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Warner Classics rend hommage à Riccardo Muti

Un pavé de 91 disques désormais indispensable


Un parcours discographique et musical exemplaire

Warner Classics rend hommage à Riccardo Muti
Plus qu'un pavé ! Une somme musicale, un bilan, un héritage que se doit de posséder (le prix est fort attractif) tout mélomane et admirateur inconditionnel du Maestro italien. Nous en sommes, pour l'avoir rencontré au Festival de Montreux en 199... De plus l'artiste est d'une sympathie et d'une simplicité rares.

Mais, volons à l'essentiel et trions le bon grain de l'ivraie. On sera réticent par exemple avec les Ouvertures de Rossini (celle de Guillaume Tell par ailleurs fort bien mise en place manque d'un rien de panache et laisse sur notre faim, celle du Barbier dirigée recto tono sans humour), par contre le Stabat Mater est tout empreint de théâtralité. Les solistes (Gambill, Malfitano ne semblent pas dans leur meilleur jour) et handicapent une vision par ailleurs fort bien élaborée, l'Amen jaillissant sous la baguette de Muti comme un formidable chant de jubilation.

Curieux sont les Français pourtant bien représentés. A se demander si Muti a une affection pour ce répertoire. Clinquante sera l'Espagna de Chabrier, plus démonstration orchestrale que véritable peinture ibérique. Avec le Poème de l'Amour et de la Mer d'Ernest Chausson on frise la franche rigolade avec l'agréable bouillie en espéranto distillée par Waltraud Meier. On trouvera mieux ailleurs.
De fort bel élan la Symphonie de César Franck mais des Ravel à la va comme je te pousse (Boléro et Daphnis et Chloé soporifiques à souhait). La Mer de Debussy, par manque de préparation, donne la nausée. Berlioz et sa Fantastique s'en sortent mieux, la Marche au supplice donne réellement le frisson.

Curieusement, c'est dans Chérubini que Muti donne le meilleur de lui-même. En osmose totale avec celui qui fut un temps le Directeur du Conservatoire de Paris et Compositeur lèche-bottes des Royalistes sur le retour, le chef napolitain imprime à ces Messes, Marches et Requiem une ferveur unique, une émotion contenue mais authentique, des épanchements fort bien venus. Les Ambrosians Singers ou les Choeurs du London Philarmonic jouant le jeu à fond, la carte de l'authenticité et vous donneraient presque envie d'un coup d'état en faveur d'une Monarchie Constitutionnelle !

