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Farinelli-XXIe-Sexe, théâtre des Marronniers, Lyon, du 15 janvier au 2 février 2014

Farinelli-XXIe-Sexe raconte comment Paul Emerson* (1951-1978), doté d’une voix aussi exceptionnelle qu’inhabituelle (on parle aujourd’hui d’une voix de contre-ténor), cherche à imposer son univers musical dans le New-York artistique des années 70.


Farinelli-XXIe-Sexe, théâtre des Marronniers, Lyon, du 15 janvier au 2 février 2014
Rejeté par le monde de la musique classique, réticent à s’orienter vers le rock, Paul Emerson invente sa propre route en redécouvrant la figure de Farinelli (1705-1782). Incarnant jusqu’à l’extrême le castrat Farinelli qu’il transfigure pour ses spectacles, Paul Emerson appartient de plein droit au petit groupe de musiciens qui ont initié le renouveau du répertoire baroque. Mais s’il a marqué les spectateurs de l’époque, la mémoire collective l’a aujourd’hui largement oublié, probablement parce que, de ses apparitions sous forme de happenings ou de performances, il ne reste presque rien.

C’est à la mise en lumière de cet artiste méconnu que s’attache Farinelli-XXIe-Sexe, comme à celle du castrat Farinelli, sous la forme d’un documentaire théâtral et musical. Empruntant au genre docufiction, en s’appuyant sur un texte original tiré d’entretiens conduits auprès de la compagne de Paul Emerson, le spectacle est réalisé en direct devant le public en mixant plusieurs sources : documents d’archive et vidéo contemporaine, chant baroque et performances originales reconstituées, etc.

La création de Farinelli-XXIe-Sexe s’inscrit dans la démarche actuelle de l’Ensemble Boréades qui explore les différentes re-présentations du chanteur dans une trilogie intitulée Castrats / Divas / Rockers dont Hen-drix-XVIIe-Ciel a constitué un premier volet. Ici, c’est la figure du castrat qui est interrogée par ce jeu de miroir entre un performer presque contemporain et des chanteurs formidable-ment célèbres, adulés même, mais tombés dans l’oubli.

Par ailleurs, Farinelli-XXIe-Sexe explore la question du genre et des modalités de la construction sociale d’une identité sexuée. Car avec une voix qui ne correspond pas aux habitudes, Paul Emerson a déclenché une interrogation plus large sur le genre. Sans affirmer qu’il est à l’origine de ces problématiques qui ont connu dans les universités américaines une très grande fécondité, Emerson posait en effet clairement la question de savoir ce qui fait homme ou femme. Cette pos-ture radicale a fait partie intégrante de sa démarche d’artiste et des interrogations qu’il souhaitait envoyer au public, au-delà de sa volonté de faire découvrir l’univers des castrats.

Farinelli-XXIe-Sexe prend sa source dans une volonté de remonter aux origines des premiers « baroqueux ». Alors que cette génération de pionniers disparaît peu à peu (Christopher Hogwood, Frans Brüggen, Gustav Leonhardt sont morts récemment), le temps est venu d’interroger leur démarche. S’intéresser à ces initiateurs, c’est comprendre (peut-être), pourquoi ils ont eu envie d’emprunter des che-mins de traverse, plutôt que d’inscrire leurs pas dans ceux de leurs aînés. Et c’est enfin la possibilité de souligner l’immense apport de leurs travaux, d’accepter cet héritage et d’affirmer dans un même élan notre volonté d’innover à notre tour.


Distribution

conception, texte et mise en scène Pierre-Alain Four
contre ténor Paulin Bündgen,
jeu Claudine Charnay,
théorbe et guitare Etienne Galletier,
viole de gambe Nolwenn Le Guern,
travestissement électro Camille Frachet,
video Joran Juvin,
lumière Xavier Davoust,
graphisme Céline Ollivier.

Un documentaire sur un pionnier du baroque

Musicalement, Farinelli-XXIe-Sexe affiche une volonté de se glisser dans les pas de la démarche de Paul Emerson, sans volonté d’imitation servile, mais plutôt en en captant l’esprit. Paul Emerson a exhumé le répertoire ancien pour le chanter « à sa manière », tout en ayant à cœur de retrouver le jeu de l’époque baroque. De ce fait, Farinelli-XXIe-Sexe repose à la fois sur des partitions originales, mais aussi sur des musiques retravaillées pour l’occasion. L’ensemble constitue une bande-son qui prolonge et illustre la dramaturgie de ce docufiction. Le fil conducteur du travail musical est celui du travestissement et de la mutilation, de manière à retrouver avec des moyens contemporains et imagés les contraintes opérées sur la voix des castrats.

Ce travail de création musicale porte ici notamment sur le théorbe et la viole de gambe avec l’ambition de les faire « sonner » autrement. Ainsi, une collaboration avec l’IRCAM va-t-elle permettre de recourir à des « action-neurs » qui utilisent la caisse de résonance des ins-truments. Il devient alors possible par exemple d’injecter dans un théorbe du clavecin préalablement enregistré tout en jouant l’instrument. Cela provoque une perturbation de l’écoute qui questionne sur le « genre » de l’instrument tout en déployant une palette sonore entièrement nouvelle. Di-verses expériences de ce type, combinant parfois pédale de loop, sons préenregistrés, ponctuations électroniques, apportent une dimension musicale inédite et en parfaite adéquation avec le propos général du spectacle.

Compositeurs :
Claudio Monteverdi, Steve Reich, Antonio Vivaldi, John Cage, Nicola Porpora, Henry Purcell et les bruits de la ville…

Pratique

Du 15 janvier au 2 février 2015
Théâtre des Marronniers
7, rue des Marronniers
69002 Lyon 2e
jeudi, vendredi, samedi à 20h30
dimanche à 17h00
lundi à 19h00
mardi, mercredi relâche
Réservations : 04 78 37 98 17
www.theatre-des-marronniers.com



Pierre Aimar
Vendredi 5 Décembre 2014
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