Sortir ici et ailleurs, magazine des arts et des spectacles

Membre du Syndicat de la Presse Culturelle et Scientifique (SPCS) et de la Fédération Nationale de la Presse Spécialisée (FNPS)



René Seyssaud, L’ivresse de la couleur. Palais des Arts, Marseille, du 14 juillet au 18 novembre 2012 à Marseille

La Fondation Regards de Provence rend hommage à l’artiste marseillais René Seyssaud (1867-1952) en lui consacrant une grande rétrospective. Peintre de paysages, des travaux des champs, de natures mortes et de marines, son œuvre illustre une ardente et puissante personnalité très remarquée pour l'intensité de ses coloris, pour la sincérité de ses émotions et l'extrême force de sa vision de la nature. Plus de 80 peintures seront réunies du 14 juillet au 18 novembre 2012 au Palais des Arts à Marseille.


René Seyssaud, L’ivresse de la couleur. Palais des Arts, Marseille, du 14 juillet au 18 novembre 2012 à Marseille
Cette 43ème exposition clôture la présence de Regards de Provence dans les salons du Palais des Arts, dont la programmation se poursuivra à partir de mi-janvier 2013 dans le nouveau Musée Regards de Provence (13002 Marseille), inauguré à l’occasion de l’année Marseille Provence Capitale Européenne de la Culture.

Dans l'ampleur et la force de l'éblouissante explosion artistique du XXème siècle, contemporain des Fauves, aux côtés de personnalités grandioses comme Cézanne et Matisse, Seyssaud reste lui-même. Comme eux, il refuse d'échapper à la référence imitative ; il questionne la nature en découvreur ; il compose à partir de plans colorés, connaît un moment d'instinct pur et retourne à l'équilibre.
Mais en dehors d'eux, plus grec que latin, de tempérament avant tout sensible, parallèlement à Van Gogh, il projette dans sa peinture toute sa vie émotive, et livre dans un geste expressionniste, dans une ivresse païenne, son angoisse comme sa jouissance, de sorte que, son œuvre, même lorsqu'elle s'engage dans une recherche plastique pure, n'est jamais dépourvue d'humanité. “Imaginez du Van Gogh en pleine ardeur, du Cézanne sans concessions, du Monticelli un peu rustique et sauvage”. Arsène Alexandre 1901.

Peintre indépendant, d’une personnalité bien affirmée, il exprime son amour de la Provence par la hardiesse de sa facture, par le triomphe de la couleur ramenée à sa pureté, par son respect de la profondeur dans la construction de l’espace. La Provence est au cœur de la création d'avant-garde à laquelle Seyssaud appartient.

Sa carrière

René Seyssaud est élève à l'école des Beaux-arts de Marseille, sa ville natale. Proche des poètes Joachim Gasquet, et Paul Guigou, des écrivains Jean Lorrain et Jean Lombard, des peintres Auguste Lauzet et Vimar, René Seyssaud fréquente à Marseille le Groupe des Jeunes. En 1885, il entre dans l'atelier de Pierre Grivolas, à l'école des Beaux-arts d'Avignon. De parents vauclusiens, c’est dans les paysages de Villes sur Auzon qu’il trouve ses sources d’inspiration. Animé par un désir de modernité, il tourne le dos au naturalisme et cherche à se libérer de l'obsession impressionniste. Il débute à Paris, en 1892, au Salon des Artistes indépendants. En 1895, Seyssaud rencontre François Honnorat, courtier en huiles à Marseille et grand collectionneur de Monticelli, qui devient son financier et son marchand jusqu’en 1921.

