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Marseille, théâtre Toursky : « Invitation au château », de Jean Anouilh, un spectacle somptueux

De Jean Anouilh par la compagnie Oxygène.
Mise en scène Charlène Lauer • Avec Marie Behar, Édouard Dossetto, Charlène Lauer, Emmeline Naert, Alexandre Schuers et Alexandre Serret.


© DR
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Une fois encore le théâtre Toursky a l’art de surprendre et de séduire. La troupe oxygène présentait, salle Léo Ferré, «L’Invitation au Château » de Jean Anouilh.
Cette troupe se définit elle-même « un théâtre laboratoire détonnant aux multiples expérimentations scéniques explosives. » La définition n’est pas usurpée. Ses ingrédients favoris : un esprit de troupe, une prose grinçante, une mise en scène rock’n’roll, du rire et de l’évasion. En perspective, toujours, un beau voyage artistique, sans limites imaginaires ou créatrices. C’est à une somptueuse «L’Invitation au Château » que nous avons eu le loisir d’assister ce 27 octobre 2018.

Colère, satisfaction, amusement, froideur pour Horace, déception, tristesse, ravissement pour Isabelle, stupéfaction, culpabilité, compassion pour Frédéric, tous ces sentiments s’enchevêtrent, se juxtaposent, se chevauchent dans un charivari contrôlé où la performance des acteurs est remarquable. Un théâtre de l’absurde où la mise en abyme utilisé par Anouilh pour dénoncer le caractère artificiel et superficiel de la microsociété qu’il représente est subtilement mise en valeur ; un constat amer de l’auteur sur la société de son temps… La mise en scène originale, loufoque, rythmée, donne plus de poids encore au regard particulier porté par Anouilh sur ses semblables et la société de l’époque. Sous les rires, le masque tombe.
« À force de n'être chez eux nulle part, ils ont fini par prendre le mauvais genre de s'y croire partout. » « ... il ne faut pas avoir peur des gens méchants, Mademoiselle, ce sont de pauvres diables comme les autres. Les imbéciles seuls sont vraiment redoutables ! »

Une chose est sûre dans L’Invitation au château : tout part de l’ennui des personnages. Alors arrive l’urgence de vivre. C’est trépidant, excellemment interprété, haut en couleur, chronométré au centième, divertissant, une réussite absolue.

« Le bonheur, c’est concilier tous les petits équilibres qu’on peut trouver au cours de la vie et en faire une jolie danse. » Edouard Dossetto

Nous avons rencontré Edouard Dossetto qui interprète brillamment dans la pièce les rôles des jumeaux Horace et Frédéric. C’est avec un grand sourire que ce charmant jeune homme de 28 ans répond à mes questions. Normalien agrégé en mécanique, il s’est spécialisé en Energies Renouvelable à l’Ecole Polytechnique, avant de s’’intéresser aux politiques publiques en tant qu’Ingénieur du Corps des Ponts, des Eaux et Forêts. Ses sujets de recherche portent à la fois sur les politiques publiques en matière d’énergie et d’environnement ainsi que sur leurs impacts dans la gestion des risques financiers engendrés par le climat. Il poursuit parallèlement avec bonheur une carrière de comédien au théâtre.

Danielle Dufour-Verna – Comment êtes-vous venu à la scène ?
Edouard Dossetto - Je n’ai jamais dissocié la scène de mon cursus ; je me produisais beaucoup dans des comédies musicales. J’ai fondé des compagnies de danse, des associations de comédies musicales, de pom-pom girl, avant et après le bac. Au lycée Thiers où j’étudiais, j’organisais le bal des terminales, j’ai toujours fait un peu des deux.

