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Luisa Miller (Opéra en trois actes, 1849), de Verdi à l’Opéra Bastille du 7 mars au 1er avril 2011

C’est un Verdi essentiellement lyrique et mélancolique qui s’attache au texte de Schiller, et le compositeur signe là une oeuvre profondément et simplement touchante. Krassimira Stoyanova fait ses débuts à l’Opéra de Paris dans le rôle-titre, face au Rodolfo attendu de Marcelo Alvarez.


Opéra en trois actes (1849)
Musique de Giuseppe Verdi (1813-1901). Livret de Salvatore Cammarano d’après le drame « Kabale und liebe » de Friedrich Schiller

Daniel Oren, Direction musicale
Gilbert Deflo, Mise en scène
William Orlandi, Décors et costumes
Joël Hourbeigt, Lumières
Alessandro Di Stefano, Chef de Choeur

Orlin Anastassov : Il Conte di Walter
Marcelo Alvarez / Roberto De Biasio (26 mars) : Rodolfo
Maria José Montiel : Federica (duchessa d’Ostheim)
Arutjun Kotchinian : Wurm
Franck Ferrari : Miller
Krassimira Stoyanova Luisa
Elisa Cenni : Laura

Orchestre et Choeur de l’Opéra national de Paris

Billetterie on line de l’Opéra Bastille

Présentation de l'œuvre

Une tragédie bourgeoise. C’est le sous-titre donné par Schiller à sa pièce Intrigue et amour, montrant que la transposition d’un drame dans une société qui n’est pas celle de la cour et du pouvoir ne le rend pas moins fort ou moins douloureux. Ici, dans un village tyrolien où rien ne semble pouvoir arriver que la naissance d’une idylle, deux familles s’affrontent jusqu’à la mort. Deux pères ignorent la toute-puissance de l’amour, le bafouent, et provoquent la mort de leurs enfants. C’est un Verdi essentiellement lyrique et mélancolique qui s’attache au texte de Schiller, et le compositeur signe là une oeuvre profondément et simplement touchante. La révolution de Rigoletto et La Traviata (encore des pères !) n’est cependant pas loin et Luisa Miller, avec sa beauté musicale transcendante, porte déjà la trace de ce nouveau théâtre verdien.
Krassimira Stoyanova fait ses débuts à l’Opéra de Paris dans le rôle-titre, face au Rodolfo attendu de Marcelo Alvarez.

Giuseppe Verdi

Giuseppe Verdi - Né en 1813 à Le Roncole, hameau proche de Busseto, mort à Milan en 1901. Verdi compose une trentaine d'opéras. Parmi les plus célèbres : Nabucco, Ernani, Attila, Macbeth, Luisa Miller, Rigoletto, Il Trovatore, La Traviata, I Vespri siciliani, Un Ballo in maschera, La Forza del Destino, Don Carlo, Aïda, Otello, Falstaff. Il est également l'auteur d'une Messa da Requiem. Il abandonne progressivement le bel canto classique au profit d'une expression vocale plus dramatique ; les dernières œuvres de Verdi verront la disparition du récitatif et l'avènement d'un discours musical continu.

Luisa Miller

Luisa Miller a été créé en 1849, c’est-à-dire après Il Corsaro et La Battaglia di Legnano. De ce fait, il se situe à la fin de la période que Verdi a appelée ses « années de galère » et, en abandonnant les sujets patriotiques, inaugure un nouveau style, plus intimiste, qui annonce les œuvres à venir et notamment La Traviata.
Le livret est tiré d’une pièce de Friedrich Schiller, auteur dramatique qu’avec Hugo et Shakespeare, Verdi affectionnait particulièrement et dont il admirait l’idéal humanitaire - il avait déjà adapté Jeanne d’Arc (Giovanna d’Arco) et Les Brigands (I Masnadieri) et devait plus tard mettre en musique Don Carlo. La pièce, Intrigue et Amour, à travers une histoire passionnelle entre un gentilhomme, Ferdinand (qui devient Rodolfo dans l’opéra) et une jeune fille du peuple, Louise Miller, aux prises avec les intrigues d’une société corrompue, oppose le goût pour la nature et les mœurs simples au cynisme, à la vie scandaleuse et criminelle ou simplement à l’hypocrisie mondaine des principautés allemandes de la fin du XVIIIe siècle. Verdi et son librettiste Cammarano l’adaptent aux lois dramaturgiques de la tradition lyrique napolitaine qui est celle de la virtuosité vocale, mais savent en tirer habilement profit et bien des personnages des opéras ultérieurs se profilent dans la configuration de Miller, Wurm, Rodolfo ou Luisa. Bien des thèmes trouvent aussi leur point d’ancrage et en particulier le thème du père, avec sa dualité affective / répressive, que l’on retrouvera, entre autres, dans Rigoletto, La Traviata ou Simon Boccanegra.
Sur le plan musical, Luisa Miller fait preuve, à ce stade de la carrière de Verdi, d’une meilleure adéquation de la musique et de la parole. La traditionnelle distinction entre récitatif et air tend à s’estomper, empêchant ainsi la tension dramatique de retomber. Comme dans La Traviata, le drame est présent dès l’Ouverture par un thème haletant qui traduit l’anxiété de Luisa et qui réapparaît dans la courte introduction orchestrale du 3e acte.
© Opéra Bastille

