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L’incroyable voyage de l’obélisque depuis le temple de Louxor jusqu’à la place de la Concorde à Paris, exposition au Musée national de la Marine, Paris, du 12 février au 6 juillet

Les deux obélisques édifiés sous le règne de Ramsès II à l’entrée du temple de Louxor au XIIIe siècle av. J.-C., furent offerts à la France par le vice-roi d’Égypte en 1830. Transporter le premier d’entre eux fut l’occasion d’une aventure humaine riche en rebondissements qui dura près de sept ans pour l’abattre sans le briser, descendre le Nil, traverser en remorque la Méditerranée et l’océan Atlantique, remonter la Seine et ériger ce monolithe de 23 mètres de haut et de 230 tonnes au centre de Paris.


Façade du temple de Louxor, vers 1800, aquarelle. François-Charles Cécile (1766-1840). © RMN-Grand Palais (musée du Louvre)/Les frères Chuzeville
Façade du temple de Louxor, vers 1800, aquarelle. François-Charles Cécile (1766-1840). © RMN-Grand Palais (musée du Louvre)/Les frères Chuzeville
Ces opérations, que beaucoup pensaient impossibles à l’époque, furent conduites par l’ingénieur de la Marine Apollinaire Lebas et réalisées essentiellement à bras d’hommes et sans machines motorisées.

Toutes ces péripéties reprennent vie au travers d’oeuvres variées, souvent inédites et jamais réunies - tableaux, plans originaux, dessins, maquettes, dioramas des diffé¬rentes opérations, objets archéologiques et documents - illustrant les moments forts de cette incroyable épopée qui trouva son aboutissement en 1836 au coeur d’une des plus belles places de Paris.
Une aventure exceptionnelle à ne pas manquer !

Le Projet

En 1829, le vice-roi d’Egypte, Méhémet-Ali, qui emploie de nombreux officiers et ingénieurs français à la modernisation de son pays, propose le don des deux obélisques d’Alexandrie à la France.
Jean-François Champollion, présent sur place, suggère de faire transporter à Paris les obélisques de l’entrée du temple de Louxor, mieux conservés que ceux d’Alexandrie mais situés à 700 kms en amont de l’embouchure du Nil.

Dans les mois qui suivent, la Marine impose sa maîtrise d’œuvre dans l’organisation de ce transfert, écarte divers projets hasardeux de transport par radeau et fait voter un budget initial par le Parlement. Un navire de transport étonnant, le Luxor, est alors spécialement construit à Toulon.
Alors que le don à la France des deux obélisques de Louxor est confirmé, à Paris, la Révolution de Juillet aboutit à l’abdication de Charles X, à la mise en place d’un nouveau régime avec à sa tête Louis-Philippe, Roi des Français.

Parallèlement, les opérations liées au voyage de l’obélisque à Louxor sont confiées à l’ingénieur du Génie maritime Apollinaire Lebas, le lieutenant de vaisseau Raymond de Verninac Saint-Maur, et son second, Léon de Joannis, assurant le commandement du Luxor. Le bateau quitte Toulon en avril 1831 avec, à son bord, 121 passagers et plusieurs tonnes de matériel divers.

Les préparatifs, l’abattage et le chargement de l’obélisque

Le 14 août 1831, l’expédition arrive à Louxor. Le bateau est échoué et démâté à 400m de l’entrée du temple avant d’être recouvert de nattes arrosées deux fois par jour pour sa préservation.
Une fois sur place, l’ingénieur Lebas doit revoir les plans de son système d’abattage car l’obélisque est fragilisé par une fissure d’environ 8 m de haut à partir de sa base, elle-même enfouie sous 3,80 m de sable.

Enrobé dans un coffrage de protection, le monolithe va être abattu en deux mouvements le 31 octobre, au moyen de deux appareils actionnés par 200 hommes. Pendant cette opération complexe, lorsque le centre de gravité de l’obélisque bascule, des ancres de retenues chassent dans le sol, des supports cèdent et le point de rupture de l’ensemble menace. L’obélisque achève son mouvement, s’enfonce dans le sable dans une mauvaise direction mais repose intact à terre.

Pour permettre le halage de l’obélisque jusqu’au Luxor, sur la chaussée creusée au préalable, on construit un glissoir en bois constitué de 4 sections amovibles de 7m de long.

Plusieurs semaines sont nécessaires pour repositionner l’obélisque et le 16 novembre débutent les manœuvres de halage destinées à lui faire parcourir les 400m le séparant du Luxor dont l’avant a été découpé. Le 19 décembre 1831, l’embarquement de l’obélisque est effectué en deux heures par 48 hommes actionnant quatre cabestans. L’obélisque est ensuite solide-ment arrimé dans le navire que l’on referme le jour de Noël.

Le voyage du retour de Louxor à Paris

Avec l’été, la crue du Nil survient et le Luxor appareille le 25 août 1832. Il arrive à Alexandrie le 2 janvier 1833 après avoir attendu plusieurs semaines qu’un coup de mer (imprévu) fasse augmenter le niveau d’eau au dessus de la barre de sable de Rosette.

