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Exposition « Sigmar Polke » à Palazzo Grassi, Venise, du 17 avril au 6 novembre 2016

Palazzo Grassi présente la première grande rétrospective en Italie consacrée à Sigmar Polke (1941-2010). Conçue par Elena Geuna et Guy Tosatto, directeur du musée de Grenoble, en étroite collaboration avec The Estate of Sigmar Polke, elle couvre toute la carrière de l’artiste, des années 1960 aux années 2000, et illustre les différentes facettes de sa pratique artistique.


Près de quatre-vingt-dix œuvres sont rassemblées, provenant de la collection Pinault ainsi que de nombreuses collections publiques et privées européennes.
Cette rétrospective s’inscrit dans la programmation de Palazzo Grassi qui présente en alternan- ce des expositions thématiques conçues autour de la collection Pinault et des monographies de grands artistes contemporains. Elle marque, en 2016, une double célébration : celle des dix ans de la réouverture de Palazzo Grassi sous l’impulsion de François Pinault et le trentième anniversaire de la participation de Sigmar Polke à la Biennale de Venise en 1986, pour laquelle il reçut le Lion d’Or.
Lier les deux événements paraissait aller de soi. En effet, Sigmar Polke a toujours témoigné son attachement à la cité des Doges, en répondant régulièrement aux invitations de la Biennale. De plus, il occupe une place particulière dans la collection Pinault, grâce notamment à l’ensemble de tableaux, Axial Age, présenté à plusieurs reprises à Punta della Dogana.

Figure artistique majeure de ces cinquante dernières années, Sigmar Polke

a profondément re- nouvelé le langage pictural de la fin du XXe siècle. Son désir incessant d’expérimentations tou- che aussi bien les images, dont il met en question la hiérarchie et interroge le mode d’apparition, que le support, qu’il active au point de le rendre pleinement constitutif de la composition, ou en- core les couleurs, dont il traque les potentialités tant physiques que plastiques. Sa démarche se développe à travers différents médiums, la peinture et le dessin, bien sûr, mais aussi la photo- graphie, la photocopie, le film, l’installation, qui au sein de son œuvre se croisent et s’enrichissent mutuellement. Elle se place dans une perspective de revitalisation du pouvoir subversif de l’art en s’appuyant tant sur la déstabilisation des mécanismes de perception que sur le bouleversement des genres et des catégories.

Lors de la Biennale de 1986, Sigmar Polke avait conçu pour le pavillon allemand une installation extraordinaire qu’il avait intitulée, de manière générique, Athanor.

Deux thèmes, l’alchimie et le politique, se dégageaient principalement de cet ensemble qui mêlait peintures figuratives ou ab- straites et installation à partir de couleurs hydrosensibles appliquées directement sur les murs, de pierres de quartz et de météorite. Ce sont ces deux thèmes qui ont été retenus comme axes directeurs de l’exposition de Palazzo Grassi. Ce faisant, pour respecter l’esprit de l’artiste, fon- cièrement réfractaire à tout systématisme et à toute règle préétablie, le parcours s’affranchit régulièrement de ces axes en faisant des entorses tant aux thèmes qu’à la chronologie.

L’exposition débute par la présentation – pour la première fois dans l’atrium de Palazzo Grassi – d’Axial Age (2005-2007),

groupe monumental de sept tableaux (dont un triptyque) exposé dans le pavillon central de la Biennale en 2007. Ce chef-d’œuvre fascinant, véritable testament artistique de l’artiste, évoque les intrications originelles entre le visible et l’invisible, les écarts entre le penser et le perçu, tout en faisant référence à la théorie de Karl Jaspers sur l’Âge Axial.
L’exposition se développe ensuite sur les deux niveaux du palais selon un parcours chronologi- que à rebours, de la fin des années 2000 au début des années 1960. Il est jalonné d’ensembles exceptionnels tels que Strahlen sehen (2007) suite de cinq tableaux sur la vision et ses écueils,

