Don Pasquale - Opéra de Toulon © Aurélien Kirchner
C’est au Zénith que la magie a opéré, transformant l’arène varoise en un siège social ultra-moderne pour une production étincelante de Don Pasquale. Un pari audacieux qui a métamorphosé la célèbre enceinte en un salon de musique italien résolument ancré dans notre époque.
En inscrivant le chef-d’œuvre de maturité de Gaetano Donizetti dans un cadre contemporain, l’Opéra de Toulon prouve que l’art lyrique, loin d'être figé, reste une célébration de la vie, vibrante et accessible.
Une scénographie au service de la farce
La force de cette production réside dans son audace visuelle. Le choix d'une tour de verre comme décor unique souligne magnifiquement la solitude et l'ego du vieux barbon, tout en offrant une transparence qui sert le jeu des dupes. Cette mise en scène de Tim Sheader dépoussière les codes de l'opéra-bouffe pour en extraire une sève moderne : l'humour y est incisif, presque cinématographique, rendant l'intrigue d'une efficacité redoutable.
À travers les parois transparentes des bureaux, on découvre les coulisses d'une multinationale où s'affairent les employés. Pour la période des fêtes, le Chœur de l’Opéra de Toulon apporte une touche de fantaisie féerique en se métamorphosant en une multitude de lutins et d'elfes de bureau, apportant un contrepoint onirique à cet univers corporate.
L’urgence créatrice au service de l'excellence
Cette énergie électrique se retrouve dans la partition elle-même. On raconte que Donizetti, maître absolu du Bel Canto, composa cet opéra en seulement deux semaines. Près de 183 ans après sa création triomphale au Théâtre-Italien à Paris en 1843, l'œuvre n'a rien perdu de sa superbe.
Sous la direction exceptionnelle de la cheffe Sora Elisabeth Lee, l’Orchestre de l’Opéra de Toulon a su dompter l’acoustique du lieu. Sa baguette, précise et pleine d'esprit, a parfaitement souligné les contrastes de l'œuvre, des moments de pure bouffonnerie aux envolées les plus mélancoliques.
Une « OPA » sentimentale en trois actes
L’intrigue suit le désarroi d'un patriarche autoritaire qui voit ses certitudes s'effondrer au sein même de l'empire qu'il a bâti :
Acte I : La stratégie. Don Pasquale veut se marier pour déshériter son neveu Ernesto. Le Docteur Malatesta lui présente sa "sœur" Sofronia (Norina déguisée).
Acte II : Le piège. À peine mariée, la timide Sofronia se transforme en une furie dépensière qui prend le contrôle du building et de la vie de Pasquale.
Acte III : La leçon. Après une scène de la gifle où l’on découvre la vulnérabilité touchante de ce patron déchu, Pasquale finit par céder. Soulagé d'échapper à ce cauchemar, il accepte le mariage d'Ernesto et Norina.
Des protagonistes résolument actuels
Le quatuor vocal relève avec brio le défi d’une relecture contemporaine :
- Don Pasquale (David Bižić) : Un magnat plus humain que jamais, oscillant entre l’autorité du patron et une fragilité émouvante.
- Norina (Lauranne Oliva) : Maîtresse du jeu, elle illumine la scène par des vocalises souples et brillantes.
- Ernesto (Jonah Hoskins) : Le jeune amoureux devient un homme d’aujourd’hui, trottinette à la main, offrant des moments suspendus d’une grande élégance.
- Le docteur Malatesta (Armando Noguera) : Stratège cynique, il mène la danse avec une clarté de diction et une virtuosité maîtrisée.
Conclusion : Une réussite au sommet de la tour de verre
L’arroseur a fini par être arrosé au sommet de son empire de verre. Malgré l’irruption d’objets du quotidien (smartphones ou bonhommes de neige gonflables), le public toulonnais a fait preuve d’une écoute exemplaire, savourant avec une ferveur contenue la précision des quiproquos et l'esthétique soignée de cette production.
En transformant ce classique de 1843 en un miroir de nos travers contemporains, l’Opéra de Toulon signe une réussite majeure. C’est avec l’esprit vif et le sourire aux lèvres que les spectateurs ont franchi le cap de la nouvelle année, en attendant de retrouver, d’ici quelques saisons, les dorures de leur théâtre rénové.
Leïla Metina-Bouchour
En inscrivant le chef-d’œuvre de maturité de Gaetano Donizetti dans un cadre contemporain, l’Opéra de Toulon prouve que l’art lyrique, loin d'être figé, reste une célébration de la vie, vibrante et accessible.
Une scénographie au service de la farce
La force de cette production réside dans son audace visuelle. Le choix d'une tour de verre comme décor unique souligne magnifiquement la solitude et l'ego du vieux barbon, tout en offrant une transparence qui sert le jeu des dupes. Cette mise en scène de Tim Sheader dépoussière les codes de l'opéra-bouffe pour en extraire une sève moderne : l'humour y est incisif, presque cinématographique, rendant l'intrigue d'une efficacité redoutable.
À travers les parois transparentes des bureaux, on découvre les coulisses d'une multinationale où s'affairent les employés. Pour la période des fêtes, le Chœur de l’Opéra de Toulon apporte une touche de fantaisie féerique en se métamorphosant en une multitude de lutins et d'elfes de bureau, apportant un contrepoint onirique à cet univers corporate.
