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Marseille-Provence 2013. Mireille Loup [ 53.77 anaglyph / Mem ]. Espace Photographique Fontaine obscure. Parcours d'art contemporain à Aix-en-Provence, du 8 au 31 janvier 2013

Sur l’invitation de la Fontaine Obscure, Mireille Loup confronte dans ce nouvel espace des extraits des deux séries Mem (2009) et 53.77 anaglyph (2012). Ces ensembles photographiques ont peut-être déjà été vus séparément au Festival off des Rencontres d’Arles 2009 (Galerie Voies off) et en 2010 (Galerie Circa) ainsi que dans le In des Rencontres d’Arles 2012 (Parc des Ateliers, La Grande Halle).


Marseille-Provence 2013. Mireille Loup [ 53.77 anaglyph / Mem ]. Espace Photographique Fontaine obscure. Parcours d'art contemporain à Aix-en-Provence, du 8 au 31 janvier 2013
Mem est un terme polysémique. En informatique, il signifie mémoire morte (ROM), en opposition à la mémoire vive de l'ordinateur. Mem (Maternal-Embryonic) est également le nom d'une expérience médicale sur la génétique et la fécondation. En hébreu, Mem ou la lettre M symbolise l'intérieur, les eaux, la matière, la mère.

On l'aura compris, Mireille Loup nous parle ici de la femme-mère, de la relation à la procréation. Ode, souffrance, naissance, exaltation.

Odalisque allongée sur les terres d'un diptyque, cette femme voilée, drapée dans des postures classiques devient une Mater Dolorosa contemporaine. On pensera, en voyant ces images iconographiques, à La Tempête de Giorgione, ou encore à Et in Arcadia Ego de Poussin. Mais Mireille Loup refait et défait l'Histoire. Elle rebondit sur les références et les fracture. Parmi ces mises en scènes, des natures mortes blanches, à peine lisibles tant elles sont claires, rompent l'ensemble photographique. L'une d'elles s'intitule Carré des anges, une autre Ce que l'eau m'a arraché et fait référence au tableau de Frida Khalo, Lo que el agua me ha dado.

Sur le fil de soie tendu entre réalité et monde de l’invisible, en regard du lyrisme de Mem, Mireille Loup nous offre son travail sur les ancêtres 53.77 anaglyph. En effet, la majeure partie des prises de vues ont été réalisées à quelques kilomètres de là où habitait Nicéphore Niepce, inventeur de la photographie et l’artiste utilise un procédé 3D inventé par Ducos du Hauron en 1850.

Aux aspects surnaturels déjà présents dans ses précédentes séries, Mireille Loup accède avec 53.77 à une réalité virtuelle. Une jeune fille et un enfant se croisent parfois dans un même espace, sans pour autant entrer en interaction, dans une évolution fantomatique. La notion de vide est accentuée par la composition de l’image et l’atemporalité de ces lieux dénudés. Pas de meubles, pas de signes.

Au fur à mesure des photographies, quelques indices sont donnés au spectateur : vêtements mouillés, mouvements arrêtés, apesanteur lui suggèrent un lien avec le surnaturel. Libre à lui alors de s’interroger sur le titre 53.77, 1953, 1977, sur ce jeu de croisements de temporalités.

L’absence est montrée également dans l’esthétique même de l’image. Les personnages sont gris et flous. Ils ne prennent leur place, ils ne s’incarnent que sous l’action du spectateur qui portera les lunettes en relief et qui sera suivi par certains éléments de l’image lors de ses déplacements dans le lieu d’exposition.

Mireille Loup invite le spectateur à pénétrer dans cet univers ou à s’en extraire par l’interactivité du procédé anaglyphe, procédé qu’elle a amélioré grâce aux nouvelles technologies et par le biais du photomontage de six prises de vues aux perspectives différentes. Mais n’insistez pas, elle ne révélera son secret qu’une fois parvenue dans l’au-delà.

Fontaine Obscure
24 av. Henri Poncet
13090 Aix-en-Provence


Pierre Aimar
Mercredi 9 Janvier 2013
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