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Membre du Syndicat de la Presse Culturelle et Scientifique (SPCS) et de la Fédération Nationale de la Presse Spécialisée (FNPS)


Chorégies d'Orange 09. Georges Prêtre : témoignage. En France "Nos élites sont cultivées, mais il manque dans leur vie, la poésie, le rêve de la musique".

Georges Prêtre, vous dirigez actuellement de nombreux concerts un peu partout dans le monde, mais peu d’opéras. Quelle en est la raison ?
J’ai toujours aimé l’opéra, j’ai toujours aimé les voix et j’ai dirigé beaucoup d’opéras en France, au MET, à Vienne, à la Scala de Milan, à Covent Garden… Mais l’opéra entraîne souvent le sacrifice de la vie privée. Je partais parfois six mois sans revenir à la maison. C’était trop long.


Chorégies d'Orange 09. Georges Prêtre : témoignage. En France "Nos élites sont cultivées, mais il manque dans leur vie, la poésie, le rêve de la musique".
Il y a également une autre raison. J’ai été gâté tout au long de ma carrière en travaillant avec de très grands metteurs en scène, Visconti, Zeffirelli, pour ne citer qu’eux. C’était des gens qui aimaient et qui servaient la musique. Qui est le plus important dans un opéra ? le compositeur bien sûr. Qu’est ce qui met en valeur le compositeur ? les artistes. Pour faire briller les artistes, il faut un bel écrin. L’écrin, c’est le metteur en scène. Depuis quelque temps, les metteurs en scène veulent briller, eux ! Alors que, tout comme le chef d’orchestre, ils sont au service du compositeur. Il y a là une déformation professionnelle, due, je crois, aux metteurs en scène dramatiques venus à la musique, sans savoir qu’il y a d’autres contraintes qu’au théâtre et que l’opéra est un univers différent. C’est pour cela aussi que je ne dirige plus beaucoup d’opéras.

Qu’est ce qui vous a décidé à venir à Orange ?
J’ai toujours eu un excellent contact avec Orange et Raymond Duffaut. Par ailleurs, on m’a fait un grand honneur en donnant mon nom au parvis du Théâtre Antique. De mon vivant ! c’est quand même exceptionnel et aussi très gentil. Et puis surtout, j’ai enregistré Pagliacci avec mon ami Roberto Alagna et l’Orchestre National de France pour les besoins d’un film.

Vous connaissez bien l’Orchestre National de France ?
Oui, et je l’aime. Depuis mes débuts, nous avons toujours eu un contact excellent. Nous avons fait beaucoup de choses ensemble, des opéras en version concertante, des tournées … et l’orchestre m’a toujours donné satisfaction. On dit souvent à tort qu’un orchestre français a un son français. Pour moi, il n’y a pas de son français, allemand ou italien... Un orchestre a sa personnalité et, comme les musiciens sont des artistes, ils sont capables de se mettre non seulement au service d’une œuvre, mais aussi de son atmosphère et de son caractère. C’est le cas avec l’Orchestre National de France.

Y a-t-il beaucoup de différences entre Cavalleria Rusticana et Pagliacci ?
Les deux ouvrages sont totalement différents. Les seules similitudes sont le thème de la jalousie et le lyrisme, le pur lyrisme des deux opéras. L’ambiance, l’approche de l’œuvre, l’orchestration sont totalement différentes. Je ne pense pas qu’il y ait d’influence de l’une sur l’autre.

Comment voyez-vous l’avenir de l’opéra ? Que pensez-vous des jeunes chanteurs aujourd’hui ?
Il y a de plus en plus de jeunes qui viennent à l’opéra, mais en France on ne donne pas la priorité à la musique. Nos élites sont cultivées, mais il manque dans leur vie, la poésie, le rêve de la musique. Elles semblent ignorer que la musique est l’art le plus complet et qu’il y a tout dans la musique : la littérature, la poésie, l’orchestration, les couleurs, la peinture, la sculpture. Il y a tout, mais « c’est un art éphémère ». Je déplore qu’à la télévision, aux heures de grande écoute, il n’y ait jamais de mise en valeur de nos institutions culturelles. Nous avons à l’Opéra de Paris un superbe ballet, nous avons des orchestres magnifiques, dont les deux orchestres de Radio France. A la télévision, on ne les voit jamais. On ne voit jamais non plus la troupe de la Comédie Française. On ne se sert pas de cette « arme » extraordinaire qu’est la télévision pour la diffusion de la culture. Cela me fait de la peine. Je dois cependant saluer l’initiative de France Télévisions qui retransmet désormais en direct quelques pièces de théâtre durant l’année, et l’été des opéras donnés dans les festivals, notamment aux Chorégies. Il faut continuer. Tout le monde peut profiter de la musique, peut avoir la chair de poule en écoutant des chefs-d’oeuvre, mais cette « grande » musique là, on ne la fait pas entendre. L’art, c’est pourtant ce qui apporte un peu de joie, un peu de bonheur à tous. Je crois aux jeunes chanteurs d’aujourd’hui. J’ai dirigé les plus grands interprètes. Personne n’est irremplaçable, et en même temps, on ne remplace personne. Il faut respecter la propre personnalité des jeunes chanteurs. Nous avons un patrimoine extraordinaire de compositeurs, d’artistes, dont on ne met pas en valeur les qualités. C’est un devoir pour nos élites de défendre ce patrimoine français. Je suis pour la « politique des arts », pas seulement pour la musique, mais pour tous les arts. Ils se complètent, se rejoignent et forment un tout.


pierre aimar
Jeudi 30 Avril 2009
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