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Les Contes d'Hoffmann à l'Opéra de Monte-Carlo

Entre épopée onirique et romantisme de haute voltige


Photo : Alain Hanel
Photo : Alain Hanel

Juan Diego Flores divo assolutto

Les Contes d’Hoffmann, opus ultime de Jacques Offenbach, exhalent, on le sait, un parfum inquiétant, bizarre, visionnaire, sensuel, à la morbidité presque surnaturelle.
L’idée de la mort hante les quatre actes de cet opéra étrange où le poète, finalement, d’échec en échec, renoncera à l’amour pour se consacrer exclusivement à son art.
Si de 1892 à 1938 le gratin lyrique international est venu à Monte-Carlo chanter cette œuvre, que certains qualifient par ailleurs de maudite (seulement trois reprises en 1947, 1977 et 2000), plaisir donc de retrouver l'intelligente production de Jean-Louis Grinda, secondé par Laurent Castaingt pour les décors et lumières et David Belugou aux costumes.
Pas de relecture, pas d’esbroufe, pas de moderne transposition. L’ensemble se feuillette toujours comme un luxueux grimoire aux images fortes ou poétiques, avec quelques idées revigorantes comme l'automatisme de la Poupée Olympia observée par le prisme de lunettes 3D.
Respecté à la lettre, le climat hoffmannien/offenbachien baigne dans une tradition de bon aloi, sans temps mort, le héros ne se contentant pas de raconter ses fantasmes érotiques mais aussi de les vivre, préférant in fine retourner à ses chères écritures. Qui vit pour l’art ne peut longtemps cacher en son âme un amoureux trop enraciné dans le réel... Chanter la vie, chanter la mort, même combat...

Une fois dit que les chœurs, parfaits de vivacité, de présence, de précision rythmique, avec tous les rôles secondaires (Garçin, Kissin, Macias, Larcher...) ont atteint une dimension exceptionnelle, on saluera le volubile Nicklause de Sophie Marilley au travesti ravissant.

Une seule artiste pour les trois rôles féminins, il y a longtemps que cela ne s'était vu et entendu. La très médiatique Olga Peretyatko endosse la charge, relève le défi avec courage, aplomb... et quelques comas pas toujours dans la portée.
Olympia pas très mécanique ni très automate, la Diva sort quand même la Charmille (non plus le saule pleureur souvent proposé !) d’une certaine routine.
En deuxième partie, son Antonia névrosée, gorgée d’émotion, devrait un tantinet peaufiner son français : " elle a fui la tourteralle... ".
Volcanique, érotisée à l'extrême mais loin toutefois de la p... respectueuse dans lequel on confine souvent le personnage, Olga donne simplement le tournis avec une Giulietta veloutée, pulpeuse, chaleureuse à souhait, hélas aux évidentes fatigues vocales sur la fin.

Ténor vedette du moment, spécialiste de Rossini, Juan Diego Florez chante le rôle titre. Belle conviction scénique chez ce ténor que l'on a connu plus timoré. Le péruvien connaît sa partie, tient à le faire savoir, se défonce comme une Rock Star, campant à la fois un fringant jeune homme rêveur et idéaliste mais aussi un artiste frustré, vidé, désabusé, blanchi sous le harnais. Ses aigus font toujours leur effet sur un public avide de décibels et l’ensemble reste superbe, vaillant, le français châtié, toujours intelligible. Une prise de rôle réussie.
Nicolas Courjal, beau comme il n’est pas permis, fringant, une classe, une allure folle, tel un Arsène Lupin venu des Enfers, intellectualise à l’extrême ses quatre méchants, s'arrange avec une intelligence diabolique - sans jeux de mots – d'une partition qui lui échappe par moments pour mieux retomber ici et là dans des couleurs démoniaques au goût de souffre.
Nous glisserons vite sur le décevant Crespel de Paata Burchuladze, pour mieux saluer le travail de Rodolphe Briand dans les rôles des valets, à la fois de Funès, Bourvil, Jerry Lewis... è tutti quanti... avec ce brin de voix sympathique et percutant.

Un dernier mot sur l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo dirigé par un Jacques Lacombe en état de grâce et de grande complicité. Sa lecture pleine de poésie, de fluidité, de justesse, de lyrisme, mérite tous les éloges.
Christian Colombeau


Christian Colombeau
Mardi 23 Janvier 2018
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