« il y a d’autres mondes … »
Damián Valdés Dilla sans titre, 2000 - 84 x 49 cm
C’est son quartier d’Alamar, à la Havane - paysage déshérité aux immeubles soviétiques dressés face à la mer – qui semble être devenu la matrice parfaite pour nourrir des rêves d’ailleurs.
out commence lorsqu’il a 17 ans et que ses crises de schizophrénie paranoïde lui ferment les portes de l’école, en même temps que son isolement social nourrit peu à peu son besoin d’échappatoire. Les rebuts, témoins d’un monde effondré et immobile, serviront à édifier ses tours et autres moyens de locomotion. Les premières, denses et verticales, saturent l’espace comme pour conjurer le vide. Les seconds paraissent vouloir abolir les distances et réactiver le rêve d’Icare. Toutes manifestent une foi inébranlable en la capacité de l’homme à s’affranchir des aliénations et à échapper aux assignations à résidence. Fût-ce par le rêve.
Ces constructions relèvent d’une forme d’hétérotopie — des lieux autonomes, régis par leurs propres lois — où le réel est déplacé plutôt que fui. L’évasion, ici, n’est pas sortie du monde mais reconfiguration intérieure. Il y a du Facteur Cheval et du Bodys Isek Kingelez chez Valdes-Dilla, voire du Piranèse. Plus encore lorsqu’on se rappelle que cet architecte visionnaire du XVIIIe siècle avait fabriqué ses fameux candélabres en utilisant lui aussi des débris, ceux provenant des fouilles de la villa d’Hadrien.
Par la suite, le passage au dessin marque un tournant. Là où ses assemblages tenaient par un enchevêtrement triomphal, ses vues urbaines imposent leurs perspectives vertigineuses et leur organisation rigoureuse, le trait tentant de stabiliser ce que la matière débordait. Même si l’artiste s’ingénie parfois à perturber cet ordre en y insérant des scènes de chaos et de destruction. Cependant, ses métropoles demeurent traversées de flux incessants et radicalement vides de présence humaine. Comme si l’homme s’était retiré au profit d’un système autonome. À moins que Valdés Dilla n’ait voulu s’y ménager un espace de projection.
Loin d’être marginale, une telle œuvre engage l’histoire de l’art en son point le plus sensible : celui où créer ne signifie plus produire pour autrui, mais rendre le monde — fût-il intérieur — simplement habitable. Car, comme l’écrivait Éluard « il y a d’autres mondes, mais ils sont dans celui-ci ».
christian berst
out commence lorsqu’il a 17 ans et que ses crises de schizophrénie paranoïde lui ferment les portes de l’école, en même temps que son isolement social nourrit peu à peu son besoin d’échappatoire. Les rebuts, témoins d’un monde effondré et immobile, serviront à édifier ses tours et autres moyens de locomotion. Les premières, denses et verticales, saturent l’espace comme pour conjurer le vide. Les seconds paraissent vouloir abolir les distances et réactiver le rêve d’Icare. Toutes manifestent une foi inébranlable en la capacité de l’homme à s’affranchir des aliénations et à échapper aux assignations à résidence. Fût-ce par le rêve.
Ces constructions relèvent d’une forme d’hétérotopie — des lieux autonomes, régis par leurs propres lois — où le réel est déplacé plutôt que fui. L’évasion, ici, n’est pas sortie du monde mais reconfiguration intérieure. Il y a du Facteur Cheval et du Bodys Isek Kingelez chez Valdes-Dilla, voire du Piranèse. Plus encore lorsqu’on se rappelle que cet architecte visionnaire du XVIIIe siècle avait fabriqué ses fameux candélabres en utilisant lui aussi des débris, ceux provenant des fouilles de la villa d’Hadrien.
Par la suite, le passage au dessin marque un tournant. Là où ses assemblages tenaient par un enchevêtrement triomphal, ses vues urbaines imposent leurs perspectives vertigineuses et leur organisation rigoureuse, le trait tentant de stabiliser ce que la matière débordait. Même si l’artiste s’ingénie parfois à perturber cet ordre en y insérant des scènes de chaos et de destruction. Cependant, ses métropoles demeurent traversées de flux incessants et radicalement vides de présence humaine. Comme si l’homme s’était retiré au profit d’un système autonome. À moins que Valdés Dilla n’ait voulu s’y ménager un espace de projection.