Il expose en 1897 à Paris chez Le Barc de Boutteville, sa première exposition particulière puis chez Ambroise Vollard en 1899 qui lui propose un contrat qu’il refuse. La critique reconnaît dans ces deux premières expositions particulières, un peintre d’avant garde, un novateur, un instinctif, un coloriste, un poète face à la nature. Régulièrement chaque année, à partir de 1901 il expose à Paris chez Bernheim-Jeune jusqu’en 1911. En 1904, il fait construire une maison atelier à Saint-Chamas, au bord l'étang de Berre, sans manquer de faire de longs séjours, chaque été, dans le Vaucluse. Il poursuit des envois réguliers à Paris, à la Société nationale des Beaux arts, au Salon d'Automne, puis au Salon des Tuileries.

Le peintre paysan

Seyssaud a une connaissance intime de cette classe sociale à laquelle il appartient, par ses racines et par les liens du mariage. Seyssaud porte comme un regard nostalgique sur un monde en train de disparaître. La pérennité de ces sujets paysans qu'il traite toute sa vie représente pour lui, l'atemporalité de la civilisation paysanne ; il revendique cette qualité de paysan authentique. Alors que les campagnes se transforment sous ses yeux, il évacue de ses représentations toute trace de la révolution industrielle et de la machine.

Alors que Millet grandit les figures pour les placer sur le devant de la scène, Seyssaud les inclut dans le paysage. Le paysan de Seyssaud participe du ciel et de la terre. Il renonce à l'individualité et crée un type. Il ne le traite pas comme un élément isolé mais l'intègre par le rythme, les lignes, la touche, dans un tout exprimant à la fois la matière, le mouvement, l'énergie.

Seyssaud pose son regard sur les êtres mais aussi sur les choses. Objets de cuisine utilitaires, pots à graisse, tians, cruches et pichets sont posés sur la table de ferme avec les légumes et les fruits du jardin.

De Cassis à Agay, de Bandol à Carry : "des marines qui crient"

Seyssaud voit d'abord la mer de la terre, en paysan ou en excursionniste. Il ne la peint pas exclusivement pour elle même, mais pour le paysage qui l'encadre. Ses marines sont des paysages de mer où la terre est dominante. Dans une vue plongeante empruntée aux japonais, réinvestie par les Nabis, dans Marine à Agay (Musée de Saint Chamas) ou dans Les Pointes ou les Pointes rouges, il s’attache à repousser un horizon placé très haut, à réduire le ciel, à fixer la dégringolade des pins qui s'accrochent aux rochers sauvages. La diagonale de la falaise d'un terrifiant dénivelé crée une asymétrie qui dramatise le paysage.
Les énergies de la nature sont terriblement évoquées par le peintre "ivre de soleil et de couleur". Il s'éloigne des artifices des gris et des violets des impressionnistes. Avec Les Roches rouges à Agay, il ne craint pas d’étaler les rouges claironnants des pointes rocailleuses sur le bleu indigo de la Méditerranée, d'utiliser l'éloquence des tons exaltés.

De l'arrière pays vauclusien, Seyssaud porte en lui le goût géologique des rochers accidentés. La liberté et la franchise de la touche très travaillée s'associent à la rugosité du minéral. L'intensité et la richesse de la couleur accentuent le contact et l'opposition entre la terre et l'eau. La blancheur du calcaire de Cassis s'oppose au bleu vif de la Méditerranée, les rochers rouges aux arbres sombres. Ces relations de tons expriment une tension entre les deux éléments. Les flots sont vibrants, frangés d'écume, les ciels sont chavirés de nuages effilochés, les roches déchiquetées. Il s'acharne à entasser les pâtes colorées, il les ravine, il les sculpte, comme faisait Vincent Van Gogh disent certains critiques comme Gustave Geffroy en 1899. Seyssaud dépasse une vision simplement naturaliste. Aucune anecdote, aucun détail, rien de joli, ni d'arrangé. Comme les vagues à l'assaut des rochers, il livre une bataille, celle de la modernité.

L'arabesque décorative

Il porte un regard circulaire sur un vaste paysage dont il retient la sensation globale d'un espace éclairé. Il s'arrête sur les lignes dominantes ; la courbe des crêtes, les vastes tourbillons de nuages comme dans La Grande Bastide au ciel nuageux.

