Sortir ici et ailleurs, magazine des arts et des spectacles

Membre du Syndicat de la Presse Culturelle et Scientifique (SPCS) et de la Fédération Nationale de la Presse Spécialisée (FNPS)



La mort en face selon Goya, de Sophie Doudet. ateliers henry dougier. En librairie le 7 avril 2022


La mort en face selon Goya, de Sophie Doudet. ateliers henry dougier. En librairie le 7 avril 2022
Tres de mayo
Pourquoi le Trois mai de Goya ?
Parce qu’il fait partie de ses œuvres dont on pense tout savoir et qui nous subjuguent quand on les découvre enfin « pour de vrai ».
Du Trois mai je connaissais ce qu’en disent de savantes monographies et surtout le magnifique texte de Malraux intitulé Saturne, le destin l’art et Goya qui qualifie l’œuvre « de poème de la guerre ». Puis il y a eu ce jour de la rencontre au musée du Prado : la chemise blanche du crucifié de l’histoire qui claque dans la nuit madrilène, le sang écarlate répandu sur la terre jaune et cette lampe blafarde posée sur le sol – « la mort » dira Picasso.
Des hommes meurent et de leur massacre surgit la nation espagnole, disent à raison les livres. Et pourtant le Trois mai n’est pas qu’un fascinant tableau historique, ne serait-ce que parce qu’il a été peint bien après les événements qu’il relate et qu’il regarde vers la barbarie à venir. Dépassant le cadre de la guerre de libération espagnole, il est devenu un symbole universel : ses soldats sont à peine français et les insurgés sont de tous les pays et de tous les temps. Le Trois mai hurle sa révolte contre l’horreur de toutes les guerres.

Écrire l’histoire de ce tableau a été pour moi l’occasion d’autres surprises : la personnalité de son créateur s’est tout d’abord révélée d’une incroyable complexité. Qui est Goya ? Un artiste âpre au gain ou un romantique hanté par le néant ? Un portraitiste de génie, flatteur ou critique, un peintre engagé ou graveur fantasque ? Un espagnol patriote ou universaliste séduit par les Français ? L’homme est aussi divers que son œuvre. Quelle histoire étrange en effet que celle d’un tableau qui est aujourd’hui si connu alors qu’il fut ignoré à son époque. Pourquoi ce tableau qui célèbre le courage du peuple espagnol face au conquérant français au moment où le pays se libère enfin de son occupant, est-il méprisé par le roi Ferdinand VII qui le fait aussitôt déposer dans les réserves du Prado ? Quels soubresauts historiques vont faire de Goya mort en 1828 exilé en France, un glorieux peintre national et faire redécouvrir le « tableau oublié » pendant près de 40 ans ?

Un matin de juin 1869, la dépouille de Goya est exhumée du cimetière des Chartreux de Bordeaux afin que ses cendres puissent regagner l’Espagne. J’ai imaginé qu’au milieu des os et d’un crâne qui sera subtilisé, on trouve un carnet : le journal intime de Goya offrira peut-être au lecteur des réponses à ces questions et éclaircira le mystère du Trois Mai.


Sophie Doudet est maître de conférences en littérature française et enseigne la culture générale et l’histoire des arts à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence. Elle est l’auteur de biographies consacrées à Churchill, Malraux, Camus et Mme de Staël, ainsi que de romans historiques destinés à la jeunesse.


La mort en face selon Goya
Sophie Doudet
Éditeur : ateliers henry dougier
Collection : Le roman d’un chef-d’oeuvre
Prix papier : 12,90€ / epub : 4, 99€
Format 13,5 x 19,5 cm
136 pages
ISBN : 979-10-312-0070-5


Pierre Aimar
Mardi 1 Mars 2022
Lu 298 fois


Nouveau commentaire :


Dans la même rubrique :
1 2 3 4 5 » ... 28

Expositions | Opéra | Musique classique | théâtre | Danse | Humour | Jazz | Livres | Cinéma | Vu pour vous, critiques | Musiques du monde, chanson | Tourisme & restaurants | Evénements | Téléchargements