Loin d’être marginale, une telle œuvre engage l’histoire de l’art en son point le plus sensible : celui où créer ne signifie plus produire pour autrui, mais rendre le monde — fût-il intérieur — simplement habitable. Car, comme l’écrivait Éluard « il y a d’autres mondes, mais ils sont dans celui-ci ».
christian berst
lázaro martínez durán « video ergo sum »
Lázaro Martínez Duran
Chez Lázaro Martínez Duran, créer revient d’abord à regarder. Ainsi, le monde qui défile devant ses yeux se trouve figé dans ses téléviseurs. Comme pour interrompre - à défaut de le maîtriser - ce flux incessant, l’énergie narrative déployée est immédiatement lisible ; foules, villes, personnalités publiques et manifestations forment ainsi un kaléidoscope où le collectif domine.
Dans l’écran, l’image se cadre, se redouble, s’expose. L’univers de Duran n’est plus seulement représenté : il est filtré et recomposé. En mêlant tracé et fragments de presse, en tissant des liens ténus entre histoire internationale et scènes de la vie ordinaire, Lázaro fabrique avec des chromos une actualité instable ; une sorte de journal intime projeté où le réel devient montage, où la propagande est déjouée. Car il ne documente pas : il édite.
Tout, chez lui, semble reprendre les codes du Pop Art : icones modernes, collage, frontalité. Pourtant, là où le Pop introduisait distance et ironie, Lázaro opère une appropriation plus directe. Les images ne sont pas commentées, elles sont soulignées par ses dessins pour être mieux absorbées. Le passage au volume - téléviseurs bricolés à partir de cartons et de rebuts - accentue encore ce déplacement : l’objet médiatique est reconstruit dans une économie fragile, domestique, presque précaire.
En filigrane, Cuba affleure. Les rassemblements, les tensions politiques, le régime de surveillance, mais aussi la place ambivalente des canaux de diffusion de masse, entre information et mise en scène. L’écran devient alors un espace de négociation, où s’élabore une version personnelle de la société cubaine, entre vécu et imaginaire. En définitive, Lazaro Duran ne paraît pas utiliser l’archive comme un outil critique pour déconstruire un discours ; il cherche davantage à dépasser le statut de témoin auquel il se sent réduit afin de prendre pleinement part au spectacle du monde.
Dans l’écran, l’image se cadre, se redouble, s’expose. L’univers de Duran n’est plus seulement représenté : il est filtré et recomposé. En mêlant tracé et fragments de presse, en tissant des liens ténus entre histoire internationale et scènes de la vie ordinaire, Lázaro fabrique avec des chromos une actualité instable ; une sorte de journal intime projeté où le réel devient montage, où la propagande est déjouée. Car il ne documente pas : il édite.
Tout, chez lui, semble reprendre les codes du Pop Art : icones modernes, collage, frontalité. Pourtant, là où le Pop introduisait distance et ironie, Lázaro opère une appropriation plus directe. Les images ne sont pas commentées, elles sont soulignées par ses dessins pour être mieux absorbées. Le passage au volume - téléviseurs bricolés à partir de cartons et de rebuts - accentue encore ce déplacement : l’objet médiatique est reconstruit dans une économie fragile, domestique, presque précaire.
En filigrane, Cuba affleure. Les rassemblements, les tensions politiques, le régime de surveillance, mais aussi la place ambivalente des canaux de diffusion de masse, entre information et mise en scène. L’écran devient alors un espace de négociation, où s’élabore une version personnelle de la société cubaine, entre vécu et imaginaire. En définitive, Lazaro Duran ne paraît pas utiliser l’archive comme un outil critique pour déconstruire un discours ; il cherche davantage à dépasser le statut de témoin auquel il se sent réduit afin de prendre pleinement part au spectacle du monde.
Info Plus
christian berst art brut
3-5-6 passage des gravilliers
75003 paris
france
3-5-6 passage des gravilliers
75003 paris
france


Paris, christian berst art brut : Damián Valdés Dilla & Lázaro Martínez Durán. Exposition du 30 avril au 13 juin 2026
Lyon, la petite galerie : Jacques Chaverot, « L'instant et son ombre » du 6 mai au 10 juin 2026
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