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Membre du Syndicat de la Presse Culturelle et Scientifique (SPCS) et de la Fédération Nationale de la Presse Spécialisée (FNPS)


Carnet de voyage du Pacifique Sud/La Nouvelle Calédonie n°3 (octobre 2014), par Alain Brunet et Akpé Motion

Cette 3e semaine fut la plus dépaysante de celles vécues depuis que nous sommes sur ce territoire car ce fut la semaine de l’opération Jazz en tribu inaugurée l’an dernier et poursuivie cette année en l’approfondissant si je puis dire.


Carnet de voyage du Pacifique Sud/La Nouvelle Calédonie n°3 (octobre 2014), par Alain Brunet et Akpé Motion
Alain Guarèse, au sujet duquel il faut que je dise quelques mots, est à la tête d’une formidable entreprise culturelle qui, à l’échelle du territoire calédonien, met en œuvre des actions de formation et de diffusion de la musique, de la danse et du théâtre. Il est le maître d’ouvrage de notre tournée à laquelle il participe en qualité de bassiste, et, à ce titre, a programmé des concerts dans plusieurs tribus de Province nord et sur l’île de Lifou où nous irons en 4e semaine.

Nous sommes partis lundi matin et avons déjeuné d’une grande salade de crabe dans un restaurant kanak de la Foa ! Choix judicieux-que c’est bon le crabe !- que cette étape sur la route de la côte Est de Nouvelle Calédonie où résident la plupart des tribus kanaks.

Au cours de cette semaine se déroulait aussi un festival au nom original : le festival des moins grands ayant pour objet de proposer durant les vacances diverses activités culturelles aux enfants de la Côte est : Ateliers musicaux, artisanaux, de danse et concerts/spectacles donnés par adultes et enfants des différentes antennes du conservatoire disséminées sur le territoire.

Alain Guarese nous annonce que nous jouerons en ouverture du festival, ce qui n’était pas prévu ! Nous en sommes heureux ! Sauf que notre logement n’est pas prévu ! En route pour Houëllou où se déroule le festival, nous apprenons que nous allons loger chez Juliette ; hélas, quelques km plus loin, Juliette accueillant ses petits enfants n’a plus de disponibilité ; elle a passé le relais à Marguerite aussitôt appelée par Alain qui, de sa voiture toutes options, dispose d’un kit mains libres.

Nous sommes donc témoins de la conversation digne d’un des meilleurs sketches des Deschiens ! Le numéro de téléphone n’était pas le bon et nous n’en avons pas d’autres ! Nous sommes donc, la nuit tombante, à une heure du début du concert sur le rond point de la commune de Poro où était prévu le rendez-vous, tels Godot !

Un plan B est-il envisageable? Oui ! Après divers échanges téléphoniques, nous apprenons que nous sommes logés dans la maison de fonction non habitée de la directrice de l’école ! Et par chance, elle n’est pas occupée pour la nuit qui arrive.

L’aménagement est sommaire : quelques matelas à l’état brut sur lequel un drap a été mis, une douche avec eau…froide bien sûr…Le passage d’une femme de ménage durant une journée aurait été bienvenu mais enfin, nous faisons contre mauvaise fortune bon cœur.

Je me dis que c’est un avant goût de ce qui nous attend !

Le lendemain, petit déjeuner sous une grande tente prêtée par l’armée où se prennent tous les repas du festival puis départ pour Kouaoua où se trouve la tribu Néa soit une heure et demi de route environ.

Accueil par les personnes âgées de la tribu (les plus jeunes sont au travail) avec ce que l’on appelle le geste coutumier et qui consiste à se présenter, donner un présent pour l’essentiel composé d’une pièce d’étoffe et d’un peu d’argent et demander l’autorisation d’entrer dans la tribu et d’y donner un concert.

Déjeuner fort agréable de «spécialités » kanaks puis installation du matériel son et des instruments ; un camion transportant une sonorisation ainsi que les instruments de musique conduit par un jeune ingénieur du son nous accompagne durant l’ensemble du séjour calédonien ce qui nous permet de donner les concerts dans des conditions de son en tous points remarquables.