L’urgence créatrice au service de l'excellence
Cette énergie électrique se retrouve dans la partition elle-même. On raconte que Donizetti, maître absolu du Bel Canto, composa cet opéra en seulement deux semaines. Près de 183 ans après sa création triomphale au Théâtre-Italien à Paris en 1843, l'œuvre n'a rien perdu de sa superbe.
Sous la direction exceptionnelle de la cheffe Sora Elisabeth Lee, l’Orchestre de l’Opéra de Toulon a su dompter l’acoustique du lieu. Sa baguette, précise et pleine d'esprit, a parfaitement souligné les contrastes de l'œuvre, des moments de pure bouffonnerie aux envolées les plus mélancoliques.
Une « OPA » sentimentale en trois actes
L’intrigue suit le désarroi d'un patriarche autoritaire qui voit ses certitudes s'effondrer au sein même de l'empire qu'il a bâti :
Acte I : La stratégie. Don Pasquale veut se marier pour déshériter son neveu Ernesto. Le Docteur Malatesta lui présente sa "sœur" Sofronia (Norina déguisée).
Acte II : Le piège. À peine mariée, la timide Sofronia se transforme en une furie dépensière qui prend le contrôle du building et de la vie de Pasquale.
Acte III : La leçon. Après une scène de la gifle où l’on découvre la vulnérabilité touchante de ce patron déchu, Pasquale finit par céder. Soulagé d'échapper à ce cauchemar, il accepte le mariage d'Ernesto et Norina.
Des protagonistes résolument actuels
Le quatuor vocal relève avec brio le défi d’une relecture contemporaine :
- Don Pasquale (David Bižić) : Un magnat plus humain que jamais, oscillant entre l’autorité du patron et une fragilité émouvante.
- Norina (Lauranne Oliva) : Maîtresse du jeu, elle illumine la scène par des vocalises souples et brillantes.
- Ernesto (Jonah Hoskins) : Le jeune amoureux devient un homme d’aujourd’hui, trottinette à la main, offrant des moments suspendus d’une grande élégance.
- Le docteur Malatesta (Armando Noguera) : Stratège cynique, il mène la danse avec une clarté de diction et une virtuosité maîtrisée.
Conclusion : Une réussite au sommet de la tour de verre
L’arroseur a fini par être arrosé au sommet de son empire de verre. Malgré l’irruption d’objets du quotidien (smartphones ou bonhommes de neige gonflables), le public toulonnais a fait preuve d’une écoute exemplaire, savourant avec une ferveur contenue la précision des quiproquos et l'esthétique soignée de cette production.
En transformant ce classique de 1843 en un miroir de nos travers contemporains, l’Opéra de Toulon signe une réussite majeure. C’est avec l’esprit vif et le sourire aux lèvres que les spectateurs ont franchi le cap de la nouvelle année, en attendant de retrouver, d’ici quelques saisons, les dorures de leur théâtre rénové.
Leïla Metina-Bouchour
Distribution
Don Pasquale - Opéra de Toulon © Aurélien Kirchner-2
Direction musicale : Sora Elisabeth Lee
Mise en scène : Tim Sheader
Réalisation de la mise en scène : Louise Brun
Décors : Leslie Travers
Costumes : Jean-Jacques Delmotte (Assistant : Mathieu Trappler)
Lumières : Howard Hudson
Chorégraphie : Steve Elias (Reprise : Sophia Priolo)
Distribution vocale :
Don Pasquale : David Bižić (Baryton-basse)
Norina : Lauranne Oliva (Soprano)
Ernesto : Jonah Hoskins (Ténor)
Le Docteur Malatesta : Armando Noguera (Baryton)
Le notaire : Gabrielle Charles-Casalis
Secrétaire particulier : Julien Pastorello
Figurants :
Employés et personnel d’entretien : Laureen Fleury, Sophie Payan, Florent Poilane, Jin Sumita, Gilles Taillefer, Théodora Valente.
Employées et esthéticiennes : Marion Pincemaille, Noémie Stevens.
Orchestre et chœur de l’Opéra de Toulon
Chef de chœur : Christophe Bernollin
Cheffe de chant : Juliette Journaux
Mise en scène : Tim Sheader
Réalisation de la mise en scène : Louise Brun
Décors : Leslie Travers
Costumes : Jean-Jacques Delmotte (Assistant : Mathieu Trappler)
Lumières : Howard Hudson
Chorégraphie : Steve Elias (Reprise : Sophia Priolo)
Distribution vocale :
Don Pasquale : David Bižić (Baryton-basse)
Norina : Lauranne Oliva (Soprano)
Ernesto : Jonah Hoskins (Ténor)
Le Docteur Malatesta : Armando Noguera (Baryton)
Le notaire : Gabrielle Charles-Casalis
Secrétaire particulier : Julien Pastorello
Figurants :
Employés et personnel d’entretien : Laureen Fleury, Sophie Payan, Florent Poilane, Jin Sumita, Gilles Taillefer, Théodora Valente.
Employées et esthéticiennes : Marion Pincemaille, Noémie Stevens.
Orchestre et chœur de l’Opéra de Toulon
Chef de chœur : Christophe Bernollin
Cheffe de chant : Juliette Journaux
Don Pasquale - Opéra de Toulon © Aurélien Kirchner - 9


Opéra de Toulon : Donizetti fait pétiller le Zénith. L’Empire Pasquale à l’épreuve de la modernité. 31/12/25 & 2/1/26
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