Sortir ici et ailleurs, magazine des arts et des spectacles

Membre du Syndicat de la Presse Culturelle et Scientifique (SPCS) et de la Fédération Nationale de la Presse Spécialisée (FNPS)


Voyage, voyage … ou les tribulations ordinaires du voyageur contemporain

Orly se modernise, c’est vrai, je l’ai constaté. Bon, avant d’accéder un dimanche à Orly autant être patient car l’étroitesse des voies routières génère un joli bouchon. « Ça c’est Paris » dit la chanson.



Orly se modernise, je l'ai testé

Finis les guichets où l’on remettait les valises à une préposée en livrée d’Air France. Maintenant le client fait le boulot de la guichetière. Il est invité à pianoter l’écran tactile d’une borne (têtue) pour entrer les infos le concernant : scanner son billet et son passeport. Et hop ! la borne déglutit les étiquettes de bagages.
Pour cette contribution le voyageur n’est pas payé.
C’est un travailleur bénévole qui se débrouille sans être passé par la sacro sainte et incontournable formation que doivent suivre les salariés en temps normal. Comme quoi, le simple voyageur (avec valise) est plus doué que le simple salarié de n’importe quelle entreprise.

Du coup, les guichetières en tenue d’hôtesse de l’air des années 60 ont disparu des écrans. Se tournent-elles les pouces en coulisse ? Sont-elles à pôle emploi-chômage ? Servent-elles le café à des cadres toujours en poste ? Mystère, Air France ne communique pas sur le sujet dans les pages glacées de son magazine de bord.

C’est la révolution numérique. On est prié d’applaudir. C'est là le hic

Reste à poser les valises sur la balance (comme avant), à les peser et à payer – éventuellement – la taxe du surpoids. Toujours seul, comme un grand. Comme un salarié bénévole d’Air France.
Nous voilà promu supplétifs d’Air France et nous ne le savions pas cinq minutes avant l’embauche.
La révolution numérique, c’est merveilleux.

Une fois passé le contrôle de sécurité – pieds nus, sans ceinture ; ordinateur sorti de sa housse, appareil photo, téléphone, monnaie, clés, étalés dans des plateaux - ; subies quelques palpations et regards suspicieux on échappe enfin à la « garde à vue » et on retrouve avec plaisir la salle d’embarquement et ses boutiques « hors taxes » … selon destination et ses prix hors normes.

Ainsi je tombe sur l’affaire du jour : de l’eau d’Evian au prix de 4,40 euros le litre, soit 6,60 euros la bouteille de 1,5l !
Quand on voyage on ne compte pas, on ne boude pas son plaisir. C’est la fête.
Ceci dit cela porte le pack de 6 bouteilles à 39,60 euros !
Soyons courts : le m3 d’eau d’Evian culmine à 4 400 euros. Plus fort que le Mont-Blanc.

Si d’aventure vous aviez le snobisme de remplir votre piscine de 50 m3 avec l’eau d’Evian d’Orly (cela vaut bien les bains au lait d’ânesse des aristocrates du Moyen-Age), il vous en coûtera la bagatelle de 220 000 euros.

En discourant sur la question de l’eau dans la région pré-Africaine d’Orly ...

... on peut se pencher sur la manque d’hygiène des enfants en voyage.
Les nouvelles toilettes d’Orly Ouest sont superbes, claires, modernes … et propres. L’eau coule automatiquement dès qu’on approche les mains du robinet au-dessus d’éviers en forme de lavoir à l’ancienne, le savon liquide coule sur les mains à l’aide d’une simple pression. Le progrès quoi !

Là ou cela se corse c’est pour le séchage des mains de nos chères têtes blondes ou brunes. Bien sûr, hygiéniquement aidant, pas question de serviettes nids à bactéries ou de serviettes papier jetables (« Sauvons la planète »). Seuls des séchoirs électriques font l’affaire à la seule condition de mesurer plus de 1,30 m ! Pas question pour les bras courts d’atteindre le souffle chaud : il est trop haut et trop loin !
Mais c’est très esthétique.

Et Hop ! nous voilà en vol ! 10 heures de bonheur absolu

Le Boeing 777-300 présenté par le commandant de bord comme un Airbus (sglurp) dispose lui aussi des dernières perfections technologiques, sauf que l’écran tactile nouvelle mouture réagit mal au tactile. Pas grave, lors des 10 heures de vol on aura le temps de s’habituer à cette perle de la science contemporaine.

C’est avec fatalisme que l’on retrouve l’art de vivre à la française dans ce fleuron de la compagnie Air France. Il est entretenu tout au long du voyage un air très frais (euphémisme quand on est distingué), désagréable, qui oblige à se couvrir de moultes couvertures pour bénéficier d’un peu de chaleur.
Et il est hors de question que le personnel navigant fasse le moindre effort pour orienter le thermostat vers le haut. Il faut dire que le personnel, essentiellement féminin, porte des bas de contention sous la livrée d’hôtesse. De quoi avoir trop chaud même sur la place Rouge à Moscou en janvier. Il est notoirement important que le bien-être du salarié prime sur celui du client. Convention collective oblige.
Il est alors frappant de constater que d’un bout à l’autre de la cabine la plupart des clients-passagers sont enfouis sous les légères ( !) couvertures fournies par la prestigieuse compagnie aérienne que le monde entier nous envie.

A la décharge de la compagnie aérienne, notons que la France est le seul pays d’Europe à imposer aux citoyens de vivre dans des appartements « chauffés » au maximum à … 19° en plein hiver. Sed lex, dura lex...

Art de vivre à la française … ou manque total de raffinement collectif ? A croire que le citoyen lambda est dénué de toute sensibilité, de toute sensualité. Pas hédoniste le français ? Assurément, d’autant plus qu’il ne connaît même pas le mot, à plus forte raison son sens.

A moins que cette politique de tous unis dans la même frilosité soit le fruit d’une stratégie d’Etat pour limiter les conséquences des bas salaires pratiqués dans le pays des Lumières. Bas salaires (80 % des salariés non cadres perçoivent 1 150 euros net par mois) qui effectivement ne permettent pas de (sur)vivre décemment.
Et de se chauffer !
Pierre Aimar

M'enfin ... la récompense



Pierre Aimar
Mardi 31 Octobre 2017
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