Le 1er avril, le Luxor se met en route pour Toulon remorqué par le Sphinx - premier navire de haute mer à vapeur de la Marine française - où il arrive le 10 mai après deux escales à Rhodes et Corfou.
A l’issue de sa quarantaine à Toulon, l’expédition reprend sa route, via Gibraltar et La Corogne, et atteint Cherbourg le 12 août. Elle y reçoit, le 2 septembre, la visite du roi Louis-Philippe. Enfin, le 12 septembre, toujours remorqué, le navire part pour le Havre où le petit vapeur civil La Héva, qui remplace le Sphinx, conduit le Luxor, en deux jours, jusqu’à Rouen.

Démâté, rasé et allégé, le Luxor part de Rouen le 13 décembre 1833 halé par des chevaux qui doivent changer de rive selon la configuration du cours du fleuve. Enfin, le 23 décembre 1833, soit deux ans et neuf mois depuis son départ de Toulon, le Luxor est amarré au pont de la Concorde à Paris.

Avant l’arrivée de l’obélisque à Paris, se pose la question de son emplacement dans la capitale. Si Louis-Philippe penche pour la Place de la Concorde de nombreuses voix s’élèvent pour proposer d’autres sites. En juillet 1833, deux simulacres de l’obélisque sont même érigés à la Concorde et aux Invalides. Au final, pour des questions de logistique, l’obélisque devant être déchargé sur la rampe du pont de la Concorde, la querelle s’éteint d’elle même.

Trop abîmé pour accompagner l’obélisque à Paris, le piédestal d’origine est remplacé par un socle moderne, de 9 m de haut, en granit provenant des carrières de l’Aber-Ildut dans le Finistère.

L’obélisque, place de la Concorde


Sur la place de la Concorde, un viaduc incliné long de 120m a été édifié pour faire glisser l’obélisque jusqu’à son piédestal.

L’érection du monument a lieu le 25 octobre 1836. Pendant que des musiciens jouent « Les mystères d’Isis » de Mozart, une foule de 200 000 Parisiens envahit la place. À 11 h 30, l’appareil de levage, un portique pivotant par un ensemble de câbles, est actionné par 350 artilleurs disposés sur 10 cabestans. Le redressement de l’obélisque commence pendant que l’ingénieur Lebas, qui dirige toute l’opération avec un porte-voix, se place juste dessous préférant ne pas sur vivre en cas d’échec.
À midi, le succès semblant assuré, le roi Louis-Philippe apparait sur le balcon de l’hôtel de la Marine. La levée du monolithe se poursuit, les bois craquent, les boulons se tordent, les câbles se tendent à l’extrême.
À 14 h 30, l’obélisque repose entièrement sur son piédestal et le drapeau national, hissé par quatre matelots, flotte au sommet. En se découvrant devant lui, le roi donne le signal des applaudissements à la foule.

Il faudra attendre 1839 pour que les inscriptions commémora¬tives accompagnées des plans des opérations d’abattage et de réédification soient gravées à l’or fin sur le piédestal et 1937 pour que l’obélisque soit classé Monument Historique.

Les hommes

C’est principalement sur les épaules de quatre officiers de la marine que va reposer la conduite et la réussite de l’expédition.

Apollinaire Lebas (1797-1875)
Polytechnicien, ingénieur du Génie maritime, Lebas est chargé des opérations d’abattage et de chargement de l’obélisque. Au retour en France, il est reconduit dans ses fonctions pour assurer le déchargement, les déplacements et la réédification de l’obélisque et des travaux du piédestal. Il est nommé au poste de conservateur du musée de la Marine qu’il occupe pendant 16 ans avant de rejoindre le conseil d’Amirauté.

Raymond de Verninac Saint-Maur (1794-1873)
Lieutenant de vaisseau expérimenté, de Verninac est nommé commandant du Luxor. Il facilite la tâche de Lebas à terre mais est seul responsable de la navigation. Son parcours, un moment consacré au développement des paquebots à vapeur, le hisse brièvement au fauteuil de ministre de la Marine en 1848. Contre-amiral, il termine sa carrière comme gouverneur des établissements français en Inde.

Léon de Joannis (1803-1868)
Polytechnicien, entré dans la Marine en 1823 le lieutenant de vaisseau Joannis est nommé en 1831 com¬mandant en second du Luxor. Sa maîtrise du dessin va faire de lui l’illustrateur de la mission au travers d’aquarelles de paysages, de personnages et d’événements marquants. En 1835, il publie « Campagne pittoresque du Luxor », un récit de l’expédition complété de 18 estampes. Il quitte la Marine en 1845 et prend la direction de l’École des Arts et Métiers d’Angers.

Justin Pascal Angelin (1795-1859)
Chirurgien major de la Marine, Angelin contribue à protéger l’équipage des ravages du choléra et d’une épidémie de dysenterie. Il constitue avec Joannis une collecte de spécimens destinée au muséum d’histoire naturelle.

Informations pratiques

Musée national de la Marine
Palais de Chaillot
17, place du Trocadéro Paris 16ème
www.musee-marine.fr

Horaires d’ouverture
Lundi, mercredi, jeudi, vendredi : 10 h-18 h, dernière entrée à 17 h 15
Samedi et dimanche : 10 h-18 h 30, dernière entrée à 18 h
Fermé le mardi, le 1er janvier et le 1er mai
Droits d’entrée
Plein tarif : 10 € / Tarif réduit : 8 €
Tarif 7 – 18 ans : 5 €
Tarif 3 – 6 ans : 2 €
Les droits d’entrée comprennent l’accès aux collections permanentes et à l’exposition temporaire


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Pierre Aimar
Vendredi 6 Décembre 2013
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