Hermes Trismegistos (1995) évocation magistrale en quatre parties du fondateur de l’alchimie, Magische Quadrate (1992) sept variations nacrées sur les carrés magiques et les planètes, Laterna Magica (1988-1992) composée de six panneaux peints recto-verso où le tableau se fait vitrail, ou encore Negativwert, 1982, trois peintures au violet intense et toxique. Ces œuvres permettent de saisir toute l’ambition de la démarche de Sigmar Polke à partir du début des années 1980 concer- nant l’alchimie des formes et des couleurs.
Son goût pour l’expérimentation sur la matière picturale se manifeste aussi dans les petits formats avec la série des Farbprobe, condensé de tous les possibles en termes de mélanges de matériaux hétérogènes, comme se déploie son plaisir à jouer avec les images suivant différents modes, en les manipulant avec une photocopieuse (Für den Dritten Stand bleiben nur noch die Krümel, 1997), en les superposant à l’instar des transparences de Picabia (Alice im Wunderland, 1972) ou en les émiettant grâce au grossissement de la trame photographique (Man füttert die Hühner, 2005). Un plaisir à jouer qui, chez l’artiste, est toujours synonyme d’humour et de légèreté.
Ce faisant, en contrepoint à ces œuvres ouvertes sur l’au-delà des apparences où figuration et abstraction se confondent, l’artiste, fidèle à l’approche critique de la société contemporaine qu’il adopte dès ses débuts, continue à réaliser des tableaux à fortes connotations historico-politiques. Au fil du parcours, sont exposés certains parmi les plus représentatifs, tel Polizeischwein (1986) et Amerikanisch-Mexikanische Grenze (1984) qui traitent respectivement des forces de l’ordre et des frontières, présentés tous deux à la Biennale de 1986, mais aussi Hochstand (1984) sur les camps de concentration, et Schiesskebab (1994) à propos des guerres fratricides de l’ex-Yougoslavie… Quelques œuvres réalisées sur le thème de la Révolution française évoquent aussi le rapport de Sigmar Polke à l’Histoire, comme Jeux d’enfants (1988) ou Message de Marie-Antoinette à la Con- ciergerie (1989).

Les années 1970 sont représentées par une belle sélection de travaux qui illustrent à la fois la frénésie iconoclaste de Polke durant cette période, comme Cameleonardo da Willich (1979) et son télescopage de caricature et de bande dessinée, de même que sa volonté d’expérimentation tous azimuts de techniques picturales, tel qu’avec Untitled (1970-1971) et son efflorescence chro- matique ou Indianer mit Adler (1975) avec ses peintures métallisées à la bombe, et son usage de substances psychotropes les plus diverses auxquelles font références les champignons d’Alice im Wunderland (1972)…

Enfin, à l’issue du parcours de l’exposition, les années 1960 éclairent la genèse de cette œuvre hors du commun. On y trouve le témoignage de l’intérêt déjà manifeste de l’artiste pour les phénomènes paranormaux dans Telepathische Sitzung II (William Blake – Sigmar Polke) (1968) son goût pour l’absurde et ses liens avec Fluxus, notamment dans la fameuse Kartoffelhaus (1967/1990) une ca- bane de jardin constellée de pommes de terre. La peinture est en outre l’objet de toute son at- tention avec la mise à nu des ressorts de l’image photographique dans ses tableaux à base de trame photographique, Interieur (1966) ou Vase II (1965) ses clins d’œil à l’esthétique du kitch, Reiherbild I (1968) comme aux tics de la modernité, Bohnen (1965), Schrank (1963). De même, il se saisit d’emblée de la question du support du tableau par l’emploi de tissus imprimés dont les motifs décoratifs viennent dialoguer avec le sujet peint comme dans Das Palmen Bild (1964) ou Lampionblumen (1966)…

En complément de l’exposition seront présentés les Venice Films, 1983-1986, ainsi que plusieurs séries de photographies. Une sélection des films les plus significatifs de l’artiste sera également projetée au Teatrino de Palazzo Grassi à l’automne.


Pratique



Pierre Aimar
Dimanche 17 Avril 2016
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