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4 au 13 juin 2009, exposition Alain Boggero, Les 6000 des chantiers au Corbusier, boulevard Michelet à Marseille

Une exposition proposée par l'association des Habitants de l'Unité d'Habitation de Le Corbusier. Conception le Factotum, association soutenue par le Conseil Général des Bouches-du-Rhône. Vernissage le jeudi 4 juin à partir de 19h. Exposition tous les jours du 4 au 13 juin 2009 hall du Corbusier, bd Michelet, Marseille - Entrée Libre Proposée par l'association des Habitants de l'Unité d'Habitation de Le Corbusier.


exposition Alain Boggero, Les 6000 des chantiers au Corbusier, boulevard Michelet à Marseille

4 au 13 juin 2009, exposition Alain Boggero, Les 6000 des chantiers au Corbusier, boulevard Michelet à Marseille
"Il est des artistes qui n'ont rien à dire et d'autres dont le travail parle, raconte. Ainsi, en est il de l'oeuvre d'Alain Boggero. Un oeuvre véritable outil de mémoire. Expressionniste, éloignée de toute considération esthétique et de toute mode, la peinture de Boggero trouble. Elle transporte dans les souvenirs de cet homme. Et des souvenirs, il en a. Mais de ceux que l'on souhaite évacuer, oublier. Souvenirs de travailleurs, d'ouvriers, de mains noires. Il a travaillé en tant qu'ouvrier aux chantiers navals de la Seyne-sur-Mer. Et puis, à leur fermeture, en 1987, il s'est converti en artiste de la mémoire. La mémoire des "6000 des chantiers". Ces 6000 hommes constructeurs de navires. Ces 6000 dont son père et ses oncles faisaient partie et dont il a, pendant plus de 15 ans, partagé le destin. Ce chiffre symbolique des 6000, il se l'ai approprié. Il veut les peindre. Les donner à voir. Les rappeler à notre mémoire. Aussi depuis 10 ans, il peint. Des scènes de chantier, des visions incroyables de ces visages multiples, tous différents, tous pareils : des portraits d'ouvriers. Il est question alors ici évidemment de mémoire, du regard d'un ancien ouvrier, fils et neveu d'ouvrier sur un monde aujourd'hui disparu. Mais il s'agit aussi d'un travail pictural fort, vivant, pratiqué comme dans un instinct de survie, le souffle court, sans s'arrêter. Une démesure de création. L'intéressant ici n'est pas alors de se limiter à l'aspect "ouvrier" du travail mais de révéler aussi comment l'oeuvre se construit, car c'est là toute son originalité. Sur tous supports, avec des bouts de pinceaux et une palette hétéroclite constituée presque exclusivement de ce qui se trouve dans la rue, il peint. Boggero détourne des images. Il s'amuse des icônes et ce, de plusieurs manières. Utilisant des supports papier de récupération : pages de magazine, affiches de cinéma, cartons d'invitation, il reprend les visages, les thèmes abordés et les détourne : nous retrouvons ainsi des stars (Zidane, Willis, etc.) avec un casque de chantier en train de souder. Ici apparaît le fond de l'image originale, là un morceau de phrase. Même quand il peint sur des supports vierges il s'inspire de photographies et le même visage apparaît alors dans une série où le médium et la palette chromatique évoluent. Pour l'instant, plus de 3500 oeuvres ont été réalisées, du ticket de bus à la fresque. Toutes les exposer serait utopique, même si le but ultime d'Alain Boggero est là. L'idée de cette exposition au Corbusier est de permettre au public de se confronter à cet immense travail, en rencontrant une sélection de ses oeuvres. Le lieu lui-même, cette Cité Radieuse, toute de béton, semble fait pour accueillir ces vociférants travailleurs ." Justine Flandin Association le Factotum

Propos d'artiste

"Les 6000… Nous étions 6000 à travailler aux chantiers de construction navale de la Seyne-sur-Mer dans le Var. Moi j'étais charpentier tôlier, mon père était manoeuvre caréneur, il grattait la rouille sur les bateaux. Mon grand-père immigrant italien était chaudronnier, un oncle soudeur à l'arc, un autre tuyauteur et puis il y avait tous les autres "frères" comme on aimait d'appeler, issus d'une même famille, d'une même classe. Un jour, "ils" ont fermé nos chantiers, mis tout le monde à la rue et détruit toutes les installations… que pouvais-je faire devant tant d'injustices et de gâchis. Il ne me restait que la peinture. Mais fallait'il que je continue à peindre comme si de rien était ? Des barques de pêche, des mas provençaux pour dessus de bahut ou mieux encore rester dans la seule et subtile recherche plasticienne avec son jeu de formes et de couleurs et ses vernissages mondains… Certainement pas. A l'instar des expressionnistes allemands qui au sortir de la boucherie de 14-18 décidèrent de se servir de la peinture comme arme politique et sociale, je décidais de faire revivre par la peinture les 6000 travailleurs rayés de la carte des vivants. Car au-delà du problème financier c'est l'humiliation subie par l'exclusion qui a porté atteinte à l'existence même de chaque individu. Durant de long mois, sans relâche, je couchais sur la toile, le contre-plaqué et les affiches Decaux détournées mes personnages haut en couleur et forts en gueule. Aujourd'hui, j'ai déjà 3500 femmes, hommes immortalisés à jamais. Mes visages peints sont des visages universels. Ceux d'Ettore Scola dans Affreux , sales et méchants, ceux des cigarettières de la Belle de Mai, des dockers marseillais et de l'Estaque. Mais, la tâche reste encore dure et longue même si elle demeure enthousiasmante. Je devrais atteindre les 6000 d'ici 2007 pour commémorer dignement les 20 ans de la fermeture des chantiers. Il faudra trouver un lieu symbolique pour tous les rassembler une dernière fois. Il me faudra aussi trouver des partenaires pour financer ce magnifique projet. Je rêve d'un univers aux couleurs des images d'autrefois. La Navale vivra… toujours." Alain Boggero


pierre aimar
Mardi 12 Mai 2009
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