Ddv –Quel est votre activité principale ?
Je fais une thèse sur l’économie du climat. C’est mon activité principale. Je travaille à créer avec l’écologie des modèles qui tiennent compte du climat. C’est passionnant. J’essaie de lutter contre les modèles macro-économiques qu’on utilise actuellement et qui sont stupides à mon sens car ils ne tiennent pas assez compte du climat. En même temps, je joue aussi au théâtre d’une manière professionnelle puisque je suis aussi payé pour cela. J’ai le droit dans mon contrat en doctorant. Je fais aussi de théâtre en qualité d’amateur.
Ddv -Où trouvez-vous le temps pour exercer ces deux activités très accaparantes ?
ED -Je dors très peu. Jusqu’à présent, j’ai réussi à créer un équilibre entre les répétitions, les représentations et la thèse de dernière année. J’apprends très vite les textes et quand je répète les projets, j’ai eu beaucoup de chance jusqu’à présent avec les gens avec lesquels je répète. Ce sont des gens très compétents, très compréhensifs. Sur ‘L’Invitation au château’ j’ai appris le rôle l’an dernier, j’ai fait trois semaines de répétitions. C’était magique, c’est allé très très vite. J’avais un ou deux après-midi de répétitions par semaine. Ce n’était rien du tout. Ça n’empiétait pas sur ma thèse et en même temps, j’avais un spectacle comme vous avez pu le voir, répété trois fois, très intensément et avec beaucoup de plaisir car ils sont tous très sympathiques, vous les avez rencontrés. C’était chouette, l’occasion de rencontrer des gens qui sont doués, qui ne se prennent pas la tête sur des détails.
Ddv –Le côté humain, disons humaniste, de vos camarades est-il important pour vous ?
E.D –Indispensable ! Ces gens-là, ce sont des perles en termes humains. Donc tu gagnes beaucoup de temps, tu prends plus de plaisir, c’est important car cela permet de mieux jouer, d’échanger des choses. Je suis le moins à l’aise sur cette pièce car je suis le plus jeune de la pièce. Ils sont tous performants, tous splendides. Ils me portent. C’est là que le côté humain est très important car je suis en confiance grâce à eux. Cela aide forcément.
Ddv -Pourquoi Anouilh ?
E.D -A l’origine c’est le choix de Charlène Lauer qui a signé la mise en scène. C’est elle qui a choisi son texte. Elle voulait importer le travail d’Artaud sur la pièce d’Anouilh. Elle est très brillante et elle a réussi cette façon expérimentale.
Ddv –La pièce que vous nous avez donnée à voir et à entendre, rythme endiablé, genre ‘commedia dell’arte’, fonction cathartique de l’œuvre, me rappelle étrangement ‘Les fourberies de Scapin’
E.D -C’est exactement ce que Charlène aurait voulu entendre. Pour elle le rire permet l’évasion. La pièce n’est pas vouée à être jouée comme on l’a fait.
Ddv –Vos parents ont-ils été des moteurs à votre penchant pour le théâtre ?
E.D -De manière inconsciente sans doute ; papa écrit des pièces, des livres, assistait aux répétitions. Je pense que cela a un peu diffusé du père au fils. Maman, c’est le théâtre, le show
Ddv -Ses yeux brillaient en vous voyant jouer…
E.D -C’est réciproque, comme moi, quand je l’ai vue plaider.
Ddv – Quels univers vous enthousiasment ?
E.D -La passion pour l’environnement, pour le théâtre et pour la danse. A l’origine, je viens de la danse. Cela me permet de travailler au théâtre d’une manière un peu plus rigoureuse que ce que l’on voit d’habitude. J’ai fait beaucoup de danse, c’est maman qui m’y a mis. A 14 ans elle m’a dit « Tu vas commencer à avoir des boums, il faut que tu apprennes à danser ». Depuis j’apprends toutes les danses en couple ; du contemporain aussi et du jazz, mais beaucoup en couple car on a cette relation qui s’instaure avec sa partenaire, comme au théâtre.
Ddv – Votre élocution est parfaite, un sursaut dans le passé en somme !
E.D -Ma grand-mère était une grande littéraire qui me racontait beaucoup d’histoires quand j’étais petit, qui m’a donné beaucoup envie de beaucoup lire et de m’intéresser à l’élocution. Et puis, il y a les profs avec lesquels j’ai pris des cours de diction pour être acteur
Ddv - Comme l’impression de voir une pièce de théâtre des années 60…
E.D -C’était l’objectif. L’acoustique de la salle était très bien. Ma voix trainait un peu dans mon personnage, un peu à la Gérard Philippe, typique du théâtre d’il y a 30 ou 40 ans, un théâtre d’époque, en noir et blanc.
Ddv –Vous êtes installé à Paris, pourquoi ce choix ?
E.D -Pour mes études. Je suis d’abord passé par Rennes. J’ai fait mes classes préparatoires à Thiers et j’ai été reçu à l’école normale supérieure à Rennes. Je voulais faire la 4e année en énergie renouvelable. Paris me correspondait mieux et j’y suis resté ; Je ne sais pas ce que je ferai ensuite, peut-être redescendre dans le sud.
Ddv –Votre situation actuelle vous pèse-t-elle ?
E.D -La situation actuelle ne me pèse pas ; il y a deux ans je me sentais déchiré entre mes différentes passions - je suis aussi passionné par tous les sujets d’économie et de partenariat. Maintenant je commence à comprendre que ce n’est pas du tout un déchirement, plutôt un épanouissement.
Ddv – Le bonheur pour vous, c’est quoi ?
E.D – C’est concilier tous les petits équilibres qu’on peut trouver au cours de la vie et en faire une jolie danse »

On l’aura compris, ce jeune comédien séduit par son talent, mais également par son intelligence et sa modestie. A suivre…
Danielle Dufour-Verna


Danielle Dufour-Verna
Mardi 6 Novembre 2018
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