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Yakov Kreizberg transfigure la 5e Symphonie de Gustav Malher, OPMC Classics

L’ « animation » et le « recueillement » voilà ce qui pourrait bien caractériser le regard de Yakov Kreizberg sur la célèbre Cinquième Symphonie de Mahler. En insistant sur le côté inquiétant, équivoque de l’oeuvre, teutone en diable avec ses martèlements titanesques, il tire de la phalange monégasque des sonorités acides, pointues, tout à fait en situation. Comment ne pas être happé, fasciné, tétanisé par une telle virtuosité sonore ?


Un éblouissement musical qui n'exclut pas la plus profonde réflexion

Yakov Kreizberg transfigure la 5e Symphonie de Gustav Malher, OPMC Classics
Mahler nous propose ici une musique tour à tour extatique et exubérante, mais, parfois aussi, calme et apaisante en évoquant à la fois des mondes romantiques imaginaires et des éruptions cataclysmiques.
Cette partition colossale de plus de 70 minutes est sans doute l’une des œuvres les plus ambitieuses de l’histoire de la musique et atteint une dimension monumentale, une densité, une dynamique inouïe. Avec en prime cette impression étrange et pénétrante que les instruments se mettent à parler à travers le déroulement musical.

Les deux premiers mouvements, dans un beau sens du détail et des proportions, sont menés prestement avec cette touche réjouissante d’ardeur et de tension. L’Orchestre Philarmonique de Monte-Carlo, motivé, sûr, puissant, en pleine forme, trouve d’emblée sa cohérence, le chef pouvant dès lors imprimer « sa » vision à cette éclatante fresque sonore, obtenir une lecture plein de vie, en constante gésine, forte et dramatique, marquée par quelques excitantes accélérations que l’orchestre assure impeccablement.
Entamé sur les chapeaux de roue, le Scherzo est lui aussi fascinant. Le pupitre de cors y fait une magnifique impression, mené par Patrick Peignier sobre et efficace. Le chef en traduit savoureusement le caractère parodique et l’humour grinçant. La fin du mouvement est entachée par quelques flottements sans gravité aucune chez les cuivres, et par des violons un tantinet cassants. Minimes réserves.
Pas de Panzer Marshmallow dégoulinant de mièvrerie dans le célèbre Adagietto, où passent, indélébiles les images du film de Visconti. Dans cette luxuriance sans remords, tout est fin, précis, précieux, délicat, la légèreté des phrasés libérant tout le potentiel émotionnel requis, le chef ne sollicitant jamais outrageusement le texte comme pour mieux en souligner la stratégie économique ou la paradoxale rigueur.
Orchestre et chef, en véritable alchimiste, se déchaînent à qui mieux mieux ensuite pour livrer un final aux couleurs apocalyptiques, foisonnant, admirablement respiré et sans aucune baisse de tension, qui s’envole dans un maelström de mosaïques réellement dionysiaques. La musique dans toute son intensité et son humanité. Inestimable opus d’un chef qui a indéniablement marqué par sa présence et son talent son court passage dans le monde musical de la Principauté.
Christian Colombeau

1CD OPMC 006


Christian Colombeau
Mercredi 23 Mai 2012
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