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Chorégies d'Orange 09. A propos de Cavalleria Rusticana et Pagliacci. Mise en scène Jean-Claude Auvray

Qu’est ce qui vous a donné envie d’être metteur en scène ?
Après un accident de voiture, je ne pouvais plus être acteur. Comme je ne voulais pas renoncer au monde du théâtre, je me suis tourné vers la mise en scène. Un concours de circonstances, le destin sans doute, m’a dirigé vers le monde de l’opéra. D’ailleurs, La Forza del Destino a été mon premier spectacle.


Chorégies d'Orange 09. A propos de Cavalleria Rusticana et Pagliacci. Mise en scène Jean-Claude Auvray
Avez-vous déjà mis en scène Cavalleria Rusticana et Pagliacci ?
Jamais. Ces deux ouvrages sont une première pour les Chorégies, une première pour moi et une première pour quelques chanteurs, dont Béatrice Uria-Monzon.

Parlez-nous de ces deux ouvrages.
C’est toujours un challenge de monter un spectacle aux Chorégies. Alors en monter deux ! Il fallait trouver une solution pour que le dispositif scénique de Cavalleria Rusticana puisse s’intégrer, du moins partiellement, à celui de Pagliacci. Cavalleria Rusticana et Pagliacci se ressemblent en apparence, mais sont quand même très différents, surtout sur le plan musical. Ils se déroulent dans les années 1900/1910, dans le sud de l’Italie : le premier dans les Pouilles, l’autre en Sicile. J’ai choisi de situer les deux ouvrages en Sicile. Cela me paraissait d’autant mieux convenir que Roberto Alagna s’est récemment rapproché de son pays d’origine avec l’enregistrement de son album « Sicilien ». Ce sera en quelque sorte la continuité de son année sicilienne !
Nous avons transporté l’action dans les années 1950. C’était intéressant de la situer à une époque plus proche de nous, celle de l’apothéose du néoréalisme dans le cinéma italien de Fellini, De Sica, Mastroianni, Sordi, de La Strada et du Voleur de bicyclettes. Cette transposition n’est pas en contradiction avec les deux histoires.
Dans le monde de l’opéra italien, ces ouvrages sont taxés du fameux «vérisme ». J’ai voulu échapper au vérisme routinier et facile, souvent dénaturé par les préoccupations pseudo intellectuelles à la mode, qui visent à rejeter leur aspect populaire caractéristique. Il me paraissait essentiel d’authentifier et de sublimer la charge émotionnelle engendrée par deux faits divers qui ont pour objet l’amour-passion, la jalousie, des sentiments humains d’une banalité assez confondante, mais qui peuvent mener à l’acte criminel. Autre similitude, l’action se déroule au cours d’une fête. Une fête religieuse pour Cavalleria Rusticana - le jour de Pâques - et une fête de village, presque païenne, représentée par le monde du cirque, pour Pagliacci - le jour de l’Assomption - . Les deux fêtes se rejoignent : dans l’une, l’homme est victime ; dans l’autre, c’est la femme, et ce pour les mêmes raisons. Ce sont deux ouvrages viscéraux : ils écorchent et finissent dans le sang.
J’ai voulu être original, sans provocation gratuite, sans déranger ni perturber un public qui vient se divertir, écouter une musique qui lui est familière, dans un lieu qu’il aime.
Il y a très peu de ténors qui chantent Cavalleria Rusticana et Pagliacci au cours de la même soirée. Roberto Alagna a pratiquement débuté en France avec moi, à Montpellier et à Toulouse, dans La Traviata, qui l’a fait connaître dans le monde entier. Le retrouver vingt ans après me touche beaucoup.


pierre aimar
Jeudi 30 Avril 2009
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