'efforçait de rendre agréable à son public de jadis.
Indépendamment de ce scénario, il faut encore préciser que le principal ressort de ce spectacle qui illustre intelligemment l'écriture rhapsodique de Jean-Luc Lagarce, mort prématurément en 1995, concerne la mise en scène de l'oralité du langage. En effet, ce que met en oeuvre cet auteur dramatique, c'est toujours la complexité de notre rapport à la langue, la lutte permanente de la voix et du sens dans la banalité du français parlé: une accumulation de brefs segments, sans liens logiques exprimés, compose ainsi un entrelacs d'expressions, de clichés répétés sur lesquels le sens se concentre par cristallisation progressive.
Fanny Ardant excelle dans ce rôle de chanteuse en fin de carrière qui nous recommande de rester assis pour l'écouter sombrer dans un bafouillage dérisoire devant ses deux vieux boys, échos sonores qui la suivent « à quatre pas de distance, lents et désinvoltes » (Eric Guérin et Francis Leplay). Epousant admirablement dans sa diction mélodieuse le souffle qui cerne la chaîne des mots et les organise à la hâte, elle exprime théâtralement, comme lors d'une improvisation, les hésitations, détours ou incises d'une parole qui se cherche éperdument. Médusée, la salle l'ovationne longuement au moment des saluts.
La mise en scène de Lambert Wilson, concentrée sur le déplacement, l'art du geste, la démarche ou la pose, respecte les rythmes de l'élocution avec une élégance qui force l'admiration par sa justesse et sa précision. Pour glorifier sa longue carrière, ce généreux comédien devrait se consacrer entièrement à explorer les modalités spectaculaires et les spécificités poétiques de textes théâtraux contemporains construits sur l'expérience quotidienne du langage. Il sait donner à voir et à entendre l'essentiel avec beaucoup de talent. Que peut désirer de plus le spectateur récalcitrant d'aujourd'hui ?
Philippe Oualid.


pierre aimar
Lundi 12 Octobre 2009
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