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Marseille, Théâtre Toursky : Richard Martin. L'au revoir de son épouse. 21/10/2023


Marseille, Théâtre Toursky : Richard Martin. L'au revoir de son épouse. 21/10/2023

« Mon dieu, mon dieu, mon dieu, laissez le moi encore un peu mon amoureux…
Mon amour, mon bel amour, mon tendre amour.
Je t’aime, tu m’aimes, on s’aime… rentrer à la maison… guérison, guérison… confiance, sécurité…, je n’ai pas cessé de murmurer ces mots au creux de ton oreille alors que tu étais aux portes de l’enfer… et cela a réussi plusieurs fois à les refermer.
Je me suis battue, battue, battue… dans les hôpitaux, quand tu souffrais et que personne ne comprenait ta souffrance.
Nous avons tout enduré de ce mal. Y compris parmi les centaines de visiteurs, ceux à qui tu n’osais pas dire que tu avais besoin de te reposer, généreux jusqu’au bout, malgré la souffrance.
Mais alors que tu retrouvais la forme et que nous étions à nouveau plein de projets, un médecin, un fou, l’assassin de nos espoirs, un inhumain. », est venu te dire, alors que j’étais absente, que « non, tu n’allais pas guérir et que oui, tu allais mourir ».
Il m’a interceptée aussi en me hurlant dans son bureau : « oui Françoise, Richard va mourir… oui, il va mourir… vous ne voulez pas l’entendre. Richard vous protège… car il vous aime. »
Je lui ai répondu qu’il n’avait même pas le début de la compréhension de la force de notre amour.
J’ai compris alors pourquoi tu avais pleuré quand tu m’avais vue rentrer dans ta chambre et que ton regard avait pris la couleur de la désespérance.
Je lui ai demandé de quel droit il se croyait investi pour venir nous retirer l’espoir. « En face de l’espoir, il y a le désespoir » lui ai-je crié.
Je lui ai demandé aussi s’il se prenait pour la mort ? Et que je le détestais comme je déteste la mort qui vient de me prendre en un an mon père, ma mère. Et maintenant toi. Toi qui ne voulais pas mourir et qui me disais : « jamais de la vie je ne te quitterai. Que j’étais ta seule raison de vivre et de te battre. »
Toi, toi, mon bel amour, mon si bel amour.
Nous nous sommes aimés au premier regard. Raides dingues. Passionnément amoureux.
Et cet amour, personne n’a réussi jamais à nous le retirer, à le feutrer… à l’abîmer.
Au contraire. Malgré tous les coups, il n’a jamais baissé d’intensité. Pas une seconde.
Aujourd’hui, je suis ravagée par le chagrin et cette impression de vide, même si mon cœur est empli de toi.
Tu me manques, tout me manque de toi.
Ton regard sur moi, si doux, si tendre, si ardent. Ta voix, ta si belle voix me manque quand tu me disais que je suis belle, quand tu me disais des mots d’amour ou des mots de tous les jours. Quand tu m’appelais bébé, ou mon amour.
Je ne pouvais disparaître une heure sans que tu n’appelles au moins 10 personnes pour savoir où j’étais et quand j’allais rentrer à la maison.
Tes mains sur ma peau, sur mes hanches ou mes seins me manquent.
Comment vais je vivre sans toi ?
Comment ? O
Réponds-moi. Comment ?
Oh misère, comment as-tu pu me quitter et laisser la mort t’emporter ?
Je maudis ce médecin qui nous a enlevé l’espoir. Et cette maladie. Aujourd’hui il me reste donc à moi seule, le désespoir.
Tu m’as dit « bébé, je t’aime tant, tu es et tu as toujours été tout pour moi. Je ne te quitterai jamais. Jamais où que je sois, je serais à côté de toi. En permanence. Toujours. Partout. Je serais niché au creux de ton épaule. »
Je te cherche pour l’instant car ne plus te voir physiquement est une torture morale.
Je fais face comme je peux. Je sais que tu ne voulais pas de ce chagrin qui m’accable. Et si je sais que beaucoup de gens te pleurent car tu manques à tous, personne d’autre mieux que moi ne peut mesurer ce que représente ton absence. Tu me disais que « tu étais fier que je sois Ta femme »… et que tu aimais l’idée que je le sois, même si tu savais que ce mot aurait du te déranger philosophiquement. Mais tu me répétais passionnément « Ma femme », « Ma femme ».
Oui, je l’ai été pleinement, amoureusement.
Nous étions des amants, des âmes sœurs.
J’ai partagé tous tes combats depuis 26 ans. Toutes tes joies, tes peines et tes révoltes.
Tu es irremplaçable dans ma vie, comme je l’ai été dans la tienne. Comme tu le seras dans cette ville, dans cette profession, dans ce monde.
Tu étais un symbole d’homme libre. Rebelle, fraternel, généreux. Un artiste total. Tu vas devenir un mythe, une légende.
Je suis au bord de la falaise et je sens sous mes pieds, la terre s’effriter.
Je t’ai promis de vivre. Tu m’as confié ton théâtre, ton œuvre. Tu l’as même écrit dans un testament pour que je ne l’oublie pas. Tu m’as toujours accordé une confiance non pas aveugle mais pleine et entière car tu as toujours su que je te défendrai comme une lionne. Jusqu’à la mort. Fidèle à tout.
Je t’ai promis que je veillerai sur ton théâtre et que je poursuivrai ton œuvre comme tu me l’as demandé. Tu sais que je n’ai peur d’aucun combat. Mais ce ne sont pas les combats qui m’animent même si je peux être une guerrière. Ce sont les valeurs d’amour, de loyauté et de fraternité qui me portent le plus. Comme elles te portaient.
Alors oui, je vais œuvrer pour que le Toursky reste le Toursky, reste cette flamme qui comme un phare, éclaire cette ville et le monde.
Une ville et un monde qui, sans toi, ne seront plus jamais tout à fait pareils.
Sans même que tous s’en rendent compte pleinement encore, ta mort et ta disparition vont être comme un séisme de plénitude maximum.
Tout le monde aujourd’hui va revendiquer être ton ami…
Nous n’oublierons pas pour certains le mal qu’ils t’ont fait, qu’ils nous ont fait… nous n’oublierons rien… mais nous, nous choisirons le camp de la réconciliation, de l’amour et de la paix.

