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Pièces de Benjamin Millepied et WilliamForsythe par le ballet de l'Opéra de Lyon, au 20e Festival de Marseille les 17et18 Juin 2015. Par Philippe Oualid

Le vingtième et dernier Festival de Marseille, dirigé par Apolline Quintrand, avec une volonté qui force l'admiration, a débuté avec le Ballet de l'Opéra de Lyon venu présenter trois pièces remarquables de son répertoire, créées entre 1987 et 2009 sur des chorégraphies de Benjamin Millepied et William Forsythe: Sarabande (2011), Steptext (1987), et One Flat Thing, reproduced (2004)


Ballet de l'Opéra de Lyon Steptext - William Forsythe © Jaime Roque De La Cruz
Ballet de l'Opéra de Lyon Steptext - William Forsythe © Jaime Roque De La Cruz
Sarabande construite sur des partitas pour flûte et violon de Jean-Sébastien Bach, par Benjamin Millepied, rend hommage à cette danse de cour à trois temps, noble et grave, introduite en France au XVIIème siècle, dansée auparavant en Espagne à la fin du XVIème siècle comme une pantomime licencieuse, et probablement inspirée par une danse d'Amérique centrale importée par les conquistadors. Elle sollicite ici, après une brillante performance en solo, quatre danseurs (Julian Nicosia, Alexis Bourbeau, Adrien Delépine et Mathieu Rouvière) dans un jeu relationnel continuel sur un enchaînement de pas et de portés, entrecoupés de sauts et de tours virtuoses. Mêlant le raffinement des figures les plus prestigieuses de la danse classique à une décontraction héritée du style de West Side Story (les danseurs se taquinent comme des gamins), cette chorégraphie ressemble en définitive à une parodie d'exercices de danse académique par des sportifs puissants et musclés cherchant à flatter à la dérobée le génie américain de la post-modern dance...

Dans Septext de William Forsythe, trois hommes en collants noirs (Julian Nicosia, Raul Serrano-Nunez et Roylan Ramos) et une femme en collant rouge (Dorothée Delabie) évoluent entre noir et lumière, musique et silence, apparitions et disparitions, en contrepoint de la chaconne en ré mineur de Bach. Les corps s'étirent, se distordent à la limite du déséquilibre, les danseurs se font des signes dignes du langage des sourds-muets mais réalisent aussi de troublants pas de deux, en proclamant la fulgurance du désir dans de vertigineuses spirales.

One Flat Thing, reproduced, de William Forsythe, débute par l'entrée fracassante de tous les danseurs propulsant depuis le fond du plateau vingt grandes tables métalliques. La danse se développe au-dessous, au-dessus, ou entre ces tables, permettant ainsi de voir intégralement ou partiellement les corps, bras agités ou jambes en ciseaux, dans un bruitage explosif de feux d'artifice. Ces corps jeunes qui sautent, pirouettent ou plongent, en défiant avec une vélocité incroyable toutes les lois de l'équilibre dans l'espace, parmi d'autres qui se considèrent calmement du regard ou se précipitent vers l'avant-scène au pas de course, créent un déchaînement d'images insolites, très impressionnantes esthétiquement, qui parviennent à bousculer tous les codes en vigueur dans la danse contemporaine.
Devant ce spectacle exigeant, raffiné, magistralement interprété par le corps de ballet de l'Opéra de Lyon que dirige actuellement Yorgos Loukos, le public marseillais qui souhaitait se faire une idée précise de l'exploration des limites du mouvement dans l'espace depuis environ trente ans, a pu apprécier à sa juste valeur l'importance du chemin parcouru dans cette optique par les deux chorégraphes les plus incontournables de notre temps.
Philippe Oualid


Pierre Aimar
Mardi 23 Juin 2015
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