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19 septembre au 22 novembre, André Kertesz, Le double d’une vie, Théâtre de la Photographie et de l’Image à Nice

Maître pour nombre de photographes, dont Henri-Cartier Bresson, André Kertész est une figure majeure de l'histoire de la photographie. Son œuvre résiste cependant à l'analyse et déjoue le commentaire. Il n'y a pas de regard plus limpide que le sien et de sentiments plus résolus que ceux qu'il transcrit dans ses photographies. Autodidacte, il est resté fidèle à son credo : "Ce que je sens, je fais".


Les lunettes et la pipe de Mondrian, 1926
Les lunettes et la pipe de Mondrian, 1926
S'il flirte avec différents courants tels le surréalisme, le constructivisme ou l'humanisme, souvent en les devançant, sa démarche de photographe ne peut être réduite à un projet esthétique, social ou moral. Kertész tient à son point de vue qu'il ne saurait renier pour satisfaire un client ou adhérer à une mode. Discrète mais lucide, sa vision est résolument naturelle.

L’exposition présentée au Théâtre de la Photographie et de l’Image est réalisée à partir d’une centaine de photographies sélectionnées dans le fonds Kertész, et s'articule en cinq sections : la Hongrie (1894-1925), la France (1925-1936), les Etats-Unis (1936-1962), la période internationale (1963-1985), la Couleur.

Cette exposition a été organisée par le Jeu de Paume, avec le concours de la Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine, Ministère de la Culture et de la Communication – France et en collaboration avec le Théâtre de la Photographie et de l’Image – Nice.

Vernissage le vendredi 18 septembre 2009 à 18h30

Biographie

Né en 1894 à Budapest, Andor (André en hongrois) n'a que huit ans quand son père meurt. Son oncle, Lipot Hoffman, se charge de son éducation et de celle de ses deux frères : Jenö et Imre. Diplômé de l'Académie de commerce de Budapest, il occupe un emploi à la Bourse. Sa première photographie connue date de 1912 : Jeune homme endormi, qui annonce de façon prémonitoire ce qui fera l'essentiel de son art, à savoir, la clarté du style et la primauté de l'émotion.
Appelé dans l'armée austro-hongroise, il dépeint la vie quotidienne des soldats, l'attente dans les tranchées et les longues marches. Qu'il photographie la campagne ou ses amis, Kertész n'élimine jamais la charge affective qu'il porte en lui. Dans la Vache et le soldat (1917) et Jenö tel Icare (1919), il se montre imaginatif en adoptant des cadrages inédits qui annoncent la vision au Leica. Kertész veut devenir photographe. Il réalise son désir en France, où il émigre plein d'espoir et de détermination.

Kertész arrive à Paris en 1925 et s'installe dans le quartier de Montparnasse. Il fréquente les milieux littéraires et artistiques (Mondrian, Chagall, Zadkine, Foujita, Colette, etc...) et commence à photographier ses amis hongrois, les ateliers d'artistes et les scènes de rue. Il flâne dans les jardins publics, déambule le long des quais de la Seine et retrouve ses amis, ses compatriotes, au café du Dôme. Son talent est reconnu rapidement et il expose, en 1927, à la galerie Au Sacre du Printemps. En 1933, il réalise la célèbre série des Distorsions, où les corps nus de ses deux modèles russes, se reflètent dans un miroir déformant. Pâmées ou révulsées, ces anamorphoses dialoguent avec Picasso, Arp et Moore. Un livre, Paris vu par André Kertész avec un texte de Pierre Mac Orlan, est publié en 1934. C'est à Paris que Kertész réalise les chefs-d'œuvre que




sont la Danseuse burlesque (1926), Chez Mondrian (1926), et les Mains et les lunettes de Paul Arma (1928).
En France comme en Allemagne, la presse lui commande reportages et illustrations. La revue d'avant-garde Art et Médecine publie ses photographies en même temps que celles de Germaine Krull, Man Ray, Emmanuel Sougez, François Kollar ou Brassaï, que Kertész rencontre en 1926 et initie à la photographie. Utilisant le Leica dès 1928, il est jusqu'en 1935, l'un des principaux collaborateurs du magazine Vu.

En 1936, Kertész part pour New York, avec sa femme Elisabeth épousée en 1933, afin d'honorer un contrat avec l'agence Keystone. Sa collaboration avec la plus grande agence mondiale de l'époque dure moins d'un an. House & Garden, Harper's Bazaar, Vogue ou Coronet le sollicitent. Les expositions à la PM Gallery (1937) et à l'Art Institute of Chicago (1946) ainsi que la publication de Day of Paris (1945), conçu par A.Brodovitch, ne suffisent pas à imposer Kertész comme l'un des principaux représentants de la photographie d'avant-garde aux Etats-Unis. Naturalisé américain en 1944, il signe en 1949 un contrat d'exclusivité avec les éditions Condé Nast pour lesquelles il réalise essentiellement des photographies d'architecture intérieure. Se sentant incompris et mal employé, il décide, en 1962, de mettre fin à sa carrière professionnelle.

En 1963, Kertész retrouve ses négatifs des périodes hongroise et française, laissés à Paris en 1936. Après la Bibilothèque nationale, le Museum of Modern Art de New-York présente une exposition consacrée à ses photographies (1964). De nombreux hommages lui sont rendus à travers le monde et les expositions se multiplient à Tokyo, Stockholm, Budapest, Londres, Paris, Helsinki... En 1975, il est l'invité d'honneur des Rencontres internationales de la Photographie d'Arles.
Kertész cesse alors d'arpenter les rues. Il réalise de sa fenêtre la plupart de ses photographies. L'enchevêtrement des toits et les vues plongeantes sur Washington Square le fascinent. Son regard gagne en maîtrise formelle. Depuis le milieu des années 50, la photographie en couleur le passionne. Il l'aborde avec simplicité en refusant tout effet coloriste. Les publications se succèdent et des monographies importantes lui sont consacrées : Hungarian Memories (1982), puis Of Paris and New-York (1985) et André Kertész, ma France (1990). En 1984, désireux de sauvegarder son œuvre, Kertész fait don de l'ensemble de ses négatifs ainsi que de sa documentation personnelle à l'Etat français (Ministère de la Culture).
Il s'éteint à son domicile new-yorkais le 28 septembre 1985.

L'œuvre de Kertész colle doublement à sa vie : à ce qu'il a vu et à ce qu'il a éprouvé. Elle en est comme le reflet, car l'adhésion du photographe au monde visuel fut telle que chacune de ses prises de vue et fut riche de sa sensation et de son émotion. Elle est sincère, fidèle, profonde, au point que toute photographie semble être le double parfait de la présence tangible de son auteur. Tellement parfait que le réel et la fiction s'y confondent. L'homme photographique est entier dans son cliché qui est autant une prise (un prélèvement, un extrait) qu'une projection de lui-même.

Pratique

Théâtre de la Photographie et de l’Image
27 boulevard Dubouchage, Nice – 04.97.13.42.20
Ouverture de 10h à 18h (Fermé le lundi et certains jours fériés)


pierre aimar
Lundi 31 Août 2009
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