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Toulon, Zénith : L’Enfant et les sortilèges. Quand l’opéra retrouve son âme d’enfant. 3/10/26

Samedi 3 octobre, l’Opéra de Toulon proposait au Zénith deux représentations, à 14 h30 puis à 20 h. C’est à cette dernière que j’ai assisté, pour une soirée en deux temps : Petrouchka d’Igor Stravinsky, puis L’Enfant et les sortilèges de Maurice Ravel sur un livret de Colette.


L'Enfant et les sortilèges © Aurélien Kirchner
L'Enfant et les sortilèges © Aurélien Kirchner
Deux œuvres du début du XXe siècle, deux univers et deux façons très différentes de raconter par la musique. Dans la salle, la présence de jeunes et d’enfants, plus nombreux que lors de beaucoup de soirées lyriques, trouvait naturellement sa place dans cet univers.

Petrouchka : quatre tableaux portés par l’orchestre
La première partie, d’environ trente-cinq minutes, était consacrée à Petrouchka, « scène burlesque en quatre tableaux » d’Igor Stravinsky (1882-1971), dans la version de 1947. Sans chanteurs ni mise en scène, toute l’attention se concentrait sur l’Orchestre de l’Opéra de Toulon, sous la direction de Victorien Vanoosten. Les quatre tableaux (La Fête populaire de la Semaine grasse, Chez Petrouchka, Chez le Maure, puis La Fête populaire et la mort de Petrouchka) nous font passer de l’effervescence de la fête à l’univers tourmenté de la marionnette, avant le dénouement tragique. La partition, rythmée, contrastée et riche en couleurs, mettait pleinement en valeur les musiciens et la direction précise et engagée de Victorien Vanoosten, véritable fil musical de toute la soirée.

L’Enfant et les sortilèges : la scène prend vie
Après l’entracte, changement complet d’univers. Victorien Vanoosten retrouvait l’Orchestre de l’Opéra de Toulon, désormais rejoint par le Chœur de l’Opéra de Toulon et les solistes. L’histoire imaginée par Colette est celle d’un enfant qui refuse de travailler et, dans un accès de colère, s’en prend aux objets, aux livres et aux animaux. Soudain, tout s’anime : fauteuil, horloge, théière, tasse, feu, chiffres, animaux et arbres viennent lui demander des comptes. Le conte fantastique devient un parcours initiatique lorsque l’Enfant, en secourant un écureuil blessé, découvre la compassion.

James Bonas : quand musique, lumière et animation se rencontrent
La mise en scène de James Bonas accompagne avec inventivité le passage du réel vers l’imaginaire. Les décors et costumes de Thibault Vancraenenbroeck, la création vidéo de Grégoire Pont et les lumières de Christophe Chaupin construisent un véritable dialogue entre musique et image. L’animation occupe une place essentielle : projections, silhouettes, transformations et jeux d’ombres évoquant parfois les ombres chinoises prolongent la partition et donnent l’impression que l’univers de Colette s’anime sous nos yeux. Et l’image dépasse littéralement la scène : des figures d’animaux animées se projetaient jusque sur le sol, au pied des spectateurs des premiers rangs. Depuis ma place à l’avant de la salle, cette extension était particulièrement perceptible, comme si le monde fantastique de l’Enfant venait à notre rencontre. Plus qu’un simple décor projeté, l’animation semblait ainsi faire corps avec la musique et le jeu des chanteurs, apparaissant et se transformant au rythme de l’action. Ce travail, qui explore les liens entre musique classique, lumière, vidéo et animation, contribue aussi à rendre l’œuvre immédiatement accessible sans jamais en effacer la richesse.

Des voix au service des métamorphoses
Ravel demande aux interprètes une grande souplesse, chacun devant trouver en quelques mesures la couleur de personnages très différents. La mezzo-soprano Victoire Bunel porte le fil émotionnel de l’Enfant, de la colère à la douceur retrouvée. Doris Lamprecht, mezzo-soprano, passe de la Mère à la Tasse chinoise et à la Libellule ; la soprano Lila Dufy traverse, avec la Princesse, le Feu et le Rossignol, des registres allant du lyrisme à la virtuosité. Les sopranos Lise Nougier et Pauline Gaillard donnent leurs couleurs aux figures pastorales et animales ; le ténor Fabien Hyon conjugue caractère et précision dans la Théière, le Petit Vieillard et la Rainette. Le baryton Paul-Émile Burgevin et la basse Patrick Bolleire complètent cette palette de timbres. Ce dernier a repris au pied levé les rôles du Fauteuil et de l’Arbre, Andoni Etcharren, initialement prévu, étant souffrant : un remplacement de dernière minute qui mérite d’être salué. Le Chœur de l’Opéra de Toulon trouve lui aussi toute sa place dans cet univers foisonnant, contribuant à la richesse vocale et à la dimension théâtrale de l’œuvre.

Deux œuvres, deux façons de raconter
Le contraste entre les deux parties faisait finalement toute la force de la soirée. Petrouchka nous demandait avant tout d’écouter : l’orchestre faisait naître les images dans notre imagination. L’Enfant et les sortilèges sollicitait à la fois l’oreille et le regard, réunissant orchestre, chœur, solistes, mise en scène, costumes, vidéo et animation. Stravinsky laissait l’orchestre créer les images dans notre imagination ; Ravel et Colette les faisaient apparaître devant nos yeux. Une soirée atypique, poétique et accessible, où musique, chant et image se sont rejoints pour ouvrir largement les portes de l’univers lyrique.
Leïla Metina-Bouchour

Distribution – L’Enfant et les sortilèges

L’Enfant : Victoire Bunel (mezzo-soprano)
La Mère, la Tasse chinoise, la Libellule : Doris Lamprecht (mezzo-soprano)
La Princesse, le Feu, le Rossignol : Lila Dufy (soprano)
La Bergère, la Pastourelle, la Chouette, la Chauve-Souris : Lise Nougier (soprano)
La Chatte, l’Écureuil, un Pâtre : Pauline Gaillard (soprano)
La Théière, le Petit Vieillard, la Rainette : Fabien Hyon (ténor)
L’Horloge comtoise, le Chat : Paul-Émile Burgevin (baryton)
Le Fauteuil, l’Arbre : Patrick Bolleire (basse, en remplacement d’Andoni Etcharren)

Orchestre et chœur : Opéra de Toulon

Réalisation des lumières : Ludovic Panetier
Assistant vidéo : Xavier Boyer
Chef de chœur : Christophe Bernollin
Chef de chant : Juliette Journaux
Production : Opéra national de Lyon, en partenariat avec l’Auditori de Barcelone
Photos : © Aurélien Kirchner

Leïla Metina-Bouchour
Mis en ligne le Mardi 6 Octobre 2026 à 15:43 | Lu 21 fois

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