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Babel Empire. Du Zhenjun à Chambord, Domaine national de Chambord du 23 mars au 27 avril 2014

Véritable passeur entre deux cultures, deux époques et deux mondes, Du Zhenjun, artiste chinois de 53 ans, s’est à la fois formé aux techniques traditionnelles de la peinture chinoise à l’Ecole des Beaux-arts de Shanghaï puis aux arts numériques aux Beaux-arts de Rennes, et vit depuis une décennie entre Paris et Shanghaï.


Du Zhenjun  Distress, 2011 C-Print 180 x 240 cm © Du Zhenjun. Galerie RX, Paris.
Du Zhenjun Distress, 2011 C-Print 180 x 240 cm © Du Zhenjun. Galerie RX, Paris.
Depuis 15 ans et au gré de très nombreuses expositions (notamment à la Conciergerie de Paris, au Lieu Unique de Nantes, au musée-château d’Annecy ou récemment au ZKM de Karlsruhe), Du Zhenjun s’est imposé comme un vidéaste singulier, proposant des installations interactives qui, sous une apparence ludique et volontairement spectaculaire, induisent une dimension satirique qui dénonce la manipulation et la désinformation qui submerge l’homme contemporain. Croisant les approches sociologiques, écologiques et politiques, ces vidéos « embarquent » le spectateur et le contraignent ainsi, par son (inter)action, à se positionner à l’égard des questionnements suscités par l’artiste.

Ce sont des questionnements analogues qu’aborde Du Zhenjun avec la série consacrée à Babel. Quittant son médium d’élection pour la photographie, l’artiste a conçu une série de 15 images selon un processus extrêmement complexe, qui nécessite environ 3 mois pour aboutir à l’oeuvre finale. Du Zhenjun compose en effet ces photographies à partir de centaines d’éléments prélevés sur internet : personnages, architectures anciennes ou modernes, foules, incendies, inondations, etc. Il agence ces données numériques entre elles selon une construction techniquement très délicate. A mi-parcours, le passage par le dessin à l’encre vient « valider » en quelque sorte la pertinence de la composition photographique. C’est ainsi par le truchement de la technique traditionnelle chinoise (dessin à l’encre sur papier de riz) que la photographie réalisée à partir d’éléments numériques tirés d’internet se trouve confirmée dans son intuition esthétique.

Cette série dédiée à Babel reprend ostensiblement les éléments présents dans la scène biblique : omniprésence des tours, prégnance du multiple, de l’éparpillement des personnages et des scènes, pratique de la juxtaposition, de l’accumulation, du brouillage sémantique. Dans la lignée de la dénonciation, dans l’Ancien Testament, de la folie et de l’orgueil des hommes, dans la malédiction attachée aux limites de la communication entre eux, l’artiste chinois donne comme un précipité, par ses photographies, de la société contemporaine organisée selon des flux insensés, dominée par la technologie numérique, et vouée à une mondialisation dont l’emballement semble échapper à ceux-là mêmes qui y participent. Surinformé, enivré par son propre mouvement et saturé par ses productions multiples, le monde de Zhenjun est celui des jungles urbaines dans lesquelles l’inflation des signes rend vaine toute tentative de lisibilité, voire d’intelligibilité. Selon un traitement à la Jérôme Bosch, l’artiste semble dénoncer la fiction d’un monde ouvert, libre et foisonnant, et donner à voir comme une vision contemporaine de l’Apocalypse à travers une esthétique particulièrement soignée.

A Chambord sera présentée la moitié de la série, soit sept photographies, accompagnée d’une dizaine de dessins à l’encre. Dans un lieu dédié à l’architecture et traversé par les flux du tourisme mondial, nul doute qu’une telle exposition fera écho à la double destination du lieu, en interrogeant de manière ironique son statut monumental et l’imagerie qui y est associée, tout en soulignant, par contraste, la nudité et la puissance unie de sa présence sculpturale, ainsi que le silence et la nature préservée qui l’entoure.

Par ailleurs, cette exposition d’un artiste chinois résidant depuis plus d’une décennie en France est emblématique des liens culturels qui unissent les deux pays, au moment où est célébré le 50ème anniversaire de la reconnaissance par la France de la République populaire de Chine.

Informations pratiques

Horaires
Pendant la durée de l’exposition le château est ouvert tous les jours de 10h à 17h sans interruption (fermeture les 25 décembre et 1er janvier)
Dernier accès à la billetterie 30 minutes avant la fermeture du château
Tarifs
Exposition comprise dans le droit d’entrée du monument
Tarif : 11 € (tarif réduit 9 €)
Entrée du château gratuite jusqu’à 25 ans (ressortissants UE) et pour les enseignants sur présentation de leur carte professionnelle

Domaine national de Chambord
Château
41250 Chambord
Tél : 02 54 50 40 00 - Fax : 02 54 20 34 69
info@chambord.org
www.chambord.org


Pierre Aimar
Lundi 3 Février 2014
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