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Membre du Syndicat de la Presse Culturelle et Scientifique (SPCS) et de la Fédération Nationale de la Presse Spécialisée (FNPS)


Marseille, Théâtre Toursky, Kamel ou l’anatomie de l’humour

Une chaise, une simple chaise pour tout accessoire, pas de décor, ce qui compte c’est ce qui est dit, parlé, confié, ridiculisé avec une verve rare.


Kamel @ Candice Nguyen
Kamel @ Candice Nguyen
Et même si la scène du Toursky est vaste et profonde, Kamel l’occupe de sa présence forte et attachante.
Qu’il s’asseye ou se relève, qu’il déambule d’un bout à l’autre du plateau, on a le sentiment qu’il est partout dans ses sketches où le désopilant le dispute à une impertinence railleuse.
Tout y passe, le ferment de la vie s’imbroglionne ; on assiste à une revue de détail où le public, parfois pris à témoin et souvent à contre-pied au moment où il s’y attend le moins, s’enflamme dans un tonnerre d’hilarité.
Kamel s’adresse au hasard à des personnes dans la salle et les scénarise comme si elles devenaient acteurs fugaces de son spectacle.
Et de fait, c’est un tremplin où son humour rebondit, vivifié, renforcé, où le déploiement de sa faconde s’élève dans une drôlerie jubilatoire. Et c’est époustouflant, patapharesque, trépidant, mouvementé. Les bons mots s’enfilent. Le voilà qui les détourne, les reprend, puis s’en ressaisit pour les transformer, les adossant à l’inattendu d’une trouvaille irrésistible.
L’accessibilité et la simplicité sont ses marques de créativité ; elles font mouche à tous coups.

Sans qu’il soit besoin de détailler les scénettes qu’il déroule avec vigueur, il s’empare des clichés et des généralités bancroches où chacun reconnaîtra les différents aspects des humeurs de la société. Mais il a, par-dessus tout, ce don particulier d’électriser Marseille, de lui restituer ce bagout excentrique qui sait si bien ouvrir les vannes du rire ; il est déraisonnable dans l’excès, gouailleur dans la forme et le ton de proximité.
Ça charibote dur au pays du p’ti jaune, du foot et de la pétanque.
Et même si la férocité des mots l’entraîne parfois dans des envolées qui font plaisir à entendre, la mission qu’il porte est de parodier la bêtise, d’épingler les bouffons, de narguer les icônes de la société marchande, en déployant un verbe acide et précis pour tracer des portraits et caricaturer l’invraisemblance de la chose publique.
Il allie le pittoresque au facétieux, l’inénarrable au cocasse, témoin la parodie d’un permis d’on ne sait quoi qui le transborde aux commandes d’un avion. Moment complètement loufoque où le public est embarqué dans des rebondissements de situation d’une furieuse rigolade.
Il est toujours au rendez-vous de l’exactitude comique, toujours présent dans l’esprit de dérision et la satire. Il faut déformer, forcer le trait pour être juste et entendu par tous.
Si son ironie n’est jamais méchante dans l’outrance comme dans l’astuce d’une espièglerie joueuse, c’est qu’il sait donner de sa personne pour tenter de comprendre les choses, de se demander comment elles s’articulent et de quoi elles procèdent, afin d’en mieux relever les failles et les mettre au service d’une seule cible : le rire, cette grande passoire à couillonnades.
Il a bien sûr, tout au long de son spectacle, le rejet de l’esprit ratatinesque des consensus qu’il vilipende et brocarde ; il fustige les arrogances, les pouvoirs de ceux qui en ont trop, et donne de l’espoir à ceux qui n’ont pas assez, voire rien !
Toutes ces qualités font de lui un humoriste chaleureux, vif, fraternel, proche des gens.
Jean-Pierre Cramoisan

Pour retrouver la programmation du Théâtre Toursky : www.toursky.fr


Jean-Pierre Cramoisan
Vendredi 4 Janvier 2019
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