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Avignon, Théâtre du Balcon : « Dans les Forêts de Sibérie ». Un William Mesguich enchanteur

« Et si la liberté consistait à posséder le temps, et si la richesse revenait à disposer de solitude, d’espace et de silence - toutes choses dont manqueront les générations futures ? »


Le Théâtre du Balcon, à Avignon, a longuement résonné, en ce 18 avril 2024, des applaudissements du public, nombreux, venu assister au spectacle « Dans les Forêts de Sibérie », de et avec l’excellent William Mesguich adapté du texte best-seller de Sylvain Tesson, aventurier et écrivain français.

« Dans la lenteur et la Simplicité »
On connait le comédien fougueux, investi, passionné, le comédien aux rôles forts nécessitant une implication du corps et de l’esprit aux limites du possible. Avec « Dans les forêts de Sibérie », l’acteur fait l’apprentissage, avec son personnage, de la lenteur et de la simplicité. En apparence seulement, car il faut une introspection, une maitrise de chaque instant pour parvenir à aliéner le public à cette atmosphère de sérénité intellectuelle, malgré les éléments qui se déchainent autour de la cabane. La cabane, havre de paix, cocon où l’homme aspire à se retrouver nu, fétus apprenant un nouveau langage, celui des arbres, de la nature, de la glace et de leurs musiques. De quoi s’agit-il au fond ? S’agit-il de se questionner, de se retrouver ou d’apprendre à se connaitre, à se trouver vraiment ? C’est tout cela à la fois que William Mesguich propose au public, avec délicatesse et avec un talent fou.

Une scénographie magnifique
Ne serait-ce la chaleur de ce très beau théâtre, la froideur glaciale sibérienne aurait presque pénétré la salle tant la scénographie, magnifique, plonge les spectateurs dans cet univers glacé. Des rondins de bois, un fond de scène vivant et vibrant où se meuvent les arbres et la neige ; une musique qui vient à point nommé appuyer les mots, les sentiments, sans les forcer ; des livres, des livres pour rappeler l’exubérance de la vie et puis, une photo, pour frapper au cœur celui qui ne peut évidemment pas, malgré ses efforts, oublier la civilisation. Mais il aura appris, appris de lui, et, étrangement, appris des autres. Appris à observer, appris à respecter, et, grâce à cette solitude, il aura appris à voir l’autre, à vivre avec l’autre.

Un conte comme on en dit aux enfants
Nous ne sommes plus des enfants ? Qui peut l’affirmer si nous­-mêmes possédons encore cette faculté de nous émerveiller… William Mesguich réussit, avec ce spectacle, à nous rendre cette âme d’enfant avide de pureté et d’humanité. A la manière d’un conte dont le lyrisme est accentué par des morceaux de musique classiques choisis avec grâce, « Dans les forêts de Sibérie » s’insinue en nous avec l’envie d’y croire encore et de le raconter aux enfants.

« Et s’il y avait du progrès dans cette régression »
Dans un monde bouleversé où sourdent les menaces, pesantes, d’une humanité en danger, il nous faudrait sans-doute, à l’instar de Sylvain Tesson… écouter le silence, et rester saisi, ébahi, charmé, devant une mésange… « Régression ? Non ! et s’il y avait du progrès dans cette régression ? »
William Mesguich, dans la lignée des grands

Clarté du propos, amour de la langue qu’il magnifie, exigence du rôle, respect du public, avec William Mesguich, comédien et metteur en scène, le théâtre français possède l’un de ses plus brillants interprètes.
Nous l’avons rencontré.
William Mersguich © DR
William Mersguich © DR

Interview

Danielle Dufour Verna – J’imagine que vous connaissez Sylvain Tesson..
William Mesguich – Oui, je le connais depuis à peu près une trentaine d'années. On se connaît et on se côtoie depuis très longtemps.
DDV - Comment peut-on, sans trahir l’auteur, réussir à faire de ces forêts de Sibérie une adaptation qui soit personnelle ?
William Mesguich -Quand j'ai commencé à travailler, je voulais vraiment m'éloigner de certains rôles un peu violents que j'avais joués ces dernières années, aller un peu sur un autre territoire. La pensée de Sylvain était belle ; il écrit des choses très passionnantes et très profondes. C’étaient des choses, des propos et des pensées qui étaient loin de moi et j'ai voulu tenter ce solfège là si j'ose dire. J’ai joué beaucoup de choses très virulentes : « Le dernier jour d'un condamné », « les mémoires d'un fou » de Flaubert ou « Le souper », Pascal dans « Pascal et Descartes » ou encore Macbeth, Richard III, Antonin Artaud, « Pompier », des choses un peu dures et je me suis dit il faut aller ailleurs, il faut que je joue avec ma personnalité. J’ai une personnalité relativement sensible. Je suis quelqu'un d'assez nostalgique, d'assez romantique, qui peut être assez doux, assez tendre, quand je joue des choses un peu plus comme cela, à fleur de peau.
DDV – Etes-vous, comme le dit si bien Sylvain Tesson, du côté des arbres et non des lampadaires ?
William Mesguich - Je suis un pur citadin, issu de la plus terrible des urbanités si j'ose dire. J’ai vécu à Paris toute ma vie et la donne a été a bouleversée. J’ai créé ce spectacle il y a 5 ans et ça a été, un peu, un électrochoc. J’ai travaillé avec Estelle Andrea qui m’a beaucoup soutenu dans ce projet et qui m'a poussé à aller dans cette direction.
DDV -Vous serez naturellement au Festival d’Avignon ?
William Mesguich –
En qualité de comédien, dans deux spectacles : « Les Forêts de Sibérie » à 14h30 à la Factory, et « Richard III » avec sept comédiens à 21h au Théâtre des Gémeaux ; deux spectacles que j’ai également mis en scène.