Luisa Miller a été créé au Théâtre San Carlo de Naples le 8 décembre 1848.

L’œuvre à l’Opéra de Paris
Luisa Miller a été représenté pour la première fois au Palais Garnier en mai 1983, sous la direction musicale de Anton Guadagno, dans une mise en scène de Luciano Damiani, avec Luciano Pavarotti (Rodolfo), Katia Ricciarelli (Luisa), Piero Cappuccilli (Miller) et Nadine Denize (Federica). L’œuvre fait son entrée à l’Opéra Bastille en février 2008, dans une mise en scène de Gilbert Deflo, avec Ramon Vargas, Ana Maria Martinez, Andrzej Dobber et Maria José Montiel, sous la direction musicale de Massimo Zanetti, qui est de nouveau à l’affiche cette saison.

Les trois actes

Acte 1 - Amour
Premier tableau
Un village du Tyrol. Les villageois se réunissent devant la maison du vieux soldat Miller pour fêter l'anniversaire de sa fille Luisa. La jeune fille et son père les saluent et Luisa cherche parmi eux son amant Carlo. Miller est mal à l'aise car il sait que le jeune homme est étranger au village, mais Luisa le rassure en affirmant que Carlo l'aime d'un véritable amour, et lorsque celui-ci apparaît, les deux amants se jurent fidélité.
Tous se rendent à l'église à l’exception de Miller, accosté par Wurm, l'intendant du château. Puisque le vieil homme semble désapprouver la liaison de sa fille avec Carlo, Wurm demande une nouvelle fois à Miller de lui accorder la main de sa fille. Mais ce dernier se refuse à abuser de son autorité paternelle en obligeant Luisa à se marier contre son gré. Furieux, Wurm révèle alors la véritable identité de Carlo, qui n'est autre que Rodolfo le fils du nouveau comte Walter. Miller voit alors, avec douleur et colère, ses craintes se confirmer.

Deuxième tableau
Dans le château du comte Walter. Wurm a fait part au comte de l'amour de Rodolfo pour une villageoise. Walter songe amèrement que son fils vient lui-même contrecarrer les ambitions qu'il nourrit à son sujet. Il fait alors venir Rodolfo pour lui annoncer qu'il a l'intention de lui faire épouser la duchesse Federica, sa cousine et son amie d'enfance, aujourd'hui veuve mais dont le rang lui ouvrirait les portes de la cour. L'arrivée de Federica met un terme aux protestations de Rodolfo, mais une fois que les jeunes gens se retrouvent seuls, celui-ci avoue à la duchesse, en lui rappelant leur ancienne amitié, qu’il ne peut l'épouser car son cœur est déjà pris. Federica est furieuse d'être rejetée.

Troisième tableau
Luisa attend « Carlo » qui lui a promis de quitter ses compagnons de chasse pour venir la rejoindre. Miller survient et révèle à sa fille la véritable identité de celui qu’elle aime. Il fait le serment de se venger de ce séducteur sans cœur. Mais Rodolfo entre assez tôt pour surprendre ses paroles et proteste de sa bonne foi. Il jure solennellement de faire de Luisa son épouse, quand la maison est envahie par le comte Walter et ses gens. Furieux de la résistance de Rodolfo, Walter accuse Miller et sa fille d’être les auteurs d’une machination visant à piéger son fils et les arrête. Mais quand Rodolfo menace de révéler comment il a usurpé son titre, il est contraint de les relâcher.

