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Marseille, Théâtre Toursky : Clémentine Célarié, magistrale, dans « Sur la route de Madison »

L’exceptionnelle programmation du Théâtre Toursky, à Marseille, a offert au public, une fois encore, une soirée magique à la rencontre de comédiens fantastiques.


« Sur la route de Madison » est l’adaptation au théâtre par Didier Caron et Dominique Deschamps du film culte éponyme, un best-seller mondial, une des plus belles histoires d’amour du XXe siècle.

Dans la chaleur étouffante d’un jour d’été 1965, au fin fond de l’Iowa…
Alors que son mari et ses enfants sont partis à une foire aux bestiaux dans l’Illinois, Francesca Johnson, mère de famille qui mène une vie paisible, croise la route de Robert Kincaid, reporter chargé de photographier les ponts du comté de Madison pour le National Geographic. Dès le premier regard, ils savent qu’ils sont faits l’un pour l’autre. Ils ne disposent que de quelques jours pour se découvrir et vivre cette passion secrète, intense et sans espoir, presque mystique, dont le souvenir deviendra leur seule raison de vivre.

Clémentine Célarié et Aurélien Recoing reprennent les rôles créés au cinéma par Meryl Streep et Clint Eastwood, d’après le célèbre roman de Robert James Weller. Ce film a marqué fortement les esprits. Passer après les deux monstres sacrés qui ont marqué ces rôles de leur empreinte et prendre à bras le corps une pièce aussi intense en émotion, relève d’un véritable challenge. Il fallait également considérablement soigner la scénographie et la mise en lumières. Anne Bouvier réussit là un véritable tour de force. D’entrée, aucun flottement, on sait où l’on est et les scènes se succèdent, coulant de l’une à l’autre, épousant le mouvement des étoiles, ou celle d’une porte que Francesca remue pour apaiser la chaleur étouffante du soir.

« Mon secret, il est trop beau, il est trop fort, je ne veux pas qu’il meure avec moi »

La scène s’ouvre sur une pénombre dont le bleu nimbe sur les murs l’ombre de feuillages sombres. Une femme âgée, légèrement voûtée, s’assoit péniblement sur une pierre près d’une pierre tombale, un coffre sur les genoux, et s’adresse à son mari, Richard. D’emblée, le ton est donné : le décor, la luminosité. On entre de plain-pied dans la mouvance de l’histoire. Edulcorés les passages avec les enfants héritiers découvrant l’histoire cachée de leur maman. La pièce y gagne en intensité. Sublime, Clémentine Célarié joue avec ses tripes et s’abîme, elle, l’actrice, corps et âme, dans cet amour désespéré. Elle ne joue pas Francesca, elle est Francesca.
L’adaptation, la mise en scène, le décor, les lumières, collent au film sans trahison, sans longueur, sans moment lourd. Le temps s’écoule comme un souffle. On vibre avec Francesca, on pleure avec elle. On s’emplit de cette poésie qu’elle avait enfouie à jamais dans son cœur et qui rejaillit avec Robert. C’est lui qui, en la déshabillant, au concret comme au figuré, lui permet de renaître à la vie, lui révèle la vie. A nouveau des sensations sur sa peau, des rêves qu’elle croyait effacés. A nouveau cette Italie dont la musique la berce. Au creux des bras de Robert, c’est sa liberté de femme qui surgit, une force nouvelle. C’est cette même liberté qui lui fait choisir de demeurer dans le carcan d’une vie d’épouse soumise. C’est librement qu’elle choisira de garder comme un écrin cet amour qui lui permettra de vivre le restant de ses jours.
Pourtant, au crépuscule de sa vie, elle regrettera ce geste. Le final, à la fois poignant et onirique, plus intense que celui du film, est empreint d’une douce et merveilleuse poésie.

L’exquise Clémentine Célarié est bouleversante de bout en bout. Elle campe une femme fragile et solide à la fois, une femme vraie. Aucun des mots n’échappe aux spectateurs tant la voix est magnifiquement projetée, chaude, sensuelle, claire. Clémentine happe les spectateurs par tout son être. Par la gestuelle élégante, le déplacement du corps si naturel, les modulations de sa voix, le public touche à l’absolue intimité de cette femme. Aurélien Recoing donne la réplique à Clémentine Célarié avec brio et justesse. Un rôle qui s’étoffe au fur et à mesure de la pièce. Un très bel acteur à la voix chaude. Il incarne le rôle du baroudeur qui ne vit que pour les voyages mais qui serait prêt à poser ses valises pour cette femme. Gilbert Cesbron est le mari. Il a le rôle ingrat de celui qu’on voit peu, au début de la pièce, et à la fin, mais suffisamment pour apprécier le comédien.

Divine Clémentine
C’est à elle que revient le rôle principal. C’est elle qui enchevêtre les spectateurs dans les filets de ses sentiments, de ses tourments, de ses rêves. Elle qui les fait danser quand elle danse, pleurer quand elle pleure. Divine Clémentine Célarié !

Et si le message était : donner de l’amour ?
Au final, une pièce magique et des comédiens bourrés de talent qui assurent que l’amour peut être éternel et qui, l’espace d’un soir, font oublier les vicissitudes de la vie. C’est cela aussi le théâtre : un moment suspendu, hors du temps, un bonheur en partage. Et cette fragrance de bonheur et d’amour, elle reste là, sur la peau, quand le spectateur rentre chez lui. Envie de sourire au passant dans la rue, de serrer la main du compagnon, de l’enfant ; d’allumer une bougie à la fenêtre pour accueillir un soir celui qui a faim ; un besoin de fraternité, d’amour. S’emplir d’amour pour en offrir. Serait-il là, le véritable message ?
Danielle Dufour-Verna


Danielle Dufour-Verna
Mercredi 12 Décembre 2018
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