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Paris, galerie Pact : Margaux Valengin. « A World of Part-Object Phantasies ». 19 février - 4 avril 2026 de 18h à 21h

Les dernières peintures de Margaux Valengin abordent la corporéité à la fois comme artifice et comme animalité, mettant en scène des fables profondément ambiguës de violence corporelle, de protection et de vulnérabilité, souvent entre des êtres associés par paires.


Les corps qui peuplent ces œuvres convoquent des atmosphères plus sombres, plus intérieures, plus explicitement psychiques que dans ses peintures récentes, et s’adressent fréquemment au regardeur avec une frontalité investie d’une autorité quasi iconique. Qu’ils soient humains, chevaux, chiens ou chats, ces figures tendues, articulées, fragmentaires projettent silencieusement défi, protection, sensualité sinueuse, menace nocturne ou mélancolie.

Un motif récurrent dans ces nouvelles œuvres est celui de l’animal gardien associé à un corps féminin vêtu, comme dans Grimes (2025), Un, deux, trois, quatre, l’orgueil, l’audace, l’usure (2025) et Caramel Oil (2025). Les corps féminins y apparaissent fragmentés ou tronqués par le cadre de l’image. Ils sont à la fois sexuels et sexualisés, avec une puissance marquée. En lien avec cette fragmentation, le caractère fétichiste de leurs vêtements accentue leur dimension d’objets, faisant de ces figures énigmatiques de véritables « objets partiels ». Ce terme, forgé par la psychanalyste Melanie Klein dans les années 1920 (période qui coïncide, de manière significative, avec l’émergence du surréalisme), désigne la vie fantasmatique du nourrisson, où l’angoisse est gérée par le morcellement du corps du soignant en « objets » partiels, bons ou mauvais. Ces objets partiels, s’ils demeurent tels, deviennent alors le support d’une fétichisation, c’est-à-dire d’un attachement érotique.

Dans les scénarios de Valengin — rendus avec sa virtuosité picturale caractéristique, dont la perfection lisse évoque elle-même une qualité fétichiste — le fétiche prend des formes variées. Il peut s’agir d’un costume de dominatrice, comme dans Un, deux, trois, quatre, l’orgueil, l’audace, l’usure (2025) ; ailleurs, d’une combinaison qui épouse le corps comme du miel ou du cellophane, révélant la chair ; ou encore d’un costume composé de segments évoquant ceux d’un insecte, comme dans Grimes (2025) et Chevalière bleue (2026), suggérant une armure. Dans la plupart des cas, ces « secondes peaux » moulantes font écho à la tension de la chair animale tout en signalant contrainte et stylisation. Une exception notable apparaît dans Optimal velu poilu (2025), où le corps féminin semble se dissoudre dans un cadrage serré de tissu froncé, tandis que le long museau du chien, souligné par un front abaissé, se place en protection devant la figure.

Si chats, chiens et chevaux semblent souvent jouer le rôle de sentinelles, il arrive parfois que ce soit la figure humaine qui les protège, comme dans Caramel Oil (2025) ou Chevalière bleue (2026). Pourtant, bien que ces animaux soient généralement domestiques, ils paraissent ici à peine l’être : les chats frôlent la panthère, les chiens évoquent davantage des loups, et les chevaux ne sont pas de paisibles poulains mais des bêtes indomptées lancées au galop. Même lorsque ces animaux ne sont montrés que partiellement, ils ne suggèrent que rarement l’idée d’« objets partiels » (une exception possible étant Un, deux, trois, quatre, l’orgueil, l’audace, l’usure (2025), où le corps du cheval se disperse en fragments sur le plan pictural).

Dans l’ensemble de ces nouvelles peintures, la juxtaposition des éléments de composition est si nette et explicite — renforcée par des contrastes d’éclairage entre les différentes parties — qu’elle invite immédiatement le regardeur à s’interroger sur la nature des corrélations mises en scène. La relation n’est pas érotique : l’éros traverse ces œuvres, mais il réside moins dans une interaction entre les éléments que dans la tension musculaire et l’articulation propre à chacun d’eux. Bien que les peintures de Valengin suggèrent l’héritage du surréalisme, leurs juxtapositions ne relèvent pas du surréalisme au sens du « hasard objectif » de Lautréamont — cette « rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie ». Elles évoquent plutôt des tensions psychiques autour du pouvoir et du dépouillement que seul l’acte de peindre peut formuler, tout en en préservant l’intensité.
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Thomas Evans, 2026

Margaux Valengin Wet Gold Passion, 2025 Oil on linen 51 x 41 cm - 20 x 16 in
Margaux Valengin Wet Gold Passion, 2025 Oil on linen 51 x 41 cm - 20 x 16 in

Margaux Valengin Caramel Oil, 2025 Oil on linen 96 x 56 cm - 38 x 22 in
Margaux Valengin Caramel Oil, 2025 Oil on linen 96 x 56 cm - 38 x 22 in

Margaux Valengin Chevalière bleue, 2026 Oil on linen 152 x 102 cm - 60 x 40 in
Margaux Valengin Chevalière bleue, 2026 Oil on linen 152 x 102 cm - 60 x 40 in

Info+

Galerie Pact
70 rue des Gravilliers
75003 Paris

+ 33 (0)9 73 56 68 31
galeriepact.com
info@galeriepact.com

Arts et métiers (Lines 3 & 11)
Réaumur Sébastopol (Line 4)

Mercredi - Samedi
14H - 19H

Pierre Aimar
Mis en ligne le Mercredi 18 Février 2026 à 16:23 | Lu 43 fois

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