En qualité de metteur en scène : 6 spectacles dont une création.
La création, au Théâtre du Roi René, à 10h « Le domaine des murmures » sur un texte de Carole Martinez, autrice chez Gallimard ; un seul en scène interprété par une comédienne remarquable, Jessica Astier. C’est l’histoire d’une femme du 12e siècle qui refuse d’être mariée avec un homme dont elle ne veut pas. C’est un personnage à mi-chemin entre Olympe de Gouges, Jeanne d’Arc et Louise Michel, une héroïne modeste mais un rôle magnifique. C’est un texte très fort et c’est passionnant. Ce spectacle se jouera en avant-première, du 29 mai au 27 juin 2024, au Théâtre du Lucernaire à Paris.

« Soie » d’Alessandro Baricco, l’écrivain de ‘Novecento’, au Théâtre des corps saints à 10h. Sylvie Dorliat, la comédienne, a fait l’an dernier salle comble à toutes les représentations.

« La vie matérielle de Marguerite Duras », Théâtre La Luna à 11h30, un texte saisissant sur les dernières pensées de Duras, avec une comédienne remarquable, Catherine Artigala qui est Marguerite Duras.

« Lettre d’une inconnue » de Stéphane Zweig à 10h au Théâtre Espace Roseau Teinturiers à 10h avec Betty Pelissou, formidable interprète.

« Liberté » de et avec Gauthier Fourcade au Théâtre Essaïon.

« Fluides » avec Esteban Perroy au Théâtre La Luna. C’est la confrontation entre un éditeur qui, par tous les moyens, va tenter d'échapper à la mort qui, ce soir-là, a tapé à sa porte.
DDV – Des projets pour l’an prochain ?
William Mesguich – J’aurai l’occasion de jouer le rôle de Van Gogh dans un duo Gauguin-Van Gogh qui se jouera au Lucernaire et à Avignon en 2025. Je vais également jouer un rôle terrible qui sera aussi à Avignon en 2025 : « Des fleurs pour Algernon » de Daniel Keyes, l’histoire d’une personne handicapée à qui on va faire subir une opération pour améliorer son cerveau et, bien sûr, cela va s’avérer tragique. Je vais également mettre en scène un texte formidable « Opérapiécé », deux chanteuses et un accordéoniste qui vont se télescoper de manière absolument virtuose sur de la musique classique et de la chanson française, Haydn, Barber, Beethoven, Mozart, Stravinsky font des clins d’œil à Jean Ferrat, Brassens… Le spectacle sera créé le 23 novembre prochain.
DDV – Un moment particulier avec le public au cours de votre carrière ?
« Merci monsieur sans vous je n'aurais jamais découvert le théâtre. »
William Mesguich – Il y a quelques années, avec notre projet de théâtre itinérant, j'ai rencontré un jour une dame qui m'a marqué à jamais. A la fin d'une représentation dans le nord, elle est venue vers nous elle m'a pris dans les bras elle m'a dit « Merci monsieur sans vous je n'aurais jamais découvert le théâtre ». C'est hyper émouvant et c'est la plus belle récompense du monde. Au fond de moi, je vis pour ce genre de moment-là, pour qu'il se passe ce genre de choses. Il y a des petites lueurs comme ça, de joie et de bonheur.

A la manière de cette dame rencontrée au détour d’un spectacle, je terminerai mon article en disant : Merci Monsieur William Mesguich, vous nous confortez dans notre amour du Théâtre !
Danielle Dufour-Verna






Danielle Dufour-Verna
Mis en ligne le Mardi 23 Avril 2024 à 02:54 | Lu 386 fois

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