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Notre-Dame des Fleurs, de Jean Genet, au Théâtre du Gymnase (Marseille), critique de Philippe Oualid

Antoine Bourseiller est revenu à Marseille présenter dans ce théâtre du Gymnase dont il fut directeur, de 1967 à 1972, une adaptation théâtrale mise en scène du premier roman de Jean Genet, Notre-Dame des Fleurs, produite par le CDN de Nice avec le soutien de La Fondation Pierre Bergé-Yves Saint-Laurent.


Notre-Dame des Fleurs © Fraicher & Matthey
Notre-Dame des Fleurs © Fraicher & Matthey
Ecrit dans une cellule de la prison de Fresnes, en 1942, Notre-Dame des Fleurs inventait une pratique du récit à la première personne, racontant à la fois une histoire de travestis et de souteneurs, et l'origine des fantasmes homosexuels de l'auteur. Le véritable personnage du roman est un narrateur qui s'invente un monde romanesque à partir de fragments prélevés sur sa réalité de prisonnier:coupures de journaux, photos de criminels collés au mur, et « qui tombent sur ses pages comme feuilles mortes pour fumer son récit ». Se jouant ainsi des scènes de sa vie intérieure, il n'exige rien d'autre que de nous faire partager ce jeu.
L'adaptation théâtrale qu'en donne Bourseiller ne peut que décevoir le lecteur attentif du roman dans la mesure où elle ne choisit pas de mettre en valeur tous les fantasmes du monde de l'inversion célébrés par Genet, et dont la vérité réside avant tout dans un rapport à des impressions enfantines originelles évoquées dans le récit autobiographique, parallèle au récit premier, un rapport à des messes, des odeurs d'encens et de cierge recueillies jadis dans une Chapelle de la Vierge, et qu'on retrouve d'emblée dans les pseudonymes et les comportements des garçons travestis : Divine, Première Communion, Mimosa, ou Notre-Dame des Fleurs.
Par ailleurs, le spectacle se déroule dans une scénographie obsolète, constituée d'éléments fonctionnels de décor ou de panneaux indicateurs du lieu de l'action qui sortent des coulisses ou des cintres, et se révèlent vite dérisoires, tout juste susceptibles d’appauvrir l'imaginaire du récit proféré avec force par le comédien, double de Genet, qui évolue sous un loft étriqué surplombant la scène, meublé d'un grand lit, d'un fauteuil et d'un paravent.
Les jeunes acteurs de ce théâtre de la transgression des normes, comédiens issus de l'école régionale de Cannes pour la plupart, convoqués sur le plateau par le colérique narrateur-marionnettiste (Baptiste Amann), s'en donnent à coeur joie au jeu des métamorphoses, des luttes et des étreintes érotiques que leur impose le travesti. Ils prennent visiblement un malin plaisir à incarner, sans trop d'obscénité, quelques fantasmes homosexuels sommaires, tout particulièrement Benjamin Tholozan (Divine) et Yoann Parize (Mignon), « le mac » qui se complait à se transformer occasionnellement en « tante » pour se soustraire aux exigences de sa virilité. . .
Malheureusement, par delà la séduction qu'opère l'interprétation intelligente de la parole provocante et incantatoire de Genet proférée dans le discours du narrateur au public, on éprouve une certaine lassitude à voir se répéter pendant deux heures trente, les passes médiocres de Divine au milieu de tableaux dépourvus de la somptueuse théâtralité qui caractérisait Le Balcon et Les Paravents, et l'on se demande si une adaptation cinématographique, à la manière de Querelle de Fassbinder, n'aurait pas mieux reflété l'univers imaginaire du narrateur-prisonnier.
Philippe Oualid

Notre-Dame des Fleurs, de Jean Genet.
Adaptation théâtrale et mise en scène d'Antoine Bourseiller.
Théâtre du Gymnase (Marseille). Du 7 au 9 Avril 2011


Pierre Aimar
Lundi 11 Avril 2011
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