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Estremadure – Espagne : A Zafra, vivre dans un château-fort

Les Paradores d’Espagne ont une caractéristique commune. Ce sont des lieux historiques, palais, châteaux, couvents ou monuments divers conservés en excellent état parce que devenus hôtels de luxe. Ainsi le visiteur fait d’une pierre quatre coups : il découvre et visite sereinement un beau monument et il peut y séjourner ; il s’offre un hébergement de qualité dans un endroit prestigieux et sans doute se fait-il aussi plaisir !


Un site Celte

Zafra, place du Parador
Zafra, place du Parador
Zafra n’est pas un site connu ; à peine mentionné en 15 lignes dans le Guide Vert qui en matière d’Espagne fait cependant référence. Pourtant implantée dès la préhistoire, la vieille cité celte, puis aménagée par César, passe sous l’autorité arabe (d’où lui vient son nom) au début du XIe siècle, reconquise par deux fois au XIIIe siècle. Peu d’aspects positifs à cette colonisation arabe alors que la cité connaît très vite un grand développement économique, devenant comté puis duché de Feria.
Zafra se situe près de la route 630, qui va de Gijon à Cadix, jadis Ruta de la Plata (route de l’argent), aux confins de l’Estrémadure et de l’Andalousie, en bordure du Portugal. D’ailleurs quand on arrive en été dans ce paysage de montagnes douces, roses et semi-désertiques, oserais-je dire que l’on sent le passé ? Car il est des sites comme cette plaine entre les chaînes de montagne du Castellar et de San Cristobal, où il est évident que devait se créer une cité.
La ville est petite et blanche, andalouse déjà dans le blanchi des murs, portugaise un peu par leurs soubassements jaunes, fleurie, caquetante et bruyante aux heures du matin et vite assoupie dans la chaleur, dès le début de l’après-midi.

Parador, le château du duc de Feria

Zafra palais du duc de Deria
Zafra palais du duc de Deria
Un peu retiré au fond de sa place à palmiers, Plaza Corazon de Maria, le château du duc de Feria dresse ses neuf tours rondes à sommets pyramidaux.
C’est lui le Parador, offrant son cadre de passé, le décor élégant de son patio de marbre blanc à fontaine hexagonale, aux voyageurs amoureux de sérénité. Après un dédale de couloirs et d’escaliers de plus en plus étroits, on atteint le sommet des murailles d’où le regard porte très loin. Depuis le chemin de ronde qui fait le tour du bâtiment, la ville nous appartient. Merlons et créneaux, tourelles à escaliers vertigineux, meurtrières, ce bâtiment du XVe siècle demeure un vrai château comme celui que le dictionnaire et, de nos jours internet, offrent en modèle aux enfants curieux.
De haut, le regard coule à pic dans une piscine turquoise, protégée de la ville par des murs de haies, appétissante de fraîcheur sous l’ardeur des rayons solaires.
Partant du patio, aux deux niveaux, de longs couloirs blancs interrompus de petits salons meublés à l’ancienne, proposent une halte fraîche. Un vaste salon très confortable donne sur les monts roses et gris au loin par des fenêtres géminées en fer à cheval, et tout à côté une ancienne chapelle réorganisée en salle de conférences propose un plafonds de bois admirablement peint, et sous un lanternon doré entièrement ouvragé, un autel décoré d’or et de rouge, sans doute baroque, placé dans une voûte haute.
Les galeries à colonnes portent des éclairages à l’ancienne, lourdes lampes en métal forgé évoquant sans doute le temps où Hernan Cortès logeait dans ce château; on retrouve d’ailleurs partout dans les Paradores cette volonté de fidélité au passé. Comme dans les chambres, en général de vastes dimensions, meublées à l’ancienne, demi- baldaquins et épaisses boiseries ornées de tentures rouge orangé.
Au niveau du patio, une longue salle à manger faite pour l’intimité, un petit coin bar intime lui aussi et qui porte aux murs une remarquable collection de miroirs d’argent. Partout des gravures anciennes dans des accrochages habilement mis en lumière, des objets qui attirent l’œil par leur pouvoir évocateur… même si tout ne vient pas directement du XVIe siècle.

Une aimable petite ville

Une chambre du Parador
Une chambre du Parador
Les rues commerçantes à l’espagnole sont très animées le matin et les marchés se tiennent dans une halle couverte, chaleur oblige.
Mais Zafra est surtout connue pour ses deux places communicantes, la Plaza Grande et la Plaza Cica ceintes d’arcades de pierres, et qui sont en contact par un angle ; jolis pavements de pierre et galets, murs blancs et briques, fleurissements dans des pots bleus Séville, on trouve en ces lieux toute l’atmosphère andalouse assortie à la lumière qui donne de superbes images de vacances.
Malgré le réchauffement climatique, nos étés demeurent encore bien instables et variables, parfois même frileux, et les déserts gris et roses souvent pointillés du vert des oliviers, offrent en Espagne ces paysages gavés de lumière dont le regard se repaît. Et s’enivre.
Ces voyages d’été rappelons-le sont dans la pure tradition des voyages antiques où l’on ne se déplaçait que de mai à octobre. ; pressé de rentrer et de retrouver demeures solides et réserves pour les temps longs et difficiles de l’hiver. Car le monde ne se traversait que sous des visions de lumière.
Jacqueline Aimar

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pierre aimar
Vendredi 18 Janvier 2008
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