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Yerres, Propriété Caillebotte : « Martin Guillaume Biennais », l’orfèvre de Napoléon Ier, exposition du 29 mai au 3 octobre 2021

Le destin de Martin Guillaume Biennais est l’un des plus étonnants de la période napoléonienne : modeste artisan venu de sa province natale pour tenter sa chance à Paris et qui malgré les troubles de la Révolution deviendra l’un des fournisseurs privilégiés de l’empereur et sa famille et de la cour impériale


Martin Guillaume Biennais (1764-1843) Chambre à coucher, ensemble mobilier de la maison Caillebotte à Yerres, Ville de Yerres © Sébastien Erras
Martin Guillaume Biennais (1764-1843) Chambre à coucher, ensemble mobilier de la maison Caillebotte à Yerres, Ville de Yerres © Sébastien Erras
Simple tabletier à l’origine, fabricant de petits objets en bois précieux et notamment des boîtes de jeux, il sait très tôt diversifier son activité en proposant également des boîtes en acajou contenant des nécessaires. À cette occasion, il rencontre le général Bonaparte en lui vendant à crédit un nécessaire avant son départ pour la campagne d’Italie. Sa boutique rue Saint-Honoré Au Singe Violet offre alors à la nouvelle clientèle fortunée du Directoire de nombreux objets à la mode, tant de tabletterie, que d’ébénisterie. Il se présente alors comme « Marchand tabletier – ébéniste et éventailliste ». Bien loin de sa formation initiale, il organise son activité en sous-traitant les objets qui lui sont demandés, avec des artisans réputés comme les ébénistes Moreau ou Georges Jacob ou des architectes du pouvoir comme Percier et Fontaine. Dès le Consulat, Biennais oriente sa production vers l’orfèvrerie et devient le fournisseur du Premier consul aux Tuileries et à Saint-Cloud. Il restera pendant tout l’Empire le fournisseur de l’Empereur, de la famille impériale et des cours européennes. Sa renommée en fait l’un des entrepreneurs les plus importants du début du XIXe siècle. Installé rue Saint-Honoré, il fait travailler plus de quatre-vingts ouvriers en 1808. Son ascension sociale peu commune, l’excellence de sa production lui assurent une fortune certaine, qu’il place intelligemment dans de nombreux biens immobiliers, tant à Paris qu’à la campagne.
À sa mort, sa veuve rachète le domaine de Yerres. Elle s’y installe pendant une quinzaine d’années et réaménage la chambre parentale avec un mobilier extraordinaire encore en place aujourd’hui. La Maison des Caillebotte, qui sont de surcroît des cousins des Biennais, a donc toute légitimité pour évoquer la vie et l’oeuvre de cet artiste remarquable.

Comment Martin Guillaume Biennais put susciter et conserver l’intérêt d’un des plus glorieux noms de l’Histoire de France ? Selon Henri Bouilhet, auteur de L’Orfèvrerie française aux XVIIIe et XIXe siècles, il obtint la confiance et l’amitié de Bonaparte de la manière suivante : « Le général en chef Bonaparte ne pouvant payer comptant le nécessaire de voyage qu’il avait commandé à Biennais, celui-ci fit crédit et ce fut la source de sa fortune ». Un article paru dans l’ Illustration en 1843 rapporte des paroles que Napoléon aurait prononcées à ce sujet : « Biennais m’a fait crédit dans un temps où les banqueroutes politiques étaient fréquentes ; le Consulat pouvait être obligé de déposer son bilan comme tout un autre ».
Adrienne Pinçon de Valpinçon, sa fille, précise le 30 juin 1883, dans une lettre adressée au Figaro : « […] il livrait à Bonaparte lui-même, alors simple général, pour cent mille francs d’argenterie. Mon père les risquait, mais plein de confiance et d’enthousiasme, il n’hésite pas un seul instant. L’Empereur, dans la suite, fut si reconnaissant envers mon père, qu’il le nomma son unique orfèvre […] et qu’il ne cessa jamais de témoigner à lui et aux siens une estime particulière […]».

Martin Guillaume Biennais (1764-1843). Nécessaire de voyage de la duchesse d’Otrante. 1815 Acajou, ébène, argent doré, or, bronze, cuivre, ivoire, cristal, maroquin, miroir © Fondation Napoléon / P. Maurin-Berthier
Martin Guillaume Biennais (1764-1843). Nécessaire de voyage de la duchesse d’Otrante. 1815 Acajou, ébène, argent doré, or, bronze, cuivre, ivoire, cristal, maroquin, miroir © Fondation Napoléon / P. Maurin-Berthier

À l’occasion du bicentenaire de la mort de l’Empereur, l’exposition évoquera les différents aspects de l’activité de Martin Guillaume Biennais. Outre le mobilier de la chambre à coucher appartenant à la Propriété Caillebotte, une trentaine d’oeuvres viendront illustrer la carrière exceptionnelle de cet artiste. La présentation de nombreux documents et chefs-d’oeuvre de tabletterie (boîtes de jeux, nécessaires, malles de voyage…), d’orfèvrerie (bol à punch de l’impératrice, clef de chambellan) et d’ébénisterie (secrétaire de voyage, secrétaire à abattant) illustreront les diverses productions vendues dans sa boutique Au Singe Violet.
La production « Biennais », beaucoup plus diversifiée qu’on ne le pense, est devenue synonyme de style Empire dans le domaine des arts décoratifs, autant si ce n’est plus que les autres artisans d’art qui oeuvraient à ses côtés et contribuèrent à faire de cette époque, a priori martiale, l’une des plus brillantes de la société française.
Le masque mortuaire de Napoléon Ier dit « masque Borella » dont tout indique qu’il a été réalisé à Sainte-Hélène, sera exposé pour la première fois à l’occasion de l’exposition.

Commissaires de l’exposition :
Nicolas Sainte-Fare-Garnot, Conservateur honoraire du Musée Jacquemard-André
Isabelle Tamisier-Vetois, Conservateur en chef du Patrimoine au Musée national des chateaux de Malmaison et Bois-Préau

Catalogue :
Martin Guillaume Biennais, l’ Empereur des orfèvres
Textes des commissaires et de Christophe Levadoux, Historien de l’art, Docteur en Histoire de l’Art moderne (Bordeaux 3) ; enseignant ; chercheur associé Criham-Unilim ; auteur d’un mémoire de Master 1 en Histoire de l’Art moderne consacré à Martin-Guillaume Biennais (1764-1843), orfèvre et tabletier de Napoléon Ier (Université Paris Sorbonne)
Coordination éditoriale Valérie Dupont-Aignan, Directrice de la Propriété Caillebotte.

Attribué à Martin Guillaume Biennais (1764-1843). Tabouret en forme de sabres croisés, 1803-1815. Acajou, bronze doré, cuir © RMN-Grand Palais / Y. Martin
Attribué à Martin Guillaume Biennais (1764-1843). Tabouret en forme de sabres croisés, 1803-1815. Acajou, bronze doré, cuir © RMN-Grand Palais / Y. Martin

Info+

Propriété Caillebotte
8 rue de Concy
91330 Yerres
01 80 37 20 61


Pierre Aimar
Dimanche 18 Avril 2021
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