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40e Festival de Sylvanès : un Requiem pour la mort ou pour la vie ? 15 août 2017

A l’Abbaye de Sylvanès, en ce jour du 15 août, cela fait déjà presque deux mois que se déroule concert après concert un hommage à la musique venue d’un peu partout et célébrée par les meilleurs des musiciens, chœurs, chanteurs et tous instrumentistes, et regroupés autour des musiques sacrées et musiques du Monde.
Le sujet est vaste et l’endroit propice dans ce cadre de forêts, « lieu de culture et de spiritualité qui a la volonté d’expérimenter, partager et transmettre ».


Béatrice Uria Monzon et Michel Piquemal © Pierre Aimar
Béatrice Uria Monzon et Michel Piquemal © Pierre Aimar

Le concert du 15 Août

Concert phare et grand moment de l’été, avec une œuvre grandiose le Requiem de Verdi, œuvre brillante qualifiée de peu religieuse à laquelle on reproche son aspect théâtral : bref d’être comme un opéra déguisé.
Tout cela importe peu ; il s’agit de musique qui célèbre, à la manière souhaitée par son compositeur, sur le texte du Requiem, d’un sujet fort grave : l’angoisse et la détresse face à l’arrivée de la mort, qui énonce les mots qui terrifient ou adoucissent, qui parle de douleur et aussi d’apaisement, qui évoque la fin de l’homme et la colère de Dieu et les jours pleins de larmes (dies irae).
Et qui s’achève par cette phrase trois fois répétée « délivre-moi Seigneur de la mort éternelle ».

La puissance des voix

Soyons honnête, ce texte figé n’est là que pour soutenir la musique de Verdi, une très belle musique expressive et puissante qui fait la part belle aux voix : la mezzo soprano Béatrice Uria-Monzon , remarquable de sobriété, et chaleureuse, Patrick Garayt, un ténor affirmé à l’expression très précise et qui s’épanouit dans cette œuvre, comme la basse Jacques-Greg Belobo. Bénédicte Roussenq, soprano, elle domine ses partenaires qu’elle écrase trop de sa personnalité et c’est dommage.
Quant à l’orchestre Contrepoint et aux chœurs comme toujours remarquables et d’une extrême précision, vêtus de noir et de blanc, ils sont amples avec leurs 125 choristes ; et leur ferveur passionnée emplit la nef et s’arrondit dans la belle abside de pierre ornée de quatre vitraux en fleurs, à tel point qu’elle semble parfois près d’éclater. Sous la direction de son chef Michel Piquemal, veste blanche assortie à un casque de cheveux blancs, il est à la tête de cette apothéose de sons et d’instruments, avec la plus grande aisance ; un des chefs les plus porteurs d’émotion que nous connaissions.


L’œuvre

Le mot de Requiem jeté comme un cri, est à frémir d’horreur dans son rejet de mort, à faire prendre peur alors que le Salva me (sauve-moi) exprime tout autant détresse qu’espérance.
L’œuvre composée à la mort de Rossini (qui avait lui-même composé une Petite messe Solennelle, requiem en réalité), devait d’abord être l’œuvre collective de 10 compositeurs italiens ; échec. Seul Verdi, chargé du Libera me final a alors parachevé l’œuvre. Ce Libera me spectaculaire fait de l’œuvre de Verdi une prière pour les vivants plutôt que pour les morts et une vraie glorification de la vie par sa puissance de gloire. Il faut savoir que Verdi n’avait rien d’un contemplatif et que la mort n’était pour lui qu’un obstacle que l’homme devait surmonter.
L’œuvre inspirée par bien peu de foi est cependant demeurée et ce Requiem comme celui attribué en partie à Mozart, demeurent deux grandes œuvres de ferveur et d’émotion.
Et il faut le décor de pierre d’une belle abbatiale aux confins des bois, près des sources et au croisement des chemins pour que de telles œuvres puissent y prendre leur envol.
Jacqueline Aimar


Jeudi 24 Août 2017
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