Concert à 19h, dîner et nuit dans la tribu constituent le cahier des charges de cette opération initiée par l’AFMI. Dans la seconde tribu à Ponérihouen, nous avons eu le plaisir, malgré la pluie durant le concert, de bénéficier d’une assistance nombreuse et enthousiaste. Expérience intéressante que la nuit en tribu ! Celles-ci disposent soit d’une case, soit d’une salle commune à côté de laquelle se trouvent parfois des sanitaires et qui peut aisément se transformer en dortoir. Nous nous plions de bon cœur à cette règle.

Jean-Marc, membre de la tribu Grondu, nous fait l’amitié de se promener avec nous alentour nous donnant le nom des plantes, des arbres, des fleurs ; une belle leçon de choses !

La côte est de la Nouvelle Calédonie offre un visage plus tropical que la côte ouest. Elle est plus riante, plus sauvage, plus dense en végétation tropicale et la mer est beaucoup plus présente. De belles plages ici et là….. La route entre Kouaoua et Ponérihoue serpente dans le massif montagneux saigné sur des milliers d’hectares pour y prélever la terre riche en nickel, chrome et autres métaux ; il en résulte des ocres vifs qui contrastent avec le vert de la végétation et le bleu du lagon . Saisissant ! L’exploitation du nickel est une source de richesse considérable pour la Province Nord de Nouvelle Calédonie

Le festival des moins grands dont c’est la deuxième édition se tient sur le commune d’Houaïlou dans un grand pré en bord de mer ; une piste d’atterrissage construite par les américains durant la seconde guerre mondiale délimite l’espace d’un côté et donne à l’endroit un aspect singulier ! Une case kanak, un faré, un grand et un petit chapiteaux, divers barnums constituent autant de lieux de spectacle et d’ateliers.

Outre le concert d’ouverture, nous avons enregistré notre musique lors d’un autre concert jeudi, joué pour les enfants vendredi et donné le concert de clôture samedi soir avant de rentrer à Nouméa dimanche matin devant jouer dimanche à 19h à La Barca bar de Nouméa qui n’avait pas encore eu la chance de recevoir Akpé Motion !

Belle initiative que ce festival des moins grands : plusieurs centaines d’enfants et d’adolescents accompagnés des parents venus pour l’essentiel de la Province nord qui découvrent des musiques et diverses activités qu’ils ne connaissent pas toujours. Le conservatoire de Nouméa est venu en nombre avec sa fanfare, ses percussions et la présentation du Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns. Mais aussi les antennes du conservatoire en Province nord et dans les îles Loyauté qui présentent à tour de rôle le travail de l’année car la fin de l’année scolaire est proche.

Alain Guarese règne sur son équipe avec une certaine bonhomie non dépourvue de fermeté ; Le chapito, entreprise culturelle calédonienne disposant d’un vrai chapiteau, est un partenaire de poids. L’équipe du chapito, conviviale à souhait, assure une gestion parfaite de ses tentes et sait aussi transformer le camion qui a apporté la chapiteau en salon, salle à manger, lieu de sieste, et de travail pour nous qui sommes drogués au wifi car, comble de chance, le camion est équipé d’un routeur !

Bref, nous avons trois jours durant, partagé le quotidien des équipes d’organisation ; la météo aurait pu être meilleure ; beaucoup de vent devenant froid le soir bien au delà de ce que nous pouvions imaginer mais le premier bilan dressé par les organisateurs est bon.

Notre troisième semaine calédonienne s’est achevée à La Barca dimanche soir ; Public nombreux et parmi tous les amateurs de bière qui fréquentent ce haut lieu de la baie des citrons de Nouméa, un certain nombre écoutaient et on apprécié notre musique.

Cette semaine fut riche, surprenante, désarmante parfois ! La quatrième se profile…départ lundi matin 6h pour Lifou l’une des îles Loyauté où nous allons passer 3 jours et demi pour jouer à nouveau dans les tribus kanaks.
Alain Brunet


Pierre Aimar
Mardi 4 Novembre 2014
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