arts-spectacles
Sortir ici et a
Sortir ici et ailleurs, magazine des arts et des spectacles

Membre du Syndicat de la Presse Culturelle et Scientifique (SPCS) et de la Fédération Nationale de la Presse Spécialisée (FNPS)


Fin de la grève de la faim au théâtre Toursky à Marseille

« En faisant scintiller notre lumière, nous donnons aux autres la possibilité d’en faire autant » Nelson Mandela
Quand la Culture est en danger, les saltimbanques se lèvent. En défendant la pérennité du Théâtre Toursky, c’est l’accès à la culture pour tous que Richard Martin, toute l’équipe du Toursky et des milliers de compagnons, sauvegardent.
Richard Martin aurait pu faire sienne cette citation de Sénèque : « Quand on doit se battre contre les difficultés incessantes, on s’aguerrit dans l’épreuve, on résiste à n’importe quels maux, et même si l’on trébuche, on lutte encore à genoux. »


Fin de la grève de la faim

Le 26 novembre 2019, au soir du 10e jour de la grève de la faim du directeur du Théâtre Toursky et de ses compagnons, un courrier de la Ville de Marseille a illuminé ce phare de la culture.
C’est un Richard Martin amaigri mais debout, et ses compagnons de la faim, prêts à aller "jusqu’au bout", qui ont, d’une assiette de potage, trinqué à l’avenir. Richard Martin n’a pas manqué de souligner sa satisfaction devant la reconnaissance due à cet établissement unique, miroitant d’intelligence et de diversité culturelle, implanté depuis près de 50 ans dans un quartier où les habitants, très souvent défavorisés, n’hésitent pas à en pousser les portes et à assister à des spectacles qu’ils leur semblaient interdits jusque-là.
Richard Martin et François Béranger © DR
Richard Martin et François Béranger © DR

Communiqué de presse Théâtre Toursky

« Théâtre Toursky – 10e jour de grève de la faim
Arrêt immédiat de la grève de la faim de Richard Martin et de ses compagnons.

A la suite du rendez-vous de vendredi dernier qui s'est tenu entre le Maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin et Richard Martin, en présence de Madame d'Estienne d'Orves, la Ville de Marseille vient de nous confirmer ce mardi 26 novembre par courrier interne que les points de négociations arrêtés avec Monsieur le Maire seront respectés.
Satisfaits par ce courrier de la Ville qui annonce enfin une volonté réelle d’apaisement, Richard Martin et ses compagnons, Maryam, Huguette, Martine, Lorenzo ont décidé d’arrêter leur grève de la faim.
Le Théâtre Toursky International est un théâtre ouvert sur le monde et fraternel. Nous accueillerons donc avec respect et convivialité, comme nous l’avons toujours fait, tous ceux, femmes et hommes politiques, directeurs de services, chargés de mission, médias…, qui désirent nous rencontrer.
Nous remercions aussi avec un immense sentiment de gratitude et de fraternité les dizaines de milliers de personnes et artistes de toutes disciplines et des quatre coins du monde qui nous ont soutenus dans ce difficile et pacifique combat. Vos milliers de messages de soutien, votre présence non-stop, votre solidarité, votre complicité, votre attachement à nos actions et à notre identité nous ont permis une fois de plus de garder le cap pour être avec vous et ensemble un théâtre libre, engagé.
« Sans le Toursky, le cœur de la Ville ne bat plus », scandiez-vous partout.
Sans vous, notre cœur ne battrait plus non plus.
Merci pour votre soutien.
Rendez-vous au Toursky tout au long de cette saison pour accueillir avec nous les artistes qui font battre le cœur de tous les Hommes libres. »

« Si un autre monde est possible, il sera culturel… ou ne sera pas. »

La culture participe d’un projet philosophique indissociable d’un combat politique qui trouve sa source dans l’humanisme des Lumières et de l’invention moderne des droits de l’homme. Cette belle idée qui veut que l’identité ne va pas sans la reconnaissance de l’altérité, chez l’autre comme en soi, que la liberté n’est pas donnée mais conquise contre les préjugés qui nous aveuglent, que le progrès ne vaut que s’il est partagé et qu’il nous rend meilleur. La culture est un lien entre tous, donc un bien public universel.

C’est à la collectivité, à travers une politique publique, qu’il revient de garantir un statut de sécurité à ceux qui s’engagent dans la voie de la création et de favoriser un large accès à la culture, pour tous, et non pas seulement à une élite économique.
La culture se décline sur le mode : nous nous rencontrons, nous échangeons autour de la création, nous mettons en mouvement nos sensibilités, nos imaginations, nos intelligences, nos disponibilités.
Car la culture n’est rien d’autre que le nous extensible à l’infini des humains. Et c’est bien cela qui aujourd’hui se trouve en danger et requiert notre mobilisation. C’est par la culture que l’homme prend conscience de sa condition : « Ne pas railler, ne pas déplorer, ne pas maudire mais comprendre » dit Spinoza. La culture nous délivre de la barbarie car penser la barbarie, c’est déjà commencer à y résister. A l’heure où l’ambition démocratique d’une plus large ouverture à la culture semble remise en question (dictat des médias, des mots, des expressions imposées subrepticement par les défenseurs d’un capitalisme libéral forcené…).
La participation culturelle, parce qu’elle s’oppose à cette conception passive et consumériste de la culture, demeure la meilleure garantie de citoyenneté politique car elle assure l’intégration, la reconnaissance et la solidarité. L’art représente cette part indispensable, aussi bien pour l’individu que pour la société, d’utopie, c’est-à-dire de pari sur un devenir à imaginer, à rêver, à construire aussi. Car, plus qu’à une évasion ou une fuite hors du réel social, l’art nous invite à nous confronter à lui dans le but de nous le réapproprier – ce qui constitue après tout l’un des droits de l’homme les plus fondamentaux. La culture doit être au centre des politiques de développement car elle fait de l’émotion et de la connaissance critique les dimensions essentielles à la liberté des femmes et des hommes. Si un autre monde est possible, il sera culturel - ou ne sera pas. Voilà en exergue ce que revendique, avec une saison d’une richesse exemplaire, le théâtre Toursky.

« Je suis né pour partager l’amour et non la haine » Sophocle
Richard Martin a la paix chevillée au corps. Elle forge sa force, son abnégation, son idéal de partage.

François Béranger est le médecin qui a suivi les grévistes. Rien n’est à ajouter aux quelques mots qu’il écrit :
« Difficile ce soir de n’oublier personne ! Un grand bravo à Richard et ses amis grévistes qui ont permis que le Toursky retrouve la place qu’on voulait lui voler, celle de phare culturel de la cité ! Bravo et merci à tous ses soutiens ! Francoise battante infatigable... Marc, Serge, .... toute l’équipe formidable du Toursky soudée autour de richard ! Bravo au comité de soutien ! Mille merci à tous les soutiens publics ou anonymes ! Maintenant il est temps de se replonger dans cet univers merveilleux et inégalable du Toursky ! Résistons autrement en montrant la justesse et la vérité de notre combat en venant en masse et en entraînant dans notre sillage de nouveaux spectateurs ! Nous montrerons ainsi que notre révolte n’était pas inutile !
Longue vie à toi frangin et longue vie au Toursky »

Danielle Dufour-Verna
www.toursky.fr


Danielle Dufour-Verna
Jeudi 28 Novembre 2019
Lu 580 fois


Nouveau commentaire :


Dans la même rubrique :
1 2 3 4 5 » ... 68