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Le Vaisseau Fantôme, de Richard Wagner à l'Opéra de Monte-Carlo, critique de Christian Colombeau

Opéra de Monte-Carlo
Spectacle du 23 janvier 2009
Le Vaisseau Fantôme, de Richard Wagner
Critique de Christian Colombeau


Un maelström orchestral époustouflant

Le Vaisseau Fantôme, de Richard Wagner à l'Opéra de Monte-Carlo, critique de Christian Colombeau
Sept ans déjà que le bateau fantôme affrété à Bordeaux par Francesca Zambello navigue sur les scènes de l’Hexagone. Sept ans. Le délai imparti pour le Hollandais errant de trouver femme fidèle, sauver ainsi son âme damnée, jeter l’ancre et déployer ses voiles sanguines dans le port de Monaco.
Il a pris quand même un petit coup de vieux le rafiot de Dame Francesca. Pour avoir vu le spectacle à sa création en 2002 puis à sa reprise marseillaise deux ans plus tard, si certaines images gardent toujours leur pouvoir de fascination (tout l’acte I, le bal très gay friendly des matelots au début du III, les inévitables fumigènes colorés, les acrobates dans les cintres… ) d’autres laissent perplexes et soulèvent même une franche hilarité comme le suicide (raté) de Senta harcelée par une horde de zombies musclés et en string, puis enveloppée dans la voilure rouge de son amant maudit ou sa Assomption/Rédemption en sainte nitouche auréolée.
On gagne sa part de Paradis comme on peut à l’opéra !

La scène des fileuses vaut son pesant de cacahuètes également, car transformée en une séance d’auto satisfaction féminine sponsorisée par une grande marque de spaghettis. Le pompon étant atteint avec la suivante Mary déguisée en kapo de camp de concentration, gourdin en main.
On comprend alors le désir de l’héroïne de fuir ce monde en se réfugiant dans la névrose hallucinée et son souhait de partir au loin… même avec un matelot maudit par le Tout Puissant.
Encore une fois hélas, dramatiquement, la raideur côtoie l'excès. Aucun mystère lors de l'apparition du Hollandais, lors de sa rencontre avec Senta - anagramme (approximatif) de Satan avec sa robe rouge ? là enfin, une seule et belle idée !
On cherche en vain la dimension fantastique du drame, l'éclosion troublante des sentiments réciproques. La rencontre ultime des deux équipages "au bord d'une côte déchirée par la tempête" se déroule dans la distanciation la plus forte.
Vocalement, par contre, le miracle est permanent. Aucun reproche sérieux à adresser au plateau. Remplaçant à la sauvette l’artiste initialement prévue, la polonaise Thérèse Waldner sauve le spectacle. Elle a la voix du rôle, héroïquement naturelle, l'engagement sympathique jusqu'au suicide halluciné mais déterminé, et donc responsable.
Bien en place aussi la Mary de Barbara Borneman. Avide, cupide - tellement humain donc ! - la basse franche, juste, puissamment projetée de Reinhard Hagen (Daland) fait grande impression. Vrai intrus (un chasseur dans un monde de marins), Klaus Florian Vogt Wottrich chante avec sa voix de ténor mozartien un Erick assez pâle. Contraste frappant avec le Pilote percutant de Norbert Ernst, lui vrai ténor wagnérien !
Le Hollandais royal d'Albert Dohmen accuse des ans l’irréparable outrage... Parfois immense, au jeu sobre dans la grandeur et le mystère, avec ce poids sur les mots comme extirpés du plus profond du mythe, la voix sonne hélas souvent comme ouatée ou engorgée. Fatigue passagère chez cet immense artiste ?

Minimes réserves. D’autant que dans la fosse du Palais Garnier Gianluigi Gelmetti, à la barre de l’Orchestre Philarmonique de Monte-Carlo dirige contre vents et marées le plus beau Wagner entendu depuis longtemps.
Romantique en diable, d’un dramatisme noir, endiablé, le maestro italien nous entraîne dans l’œil du cyclone et brosse une marine mystérieuse, visionnaire, aux sonorités inouïes d’un vrai bain en fusion.
Nous ne saurions oublier le chœur de l’Opéra, apocalyptique lui aussi, tudesque, simplement parfait, comme toujours.
Si maintenant Monte-Carlo se prend pour Bayreuth où allons-nous ?
Christian Colombeau
24 janvier 2009

Prochains spectacles : 25, 27, 28 janvier 2009
www.opera.mc


manricot@gmail.com
Samedi 24 Janvier 2009
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