Moi, quand tu vas disparaître dans les flammes et que ton corps sera en cendres, une partie de mon âme disparaîtra aussi. Je ne pourrai plus jamais être la même. Mais je te promets que je tiendrai ma promesse : celle de garder ma foi en toi, en ton théâtre et ma rage de vivre.
J’ignore comment je vais renaître de tes cendres. Mais je te fais encore une promesse : « Je ne t’oublierai jamais. Et je t’aimerais éternellement. Jusqu’à ce que nos corps soient à nouveau un jour réunis.
Et là, nous referons l’amour… inlassablement et pour l’éternité. »
Comme ma mère et mon père avant toi, tu connais désormais le mystère de l’au-delà. N’y a t’il rien après ou il y a t’il au contraire une autre dimension, un monde parallèle ?
Je suis incapable de te dire adieu.
Je t’aime mon bel amour. Mon ange. Tu étais mon ange dans la vie, tu vas devenir désormais mon ange gardien.
Mon archange Richard.

Et si je devais faire passer un message, un seul : « je souhaite à chacun, femme ou homme, d’aimer et d’être aimés comme nous nous aimons ».
Ta femme, Françoise Delvalée Martin

Info+

Théâtre Toursky
16 passage Léo Ferré
13003, Marseille
web@toursky.fr

Pierre Aimar
Mis en ligne le Samedi 21 Octobre 2023 à 17:11 | Lu 465 fois

Commentaires articles

1.Posté par ROCHE le 30/01/2024 01:21
Un bonjour dans l'espoir que nous puissions un jour discuter en paix. Pascale que ne comprend pas ce silence

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