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Labeaume et autres lieux en Ardèche (07), 8 janvier 2012 puis 7 concerts de février à mai, Quartiers d’hiver. Par Dominique Dubreuil

On connaît le festival estival de Labeaume en musiques, qui prolonge d’automne en hiver et printemps une activité de concerts en plusieurs bourgs du Bas Vivarais. La pianiste Zhu Xiao Mei pour Mozart et Schubert, le groupe baroque Il Delirio Fantastico, le trio japonais Hijiri-Kaï, des chants sacrés gitans, y entourent une écriture de Philippe Forget pour le Macbeth de Shakespeare.


Les touristes partis….
Qu’ils sont beaux, les festivals d’été dans le souvenir de l’hiver et donc le désir d’été suivant ! Oui, oui, ainsi que le chantait au nord de Labeaume un Ardéchois d’adoption : « les touristes, touristes partis Le village petit à petit Retrouve face à lui-même Sa vérité, ses problèmes… », car Jean Ferrat – c’est lui bien sûr – savait écouter son Antraigues : « Les vieux se chauffent en silence Sur cette place sans un bruit Un soleil pâle de faïence Sur leurs épaules s’assoupit. ». Mais si « la montagne est belle » selon la célébrissime chanson , il y a « l’automne qui vient d’arriver », puis donc l’hiver. Et les touristes, ils laissent cela aux « locaux »…
Bref, l’utilité publique et même l’adjectif identique pour un service culturel sont incontestables en Vivarais méridional, « montagne », plateaux et garrigues descendant vers le Rhône… Cette saison encore, le Festival d’été aura pris ses « Quartiers d’hiver » pour 9 manifestations, inaugurées par un voyage de Noël vers l’ô combien oriental et glacial pétersbourgeois, où le groupe des Nouvelles Voix de la Ville aux Canaux avait fait résonner dans l’église de Rosières un « Conte de Noël Russe »

La Rivière et son secret, Mozart et Schubert

C’est à Labeaume même – le village « originel » du Festival – qu’on écoutera en grande ferveur la pianiste chinoise Zhu Xiao Mei, qui ne se contente pas d’être une des interprètes marquantes du clavier aujourd’hui. Car le parcours de cette musicienne continue, maintenant qu’elle est pleinement intégrée à la vie musicale française et internationale, à impressionner. Dans son pays natal, très précoce virtuose, elle dut subir en camp de rééducation les folies réductrices de la révolution dite culturelle, mais put échapper en rusant à l’anéantissement qui était exigée d’elle, et finit par fuir aux Etats Unis où elle put mener son « dur désir de durer » dans l’épanouissement d’une volonté sereine. Plus tard, venue vivre en France, elle a raconté cette odyssée dans un livre de mémoire et d’interrogation, La Rivière et son secret. Il est évidemment difficile de ne pas écouter Zhu Xiao Mei sans penser à son destin de Wanderer, même si une discrétion très ennemie du tapage l’écarte de tout égocentrisme donneur de leçons morales et artistiques. Car la pianiste cherche aussi une sagesse : la philosophie chinoise en est un jalon essentiel, et les auteurs même qu’elle joue lui apportent cette nourriture intellectuelle et spirituelle dont sa jeunesse faillit être privée à jamais. Elle avoue que son dieu musical sur terre demeure Johann Sebastian Bach, mais les fils prodigues comptent immensément pour elle : elle jouera donc Mozart (son très récent c.d. –MIRARE- lui est consacré, on peut espérer qu’elle a inscrit à son récital ardéchois le profond et mystérieux Adagio K.540 qui y figure), Schubert (sera-ce l’ultime 23e Sonate, diamant romantique et aboutissement de la pensée la plus exigeante ?), Schumann….Un « propos d’avant-concert » permettra d’entendre des extraits de la Rivière, aussi secrète que celle qui coule ici entre les falaises….