Acte 2 - Intrigue

Premier tableau
Les villageois viennent annoncer à Luisa que son père a été fait prisonnier par les hommes de Walter. Wurm survient et, après avoir renvoyé les amis de la jeune fille, lui annonce que son père a été condamné à mort pour avoir défié le comte et qu'il appartient à Luisa de le faire libérer en confessant dans une lettre à Rodolfo qu'elle ne l'a jamais aimé. Luisa n'a d'autre ressource que d'écrire, sous la dictée de l'intendant, qu'elle a seulement répondu aux avances du jeune homme en raison de son rang et qu'elle n'aime en fait que Wurm. Elle promet aussi de ne pas révéler que cette lettre fut écrite sous la contrainte.

Deuxième tableau
Wurm fait part à Walter de sa réussite. L'un et l'autre évoquent alors le rôle qu'ils ont joué dans le meurtre du vieux comte : pour que Walter hérite du titre, ils ont tué jadis son cousin. Walter confie à son intendant que Rodolfo connaît leur secret, mais lui promet qu'ils prospéreront ou tomberont ensemble. A l’arrivée de Federica, Wurm fait entrer Luisa, qui est tenue de répéter à la duchesse ce qu'elle a écrit dans sa lettre. Sachant que la vie de son père dépend de ses propos, elle n'hésite pas à dire que Rodolfo est libre d'épouser sa cousine.

Troisième tableau
Rodolfo a reçu la lettre de Luisa. Il ne peux s’expliquer cette trahison et évoque amèrement leurs anciens serments d'amour et de fidélité. Il fait venir Wurm et, lui montrant la lettre, le provoque en duel. Saisi de panique, Wurm tire un coup de pistolet en l'air et s'enfuit au moment où les serviteurs entrent précipitamment. Walter arrive sur ces entrefaites et encourage son fils à se venger de Luisa en épousant Federica sans attendre, mais Rodolfo est trop désespéré pour envisager l'avenir sans sa bien-aimée.

Acte 3 - Poison

Luisa écrit une autre lettre cependant que ses amis essaient de lui faire oublier sa douleur. Ils ne lui disent mot des préparatifs du mariage de Rodolfo et de Federica. Miller, resté seul avec sa fille, lui dit qu'il sait à quel sacrifice il doit sa délivrance, et celle-ci lui montre timidement la lettre qu'elle est en train d'écrire et dans laquelle elle annonce à Rodolfo son intention de mettre fin à ses jours. Miller, terrifié, lui rappelle qu'il n’a rien d'autre qu’elle au monde et la supplie de rester en vie, ne serait-ce que pour lui. Elle déchire alors la lettre contre son gré, puis tous deux songent à la vie nouvelle qu'ils pourraient mener ensemble loin du village.
Luisa prie une dernière fois dans la demeure qu'elle s'apprête à quitter. Rodolfo entre sans être vu, il verse du poison dans une coupe et s'avance vers Luisa, qu'il met au défi d'avouer sa trahison.
Toujours liée par la promesse faite à Wurm, elle admet avoir écrit la lettre. Se disant assoiffé, Rodolfo boit à la coupe et la tend à Luisa. Il lui reproche son manque de foi et finit par révéler qu'ils ont l'un et l'autre absorbé du poison. Se sentant libérée de son serment par l'approche de la mort, Luisa confesse la vérité et Rodolfo se rend compte qu'il vient de tuer celle qui n'avait jamais cessé de l'aimer. Miller revient juste à temps pour recevoir le dernier adieu de sa fille, qui meurt au moment où Walter et Wurm entrent dans la pièce. Rassemblant ses dernières forces, Rodolfo transperce l'intendant de son épée avant de tomber mort aux côtés de Luisa.
© Opéra Bastille

Pratique

Durée du spectacle
2h50 avec un entracte

Prix des places
5€, 15€, 20€, 35€, 55€, 75€, 90€, 115€, 140€
Billetterie on line de l’Opéra Bastille


Pierre Aimar
Mardi 22 Février 2011
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