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Chorégies 2018. Le Barbier de Séville fait les 400 coups aux Chorégies d'Orange

Une première triomphale à tous points de vue


Florian Sempey notre Figaro français pour l'éternité

© Bernateau
© Bernateau
Jamais donné aux Chorégies, le tube lyrique rossinien vient de battre tous les records d'affluence malgré une canicule digne des dunes de l'Atlas. Le trio Sempey-Hotea (remplaçant au pied levé le ténor Spyres défaillant)-Peretyatko balayant lui, tout sur son passage.
Encore une fois, le barbier et factotum espagnol va tout faire pour empêcher Bartolo, odieux barbon, d'épouser la mutine Rosina, sa pupille, qui s'est entichée du Comte Almaviva. L'intrigue est connue. Mais, sous les caméras et la régie d'Adriano Sinivia - le vénitien transpose l'action, on le sait depuis Lausanne et Monte-Carlo, dans les studios de Cinecittà - c'est un véritable musical, un show en perpétuel mouvement aux références évidentes (Helzapoppin, Toto, Don Camillo etc...) qui est offert aux spectateurs.
Elargissant le cadre de scène de l'intrigue, offrant la vie bouillonnante des techniciens et des coulisses du studio romain, avec générique final obligé et sa post-syncro qui a fait délirer les gradins, cette mise en scène, à la sortie, a bien sûr suscité quelques avis vitriolés de quelques atrabilaires cacochymes. Aux rappels le triomphe est éclatant. Vox Populi, Vox Dei !

" Figaro de moment " le baryton Florian Sempey, au risque de se répéter, renvoie aux oubliettes, en trois notes, tous ses confrères hexagonaux qui ont trimballé (avec plus ou moins de bonheur) leur barbier depuis 30 ans.
Son timbre généreux, d'une santé vocale à toute épreuve, occupe sans peine le vaste espace du Théâtre Antique. Le comédien est toujours aussi gentil, roublard et son Figaro (chanté plus de cent fois nous a-t-on confié), jamais vulgaire, trouve ici sa consécration, son couronnement.

Olga Peretyatko (la salle a eu d'emblée pour cette Rosina les yeux d'Almaviva) roule de belle manière son monde dans la pâte à pizza et le plat à spaghettis. Que dire de plus ? Mutine, sensuelle, d'une fourberie érotisée à l'extrême, gracieuse, la Saint-Peterbourgeoise séduit avec ses vocalises habiles et sûres, son aplomb pour mettre dans sa poche ses partenaires... et auditoire.

Légère déception avec Ioan Hotea. Remplaçant à la dernière minute le ténor initialement affiché, le roumain certes rayonne, mais comme à dose homéopathique... C'est léger, très léger, trop léger... pour un tel lieu. En grand professionnel, l'artiste a ingurgité la bouillonnante mise en scène en peu de temps. Le musicien lui, reste impeccable, d'une rare élégance, la ligne de chant est somptueusement teintée, le timbre viril.

Bien connu des lyricomanes, le Bartolo de Bruno De Simone en fait des tonnes pour le plus grand plaisir des petits et des grands. Quel diable d'homme sympathique.

Pour ses débuts orangeois, le géant russe Alexey Tikhomirov a carrément tétanisé le public, en ce soir de première, avec un Basilio fort bien campé, sans outrances, aux graves dignes d'un batelier de la Volga.

Plaisir enfin de retrouver l'excellente Berta d'Annunziata Vestri croquée comme une moderne caricature alla Daumier, et le toujours percutant Fiorello de Gabriele Ribis.

En cette première caniculaire, étouffante, sans un brin de Mistral, Giampaolo Bisanti à la tête de l'Orchestre National de Lyon et des Chœurs des Opéras d'Avignon et Monte-Carlo n'y va pas par quatre chemins, trouve le ton exact pour cette partition éculée mais à la jeunesse revigorante, tire son Rossini vers un Mozart délicat, donc sobre, élégant, doux et profond.
Christian Colombeau


Christian Colombeau
Dimanche 5 Août 2018
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