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Sous les Etoiles, Musiques et Paroles au Musée Vouland en Avignon (Août 2018)

Superbe concert de clôture entre romantisme triste et bucolique


Régis Pasquier Deux Ex Machina d'un concert audacieux et un brin décadent

© F. Lepeltier
© F. Lepeltier
Du 28 au 31 août, le Musée Vouland en Avignon a réussi son pari en organisant, en quatre soirées, de Mozart à Giono, en passant par la découverte d'instruments rares, un petit événement avignonnais qui mérite attention, respect et dévotion.
Dans le cadre luxueux de ce Musée, à découvrir au plus vite pour les néophytes ou nouveaux arrivés dans la région, s'est donc tenu, fin août un concert de premier intérêt qui a réuni sous le regard protecteur et amical de Régis Pasquier, la soprano Sabine Conzen et un trio de choc composé de Luc Tooten au violoncelle (un habitué des studios hollywoodiens), Pierre Henri Xuereb à l'alto et Stéphane Demay au piano.

Programme audacieux, original, un brin décadent pour cette soirée de clôture
Pour commencer, le Quatuor de jeunesse d'un Gustav Mahler en pleine croissance. Composé en 1876, inachevé, présenté en première audition en 1964 (avec la bénédiction d'Alma) et donc totalement anachronique dans le film Shutter Island de Scorsese (pour l'anecdote)... voici une poignée de musique la plus désespérante qui soit, pleine de notes alanguies et crasses, sirupeuses, nauséabondes mais où se devine çà et là le futur Adagio de la Cinquième, pire, la Sixième Symphonie à venir.
Un brin de soleil ensuite. Enfin, presque... Reynaldo Hahn, en composant A Chloris, devait penser à autre chose... Sa musique, la plus déliquescente qui soit, genre fin de siècle précieuse et poudrée, semblera toujours un tantinet décalée au poème suranné de Théophile de Viau. Qu'importe. Sabine Conzen y apporte tant de fraîcheur, de simplicité, que seule la musique pourrait passer à la postérité.
Dans les deux lieder Wiegenlied et Morgen de Richard Strauss, la soprano chante et vibre dans une sorte d'extase claire, légère, enlevée, attachante. Un rien affecté sera le Franz Liszt (O quand je dors)...

La version du « Pâtre sur le Rocher » avec non pas clarinette mais alto (piano poétique heureusement présent) laisse dubitatif. Le lied comprend plusieurs sections et met la soprano et ses partenaires à rude épreuve. La première section est chaleureuse lorsque le berger solitaire, juché sur la cime de la montagne, écoute les échos montant d'en-dessous. La deuxième section devient tout à fait sombre comme le berger exprime son chagrin général et sa solitude. La troisième et dernière section fait jaillir une lueur d'espoir quand le berger prévoit la venue du printemps.

Schubert dans un style plus lourd qu'à l'origine, l'alto à la place de la volubile clarinette ? Si la pureté et la plénitude du son sont à couper le souffle, la complicité souveraine entre les trois artistes, l'entreprise originale, sympathique... on reviendra toutefois à la partition d'origine. Le final ressemblant plus à une transhumance sur le Rocher des Doms qu'à la bucolique renaissance printanière voulue par le compositeur.

Bonheur complet avec le Klavierquartett en Mi bémol Majeur, op. 47 pour les intimes, de Robert Schumann où l'Andante cantabile restera pour toujours le mouvement le plus original. Neurasthénique la musique de Schumann ? Ici la balance entre le piano et les cordes est idéale et Stéphane de May fait littéralement corps avec ses partenaires plutôt qu'il ne s'y oppose. Le Scherzo et le Finale où Régis Pasquier mène ses troupes comme un chef entraînent le public attentif et fidèle dans un tourbillon de couleurs chaudes et passionnées.
Même les salves proches et tonitruantes d'un feu d'artifice voisin et soit disant annulé n'arriveront pas à faire fuir un auditoire conquis, solidaire des artistes.
Christian Colombeau


Christian Colombeau
Mardi 4 Septembre 2018
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