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Le Corps du Ballet, d'Emio Greco et Pieter Scholten, version intégrale, le BNM à la Criée, Marseille, les 14 et 15 mars 2015. Par Philippe Oualid

Les deux nouveaux directeurs du BNM, Emio Greco et Pieter Scholten, qui inscrivent leur travail dans la ligne artistique du Centre chorégraphique d'Amsterdam, en mettant l'accent sur la recherche de formes nouvelles pour le Ballet contemporain, ont présenté à la Criée la version intégrale de leur dernier spectacle : Le Corps du Ballet.


Le Corps du ballet © Jean Barak
Le Corps du ballet © Jean Barak
Inspiré par l'ouvrage d'Elias Canetti, Masse et Puissance, Emio Greco cherche à montrer par la danse comment, dans une masse d'individus traversée par la pensée obsessionnelle de l'ordre et du commandement, on finit par déceler la permanence d'archaïsmes dont la raison ne peut rendre compte. Dans ses différentes figures d'expression, le ballet représente des effets de panique collective, des êtres isolés ou des couples victimes d'un sentiment de persécution, expulsés par le groupe ou réintégrés en son sein, dans des tableaux plus ou moins répétitifs où les pas et les positions renvoient souvent à la technique de la danse académique.

En silence ou sur des bruits d'environnement, de carillon, combinés à des morceaux célèbres de musique de ballet romantique, le corps de ballet du BNM réalise ainsi une performance très originale qui laisse augurer d'intéressantes perspectives pour l'avenir.

Souvenir de Giselle (troupe des Wilis), le ballet débute par le grand jeté passé arrière en demi-plié, bras droit étendu, réalisé par le premier danseur de la compagnie , seul en scène, Nahimana Vandenbusche. Surgit ensuite la masse fermée de vingt danseurs et danseuses, corps sans visages, qui circule frénétiquement sur le plateau, s'immobilise, bras en couronne, multiplie élévations ou sauts, avant de se livrer à des chutes collectives qui aboutissent à la posture du torse replié sur un grand écart. De temps à autre, deux danseurs s'isolent du groupe pour réaliser en symbiose d'élégantes arabesques ou des échappés sur demi-pointes et manifester ainsi leur indépendance. Au bout de trois quarts d'heure, le ballet abandonne son caractère abstrait et indéterminé pour des illustrations plus concrètes de sa thématique, avec une Marseillaise chantée par Mireille Matthieu ou Serge Gainsbourg, qui suscite entrechats, fouettés ou manège, puis une vague parodie du Ballet de Cocteau, Le Jeune Homme et La Mort, avant de revenir à des scènes de danses collectives sous le pouvoir magique d'un masque africain.

Les danseurs qui se jettent à corps perdu dans la lutte pour exister collectivement ou individuellement, sont frénétiquement applaudis à la fin de l'épreuve. Quant aux chorégraphes, ils prévoient une prochaine étape de création qui s'intitulera « Le Corps en Révolte », pour un appel à la solidarité et à l'engagement dans un monde absurde.
Philippe Oualid


Pierre Aimar
Mardi 17 Mars 2015
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