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« Petits crimes siciliens », de Patrick Barbuscia. Quand le Trinacrien s’en mêle la Sicile devient terre de polar

Patrick Barbuscia est Le Trinacrien, de Trinacria, nom donné par les Grecs à la Sicile, pour lui, un retour aux sources, un pseudonyme, un mot employé par Homère, tombé en désuétude, mais qui lui va si bien.


« Petits crimes siciliens », de Patrick Barbuscia. Quand le Trinacrien s’en mêle la Sicile devient terre de polar
« Petits crimes siciliens » est le dernier polar de Patrick Barbuscia, un écrivain original et talentueux. Son credo, la Sicile, à laquelle il est attaché par toutes les fibres de son corps. Un polar savoureux qui réjouit l’esprit… et les papilles.
D'origine sicilienne, Patrick Barbuscia a passé toute son enfance dans les quartiers populaires de Marseille. Sa famille baigne depuis toujours dans la vie artistique. Son frère aîné est comédien et directeur du théâtre du Balcon à Avignon.
Ses deux sœurs sont comédiennes et metteuses en scène. Enfin, son plus jeune frère est professeur de musique et compositeur.
Président de la compagnie « Mot pour Mot », Patrick a été primé par le Sénat en 2003 pour son action culturelle dans les quartiers sensibles.
Nous l’avons rencontré.

L’empathie, le propre de l’écrivain Patrick Barbuscia

Dans ce dernier roman, on découvre une Sicile aux parfums sauvages, au dialecte éblouissant tant il reflète toutes les cultures qui ont façonné cette terre. Une Sicile savoureuse à l’humour teinté d’ironie, d’un soupçon de dérision, parce que tout Sicilien a déjà plus de mille ans. La Sicile des proverbes et des sages, celle des Pupi, théâtre de marionnettes reconnu chef d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité. La Sicile des Cantastorie, les chanteurs de rue, racontant, en les enjolivant, les histoires légendaires de leur paese, comme celles de tous les jours. La Sicile des figues de Barbarie et des ruelles d’où s’échappent des odeurs de Caponata, d’artichauts grillés, de pâtes aux sardines parsemées de pain râpé… Celle, encore, de ces vieilles vêtues de noir. Celle des poètes et des philosophes, celle des monuments immuables, celle de la lave qui coule sur les flancs du Mongibello, l’Etna. C’est celle-ci, la Sicile de Patrick Barbuscia, celle qui coule dans ses veines. Et pour mieux la chanter, il la parcourt chaque année, avide de rencontres, de paysages, de soleil, de poésie.

« Petits crimes siciliens », l’amour de sa terre
« Petits crimes siciliens » ce sont huit nouvelles truculentes reliées par deux personnages, un détective et son frère.
Patrick Barbuscia joue avec les mots, il s’amuse et nous divertit. Tout au long de la lecture, c’est un lutin espiègle qui égaye le lecteur, un tour de passe-passe, un jeu de cache-cache, tout en en constellant son roman de mille images, mille fragrances. A la manière d’un semeur jetant à la volée ses grains de blé pour ensemencer son champ, Patrick Barbuscia sème tout au long du texte et cette semence grandit de nouvelle en nouvelle. A la fin du livre, le lecteur est en terrain connu. Il se sent bien dans cette terre qu’il a découverte peu à peu, qui l’a conquis, avec ses personnages, et avec cet auteur qui, désormais, l’accompagne.

Un rythme, comme une vague
La particularité du style de ce roman réside dans le rythme que l’auteur applique à son texte. Chaque nouvelle suit une même construction: -deux personnages récurrents, blondeur et yeux bleus d’une personne, un élément de surprise avec des comparaisons superbes, un dénouement, une explication à la Colombo et une fin qui se termine sur un proverbe sicilien. Cette construction installe le lecteur dans une habitude, une confiance, une connaissance du style qui procède aussi de l’envie de connaitre la suite.
Avec ‘Petits crimes siciliens’, un mélange d’humour et de tragédie, Patrick Barbuscia réussit à ‘polariser’ le lecteur – le mot est juste ici aussi- par une suite de polars croustillants qui instillent en nous, par touches délicates, toute l’originalité, la beauté, la vivacité de cette île magnifique de la Méditerranée et de ses gens.

