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Un Élixir de jouvence réjouissant à Marseille ! Par Serge Alexandre


L’Élixir d’amour © Christian Dresse
L’Élixir d’amour © Christian Dresse
Quelle riche idée a eu Maurice Xiberras, directeur de l’Opéra de Marseille de programmer pour finir l’année et pour bien la commencer L’Élixir d’amour de Donizetti dans la production du Théâtre du Capitole de Toulouse d’Arnaud Bernard créée en 2001 et maintes fois reprises depuis sur de nombreuses scènes. La mise en scène s’appuyant sur une belle scénographie de William Orlandi nous plonge à l’orée du XXe siècle au début de la photographie et peut se lire comme un album photographique. Chaque scène est le prétexte à une succession de superbes clichés et de beaux tableaux évoquant l’univers du peintre Manet sur fond de paysages sépia façon Nadar.
Arnaud Bernard dirige scéniquement avec précision et énergie les chœurs et les solistes évoluant dans des costumes saisissant de beauté occultant tout ennui et épousant admirablement l’énergique musique de Donizetti et la légèreté du livret de Felice Romani. On passe du burlesque trivial lors des scènes de la braderie de l’élixir ou des scènes d’ivresse au quasi dramatique lorsque les deux protagonistes Nemorino et Adina se laissent emporter sur la déferlante des tourments amoureux à en oublier presque la mise en scène poétique du génial Davidde Livermore vue à Montpellier et Avignon dernièrement…

De belles surprises dans la distribution

Si le chef d’orchestre lyrique Roberto Rizzi Brignoli établit un bel équilibre entre la fosse et le plateau, sa direction routinière ne met pas suffisamment en lumières toutes les nuances et couleurs de cette partition constituant un vrai bijou musical.

Si cette peste d’Adina enfourche une vieille bicyclette de ci de là, elle bénéficie de la belle prestance scénique et du savoir-faire de la soprano albanaise Inva Mula malgré des aigus bien fatigués et l’absence de toute fraicheur vocale pourtant indispensable au rôle… À force de chanter des rôles plus lourds telles que Desdemona dans Othello de Verdi, l’artiste semble s’être éloignée de ce répertoire qui correspondait parfaitement à sa vocalité à ses débuts. Inva Mula est fort éloignée des prestations récentes d’Anna Netrebko ou de Sonya Yoncheva constituant un couple idéal avec jeune ténor italien Domenico Menini dans le Festival lyrique dirigé par Ève Ruggieri.

Son naïf amoureux transi trouve sous les traits du jeune ténor Paolo Fanale, un Nemorino rêvé. Il offre dans le célèbre air una furtiva lagrima une véritable leçon de chant. Timbre solaire et cuivré, une projection sûre, un art consommé du beau chant de quoi nous offrent des frissons. Les interminables bravis et bis fusant de toute la salle à la fin de son air peuvent réveiller en nous le souvenir brûlant des légendaires prestations d’Alfredo Kraus, de Pavarotti ou José Carreras en son temps ou plus près de nous de Rolando Villazon ou Roberto Alagna. Soir de fête à l’opéra dont Paolo Fanale en est le principal artisan !

Si le charlatan Dulcamara, vendeur d’élixir improbable surgissant d’une belle voiture d’époque trouve en la solide et admirable basse bouffe Paolo Borgogna un interprète idéal, ce jeune artiste même si la voix gagnera avec le temps en maturité a déjà tout pour lui pour réussir une brillante carrière. Le Belcore sans charisme et terne vocalement d’Armando Noguerra laisse perplexe et peut être facilement oublié.
Jennifer Michel parée d’une délicieuse voix de soprano tire son épingle du jeu en Gianetta. On en redemande…
Serge Alexandre

Prochain opéra à l’Opéra de Marseille à voir dans une très belle distribution : Tosca de Puccini du 11 au 20 mars
Opéra de Marseille : 04 91 55 11 10 ou www. opera.marseille.fr


Pierre Aimar
Dimanche 1 Mars 2015
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