Délire fantastique à Venise

Une autre présence d’Extrême Orient vient ensuite, avec un Trio japonais, Hijiri-Kaï : « trois instrumentistes qui remontent aux sources de la pratique itinérante sous la sulfureuse ère Edo (XVIIe) : flûte shakuhachi, cithare koto , luth shamisen et voix » dépayseront Saint-Alban-Auriolles en début février.

Fusion des cultures marqueront la fin avril à Saint-Remèze et Saint-Paul-le-Jeune : « des olives, la mer, les orangers, entre Provence et Andalousie, Tchoune Tchanetas et ses 5 compagnons musiciens partagent les histoires contées, les prières, le travail minier, les quartiers gitans de Provence ; les chants sacrés évoquent la famille, les racines et la terre sur laquelle on vit. »

Et après ces dépaysements absolus, retour au baroque italien pour Saint-Maurice-d’Ibie et Valgorge au joli mois de mai, quand la 2nde des 4 Saisons Vivaldiennes aura installé son règne. Mais avec un rien de fantaisie onirique, si on en croit le patronyme du jeune groupe lyonnais des 9 instrumentistes pour « les Concerti da camera d’une Venise enflammée, débordante de fêtes, sous la houlette du génial compositeur ». « Il delirio fantastico », un ensemble issu de la Belle-Maison d’enseignement-le-long-du-quai-de-Saône (CNSMD de Lyon), conduit en effet une activité permanente dans le cadre régional : une saison 2011-2012 marquée par une série « Folie Vivaldi » (9 concerts à Lyon et dans l’agglomération, dont l’un invite la violoniste Hélène Schmitt.

Et aussi une ambitieuse célébration spirituelle de J.S.Bach (également un peu de sa famille, et encore G.P.Telemann ou J.F.Fasch) : 17 cantates,( complétée par 4 des 6 Motets que chantera le groupe Emelthée, sous la direction de Marie-Laure Teissèdre), qui résonneront au Temple Lanterne, devenu en Presqu’île lyonnaise l’un des excellents lieux pour la musique ancienne.
Les sorcières en sous-sol du gaz de schiste

C’est une autre compagnie lyonnaise, habituée des interventions sous forme originale, l’Opéra-Théâtre (André Fornier), qui propose fin mars à Villeneuve-de-Berg une transposition du Macbeth shakesparien. La compagnie-partenaire du Festival a confié au compositeur Philippe Forget – il est aussi chef d’orchestre, notamment comme assistant à l’Opéra de Lyon – la tâche délicate d’une écriture-adaptation musicale pour le chef-d’œuvre théâtral. Sept chanteurs (P.Cantor, B.Dazin, P.Bundgen, S.Vadimova, A.Crabbe, C.Babel, C.Renerte), deux comédiens (L.Chambon, B.Fontaine), trois instrumentistes de l’O.N.L. (G.Laroche,F.Sauzeau, L.H.Maton) seront sous dirigés par le compositeur, et cela se déroulera dans la meilleure des traditions d’un théâtre itinérant, sous chapiteau, s’accompagnant d’une « semaine de rencontres artistiques, associatives, scolaires, clôturée par un concert Art-Scène de musiques actuelles ». On ne doute pas qu’en pareil haut-lieu de lutte contre les folies apprenti(e)s-sorcières du gaz de schiste, les Compagnies Exploitantes n’auront qu’à réfréner leurs envies de récidive !

Saison de Labeaume en musiques (07)

8 janvier 2012, Labeaume, 17h : Zhu Xiao Mei (Mozart, Schubert, Schumann) (et 16h : lecture avant-concert).
5 février, 17h, St Alban-Auriolles, Trio Hijiri-Kaï.
24 mars (20h30, 25 mars (17h), Villeneuve-de-Berg : Macbeth (Shakespeare-Ph.Forget).
28 avril (20h30), Saint-Remèze, 29 avril,(17h), St Paul le Jeune : Tchoune Tchanelas.
19 mai (20h30) Valgorge, 20 mai (17h), St Maurice d’Ibie : Il Delirio Fantastico.

Information et réservation : T. 04 75 39 79 86. labeaumeenmusiques@wanadoo.fr


Pierre Aimar
Samedi 18 Février 2012
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