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Paris 1968 : première exposition majeure du photographe Gilles Caron à l’Hôtel de Ville du 4 mai au 28 juillet 2018

A l’occasion du 50e anniversaire des évènements de Mai 68, la Ville de Paris et la Fondation Gilles Caron présentent la première grande exposition du photographe Gilles Caron à Paris. Du 4 mai au 28 juillet 2018 à l’Hôtel de Ville, les Parisien·ne·s, mais aussi les visiteuses et les visiteurs pourront découvrir les étapes d’une année décisive.


Paris 1968 : première exposition majeure du photographe Gilles Caron à l’Hôtel de Ville du 4 mai au 28 juillet 2018

Après des débuts de reporter photographe à l’Agence parisienne APIS, Gilles Caron connaît une carrière de photojournaliste fulgurante dès 1967 en couvrant la guerre des Six Jours en Israël et en Égypte et le Vietnam à la fin de l’année pour la toute nouvelle agence Gamma. L’année suivante sera celle de la consécration : 1968 est le temps du premier grand combat humanitaire avec la guerre du Biafra et celui de la révolte sociale en France.

Suivre Gilles Caron en 68 c’est plonger dans une France des premiers combats étudiants et du succès du cinéma de la Nouvelle Vague, de la mode des sixties qui s’exprime dans la rue comme sur les plateaux de télévision, une vie politique qui tourbillonne autour du vénérable général de Gaulle qui achève son destin d’homme d’État, un pays qui se regarde dans sa capitale en pleine effervescence. 1968 pour Caron, c’est aussi le double regard sur sa ville et sur un monde qui se fracture.

En 1969, Gilles Caron sera de tous les fronts, en Europe avec l’Irlande ou bien encore la Tchécoslovaquie, avant de disparaître tragiquement au Cambodge en 1970. Ce destin interrompu rend encore plus fascinant l’urgence avec laquelle, de façon inconsciente, il s’est appliqué à décrire et interpréter les transformations du monde.

1968 est une année exceptionnelle. Le jeune photoreporter pose un regard d’une acuité incroyable sur toute cette année où se prépare à Paris, mais aussi dans le monde, une révolution des mentalités.
Les conflits changent de formes, les civils sont à la fois victimes et engagés, les villes deviennent des champs de bataille. Paris 68, sous l’œil de Gilles Caron, c’est un peu le miroir qui se fragmente et en même temps l’incroyable poésie des sixties, avec la mode, la musique mais aussi le féminisme et le début de Médecins Sans Frontières (MSF).

Parcours de l’exposition

En 7 sections, le visiteur revit le Paris 68, les étapes d’une année décisive dans l’histoire des mentalités. L’exposition propose une immersion dans le temps grâce au talent et au regard sensible et puissant d’un photographe qui était aussi un conteur du présent.

Section 1
Les coulisses des sixties

Mode, showbizz, cinéma, télévision… Caron photographie toutes les stars. S’il répond aux besoins des magazines et célèbre les icônes pop de l’époque, il sait aussi décaler son point de vue pour nous montrer les coulisses des sixties.
On découvre alors un autre regard, attentif aux sentiments d’une jeunesse parfois mal à l’aise avec la célébrité et qui laisse paraître, derrière le succès, une humanité fragile.

Section 2
De Gaulle : dernières icônes

Une icône se fane : le général de Gaulle photographié à l’occasion de deux voyages officiels (Roumanie et Turquie) en 68, est saisi par Caron comme un acteur vieillissant. À côté des photos officielles, Caron pratique une sorte d’étude d’expression du Général. Il multiplie les plans rapprochés et scrute les variations d’un visage qui exprime le doute sur l’avenir du pays et préfigure son départ.

Section 3
La marmite Nanterre

La naissance du campus universitaire devient un lieu d’observation de la société française : architecture moderniste, jeunesse mobilisée qui écoute un jeune homme qui deviendra bientôt “Dany le Rouge”, ouvriers des chantiers voisins qui se mêlent aux étudiants, taudis des immigrés algériens : Nanterre est analysé par les images de Caron comme une bombe sociale à retardement.

Section 4
La manif, un théâtre photographique

Rituel républicain, la “manif” est un langage qui respecte des règles d’organisation au sein de l’espace public. Caron s’applique à en décrire toutes les variations et restitue le scénario des différents acteurs : étudiants, ouvriers ou paysans dès 67, la rue montre toutes les difficultés de la convergence des luttes qui doit, de façon pacifique, donner à voir et à entendre les revendications de la population. Visuellement, le photographe doit trouver des solutions dans l’action pour faire de la “manif” un récit en images où l’anonyme devient un acteur de l’histoire.

Section 5
Formes de l’insurrection

L’insurrection est en mai-juin 68 la mise en danger de l’ordre républicain. Manif qui dégénère, réponse aux provocations, saccage de l’espace public, bataille rangée avec les forces de l’ordre : Paris change de visage de jour et de nuit. Caron travaille d’arrache-pied pour documenter ce qui prend la forme d’une guérilla urbaine.
Il faut en restituer le bruit et la fureur, observer non sans risque les altercations, dénoncer les violences, donner à voir Paris en état de siège.

Section 6
Paris s’éveille

Au lendemain des manifs, Gilles Caron parcourt la ville encore endormie : graffitis, pénurie d’essence, grève des éboueurs… la rue exprime son malaise au quotidien. C’est le regard de la “majorité silencieuse” qu’observe Caron : les Français sont abasourdis, ils retrouvent bientôt le chemin des urnes. Cette partie de l’exposition fait une large place à la couleur, alors que la presque totalité des événements de mai a été photographiée en noir et blanc. La couleur, comme le signal d’un réveil mais aussi d’un retour à l’ordre.

Section 7
Le Monde En Causes

Comment oublier le Biafra, cette terrible guerre au Nigéria où l’on affame des millions de personnes et dont Caron couvre le drame durant toute l’année 68 ? Les médias publient largement ses photos, lui-même passe de l’Afrique à Paris en quelques jours.
Regarder les enfants du Biafra c’est aussi prendre conscience que le monde entier a mal et que le temps des causes est venu : c’est la naissance du tiers-monde dans les esprits de ceux qui “font” 68.


Pierre Aimar
Lundi 9 Avril 2018
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