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Bérénice de Racine au Théâtre Gyptis, Marseille, du 18 au 22 Octobre 2011

Démontrer que "toute l'invention consiste à faire quelque chose de rien", tel était le but que Racine s'assignait en écrivant Bérénice, avec le dessein de porter un coup aux tragédies de Corneille bourrées d'événements et de rebondissements. Une phrase de Suétone servait de prétexte :"Titus qui aimait passionnément Bérénice, et qui même, à ce qu'on croyait, lui avait promis de l'épouser, la renvoya de Rome, malgré lui et malgré elle, dès les premiers jours de son empire".


Bérénice © Laurent Grino
Bérénice © Laurent Grino
On a beaucoup glosé, depuis la création du rôle de Bérénice par La Champmeslé, en novembre 1670, sur cette élégie qui se voulait tragédie et qui fut avant tout un grand succès de larmes, oublié puis réhabilité au XXème siècle par des études et des acteurs héroïques dans des mises en scène brillantes qui ont fait la part belle à l'expression des passions et à la tristesse majestueuse.
Aujourd'hui, Jean-Claude Nieto perçoit ce drame du renoncement comme la tragédie abstraite d'une femme"qui pose l'exigence d'une parole vraie et refuse qu'on lui impose des choix". Sa mise en scène, ponctuée à la fin de chaque acte par le bruit de balencier d'une horloge, précipite en une heure trente, le mécanisme d'une action dramatique dont la progression mène à l'inévitable catastrophe. En amputant le texte de la pièce de nombreux alexandrins, il lui ôte son caractère morbide, ennuyeux, mais gomme du même coup une grande part de la fascination qu'elle pouvait exercer sur un public romanesque. . .
On peut regretter qu'Antiochus (Raphaël Gimenez), amoureux chevaleresque, torturé par son rôle de double confident, s'exprime pendant les trois premiers actes, comme une figure de discours neutre et insensible, emplissant l'espace d'un langage purement fonctionnel, martelant péniblement toutes les syllabes des alexandrins. Quant à Titus (Fabio Ezechiele Sforzini), victime de sa passivité et de sa lâcheté, il finit par se rendre objectivement grotesque avec son accent italien prononcé et ses grands gestes emphatiques. Bérénice, elle (Floriane Jourdain), ne joue pas sur la diversité des registres de voix, les intonations mélancoliques et les larmes débordantes, mais reste jusqu'à la fin une reine énergique, dominant son destin, et même capable de gifler le jeune empereur à la fin du quatrième acte!
Il n'est pas aisé de juger favorablement ce spectacle qui se déroule dans une scénographie et des costumes traditionnels(de Katia Duflot), et qui n'a pas encore, semble-t-il, trouvé son rythme, à partir d'une répétition générale. Mais on perçoit qu'à la longue, il saura plaire et toucher tous ceux qui étudient Racine, et peuvent rester sous le charme d'une diction équilibrée, bien défendue par les trois confidents. . .
Philippe Oualid.

Bérénice de Racine au Théâtre Gyptis, Marseille, du 18 au 22 Octobre 2011
Mise en scène de Jean-Claude Nieto


Pierre Aimar
Mardi 18 Octobre 2011
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