Interview

Danielle Dufour Verna – « Petits crimes siciliens » est votre dernier livre. Un autre en préparation ?
Patrick Barbuscia – oui, un livre qui s’appelle « Amortel », un polar avec un héros du nom de Rocco Siciliano, un personnage récurrent détective, qui mène des enquêtes depuis mon premier roman et qui paraitra bientôt. J’ai écrit deux hors-séries, les deux autres sont des séries éditées aux éditions Pietra Liuzzo puis par les éditions Terriciae.
DDV – Comment est né Petits crimes siciliens ?
Patrick Barbuscia –C’est parti d’un voyage que j’ai fait en 2018. Mes grands-parents étaient de Porto Empedocle. Je suis parti quinze jours en Sicile. Je parle le Sicilien et je me suis baladé en train. J’ai traversé les villages, j’ai rencontré des gens. J’ai pu vraiment, seul, m’imprégner de cette culture. C’est un voyage initiatique. En même temps, ce livre est un clin d’œil à Camilleri.
DDV - Un clin d’œil parce que les personnages ressemblent à son « Montalbano »?
Patrick Barbuscia – Parce qu’il a lui-même écrit « Petits crimes italiens » avec d’autres auteurs, ainsi qu’un hors-série avec huit nouvelles, j’ai écrit huit nouvelles et il est originaire de Porto Empedocle.
DDV – Avec le rythme, comme un tempo, donné aux nouvelles, on a l’impression de connaitre le style de l’auteur dès la deuxième nouvelle. On s’habitue, on est en confiance, on retrouve le plaisir.
Patrick Barbuscia – Exactement. J’ai voulu faire en sorte de structurer. Toutes les nouvelles finissent par des proverbes. En Sicile, même les jeunes sont coutumiers de ces proverbes. Le but était d’abord de faire comprendre la Sicile, faire comprendre également l’alternance entre le comique et le tragique. Il y a des éléments importants en Sicile qui sont la mère, la famille, la religion.
DDV – Oui, humour, tragédie. Chez le Sicilien il y a cette mélancolie mêlé d’humour. « Une mélancolie distanciée »
Patrick Barbuscia – Vous comprenez bien l’esprit sicilien. Il y a cette mélancolie chez beaucoup d’auteurs siciliens, une mélancolie distanciée.
DDV – Parler de ses racines, est-ce un exutoire, un pansement sur l’absence, un besoin fondamental, un hommage à ceux qui ne sont plus ?
Patrick Barbuscia – Je crois que c’est un pansement quand-même. C’est vrai que j’ai perdu mes parents. Même si on n’a pas perdu ses parents, il y a quelque chose de perdu. Quand on revendique beaucoup quelque chose, c’est qu’on l’a perdu finalement. Même si j’essaie de faire vivre cette culture sicilienne. C’est aussi un hommage à la Sicile, à des parents, à mes grands-parents, à la fraternité aussi. C’est un hommage à la fraternité. La famille, c’est vraiment quelque chose à laquelle je tiens.
DDV –Je crois que vous vous occupez d’un Festival à Bédarieux ? (Bédarieux – Les Trinacriales, Festival du 23 au 26 juin 2022)
Patrick Barbuscia – Oui, nous faisons un festival « Les Trinacriales » à Bédarieux, quatre jours, du 23 au 26 juin inclus, avec de magnifiques films italiens, une randonnée lyrique, un défilé, du théâtre avec une pièce de Camilleri
DDV –Quelle est votre conception du bonheur ?
« Le bonheur, c’est entre les deux. »
Patrick Barbuscia – Finalement, il y a deux mots en sicilien qui sont très importants, le premier c’est « Futtitinni », (littéralement, tu t’en fous) laisse faire les choses autour de toi. La deuxième « Amuninni » qui veut dire « allons-y ». Les deux sont contradictoires. Le bonheur, je pense, c’est entre les deux. Ma conception du bonheur, ce sont les amis, les copains, la famille et la lecture qui est, pour moi, depuis très longtemps, une véritable amie.
Danielle Dufour Verna


Pierre Aimar
Mardi 1 Mars 2022
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