En vrai chef de la « MittelEuropa » c'est bien sûr dans le répertoire allemand et russe que Riccardo Muti va en surprendre plus d'un.
Sa Première de Gustav Mahler ? On découvre l'émerveillement du compositeur devant la nature, la truculence des voix d'enfants, l'option dans la Marche, sans doute le morceau le plus étonnant de la partition, la tendresse et la nostalgie, parfois aux dépens de la caricature.
Les Carmina Burana de Carl Orff, compositeur à nul autre pareil ? Voici des tempos plutôt lents, privilégiant la poétique, l'exubérance des Choeurs Ambrosian un peu gommée certes, mais toujours cette sensualité teintée d'érotisme et de grivoiserie paillarde fort réjouissantes.
Les Schubert, Schumann, Beethoven ou Mendelssohn surprennent par leur rigueur toute teutonne, leur belle tension, leur esthétisme pur et translucide, comme sans surprise.
La Neuvième de Beethoven peut rivaliser avec les plus grandes, Studer, Ziegler, Seiffert, Morris emportant le dernier mouvement (Choeurs de Westminster) vers l'espérance humaine au plus haut point.
Impossible de résister aux attraits de la Shéhérazade de Rimsky-Korsakov où on ne s'ennuie pas une seconde. Sa vitalité impétueuse galvanise orchestre (Philadelphie) et auditeur, la part du rêve est sauvegardée, la beauté plastique et la séduction envoûtantes à souhait, avec toujours cette note sauvage, inquiétante, cette dimension dionysiaque vraiment enthousiasmante.
Mozart se taille bien sûr la part du lion. Avec le concours du Berliner Philarmoniker, Muti aborde le Requiem comme une vaste prière interstellaire avec un dramatisme aussi sobre que grandiose, les solistes Meier, Pace, Lopardo Morris d'une splendeur architecturale qui laisse bouche bée.
Les symphonies 24, 25, 29 et 41 d'une légèreté de touche toute viennoise laissent la place au deux concertos pour violon 2 et 4 qui voient la première collaboration avec Anne-Sofie Mutter d'une volubilité presque luciférienne.
Stravinsky et son trio Oiseau de feu, Sacre du Printemps, Petrouchka sont d'une tension insoutenable, d'une poigne inflexible. Ne cherchant pas l'incantatoire ou l'impressionnisme d'essence chorégraphique, sa perfection de lecture est volontairement sans mystère, reprend ainsi le dogme stravinskien selon lequel cette musique ne s'interprète pas, elle se joue !
La presque intégrale de Tchaikovsky se veut plus russe que nature. Une mention pour la Sixième Symphonie pour le travail orchestral, le soin du détail, la précision sonore. En plus ce supplément d'âme slave curieusement distillé à dose homéopathique, mais toujours de belle facture ailleurs. Emphase patriotique de règle dans l'Ouverture 1812. Andrei Gavrilov éclaire le rabâché Concerto pour piano n°1 dans un esprit très proche du concerto de chambre. Inouï ! Par contre très scolaire Romé et Juliette et Francesca da Ramini académique à souhait certes mais toujours poignante.

On a émis quelques réserves sur les ouvertures d'opéras de Verdi, Muti fera mieux dans les intégrales. Le Requiem n'échappe pas à la règle. Sa première version (Scotto, Baltsa, Lucchetti, Nesterenko) ne restera pas dans les annales.
Sa deuxième (1992) enregistrée avec les forces de La Scala de Milan la bat de cent coudées. Pavarotti y règne en Maître absolu, Studer, Zajik et Ramey n'ont jamais aussi bien chanté. Choeurs superlatifs, vision de Muti intergalactique... Beau à en mourir !
Gidon Kremer ne fait qu'une bouchée des concertos pour violon de Schumann et Sibélius. Jeu grandissimie, intense sensibilité, musicalité exigeante.

Plus américaine que nature, la 9e de Dvorak est d'une densité toute brahmsienne, dune respiration typiquement dvorakienne, large, dramatique.
Les Préludes de Lizt enivrants à souhait laissent eux aussi pantois, tout comme la Faust Symphonie avec le concours d'un Gosta Winbergh très concentré sur le timbre.

Plaisir de retrouver les concerts du Nouvel An 1997 et 2000. On sait que Muti a toujours eu un penchant très marqué pour ce répertoire «léger» et force est de reconnaître qu'il y a toujours parfaitement réussi. Ses interprétations pleines de vie, au merveilleux phrasé et à la qualité orchestrale exemplaire prennent place au premier rang.
Plaçons très haut les symphonies de Scriabine. Dans la Première surtout, Muti dirige avec clarté et finesse un Orchestre de Philadelphie en grande forme et parvient, par sa conception extrêmement éthérée à rendre crédible l'Andante final réputé un peu trop sucré et pompeux.

La regrettée Lucia Valentini-Terrani et sa copine Teresa Berganza font un peu trop opéra pour les Gloria et Magnificat d'un Vivaldi qui n'en demandait pas tant. Les Quatre Saisons sont amènes et sympathiques, sans plus.
Il est évident que les Corelli, Torelli, Respighi (les Pins de Rome font plus Cinecittà que nature !) sont servis avec une jubilation évidente, une probité proverbiale, notre Chef dirigeant bien sûr dans son arbre généalogique. Pas besoin de Passe-Sanitaire pour avoir ici un dépaysement complet et un bonheur réel.


Christian Colombeau
Mercredi 4 Août 2021
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