La ligne courbe, ou l'arabesque décorative, contient le mouvement, elle est dynamique et engendre les surfaces, elle a une puissance évocatrice et un rythme. Dans leur simplicité, les lignes courbes construisent une armature vivante, qui conduit au sévère établissement des volumes. Les grands remous du ciel habité d'un grand coup de vent soulèvent aussi les terrains. Le peintre perçoit la même arabesque dans le ciel et la terre dans un même regard "naïf " originel de la création du monde. La terre se déroule rarement à l'horizontale, c'est sa courbure qu'il souligne. Elle nous apparaît dans les tableaux de Seyssaud comme une planète. Le soleil auréolé de cercles concentriques un astre irradiant. Les nuages sont dans leurs enroulements de grandes nébuleuses spirales. Dans cette participation physique et sensorielle au choix du motif ; l'acte créateur proclame l'idée d'immanence.

Pour Seyssaud le tableau "doit receler une profondeur telle qu'on puisse comme dans la vie elle-même y découvrir sans cesse du nouveau". Seyssaud est particulièrement attentif au traitement de l'espace, à l’organisation des lignes, des formes. Ce qu'il cherche c'est un beau point de vue stable situé en hauteur d’où l’on voit des montagnes à perte de vue comme dans La Foulaison dans le Ventoux ou duquel le regard plonge dans un élan dynamique vers des vallées fourrées. La contre-plongée repousse le ciel très haut.

Il associe même plusieurs angles de vue, la perspective plongeante et la contre-plongée invitant le regard à sauter d'une combe à l'autre. Les impressionnistes ainsi que Degas, s’étaient déjà laissés séduire par les vues plongeantes des japonais. L'avènement de la photographie et des vues aériennes a sans doute conforté cette vision qui pour Seyssaud coïncide avec la configuration des terrains dans la région de Villes.
Ce qu'il cherche c'est l'espace en tant que succession de plans, la solidité des terrains, l'harmonie entre les plans et la perspective aérienne. C'est essentiellement grâce à l'harmonie des couleurs qu'est indiquée la profondeur de l'espace.

L’ivresse de la couleur

Ce qui est essentiel pour Seyssaud, ce qui est suffisant pour aboutir à un équilibre, rejetant l'anecdotique, le pittoresque, le sublime, c'est la couleur qui "compose" sous le grand soleil. Seyssaud est un coloriste. Très tôt il a abandonné les bruns de l'atelier. Il s'est aussi très rapidement détourné du fourmillement des paillettes chromatiques des impressionnistes puis des néo-impressionnistes.
Par "couleur intégrale", il entend l'utilisation des couleurs franches, non pas disposée en aplats mais sans priver les choses de leur revêtement d'ombre et de lumière. Seyssaud a utilisé des couleurs violentes. La critique a souligné son exubérance. S'il transpose sa vision, s'il exagère le coloris, il le pousse au maximum, l'exagération ne va jamais jusqu'à l'outrance. Il reste toujours fidèle à la nature. "La vivacité de la palette l'artiste la doit plus aux sollicitations du paysage provençal qu'à des intentions profondément esthétiques" Marcel Giry.

Lorsque Seyssaud utilise une couleur d'une puissance extrême, il veille à la diminuer avec des puissances voisines. Il ménage entre elles un passage par des dessous visibles de sorte qu'elles ne se heurtent pas. Ainsi Seyssaud sait utiliser la force et la franchise des couleurs en tempérant son audace par des transitions très subtiles. La couleur seule l'intéresse et dans un traitement très audacieux le glissement de la couleur permet de créer l'espace.

L’ouvrage « René Seyssaud – L’ivresse de la couleur, 1867-1952 », édité par l’Association Regards de Provence, reproduira les œuvres de l’exposition avec des textes de Claude Jeanne Bonnici Docteur en Histoire de l’art et spécialiste de l’œuvre de René Seyssaud (sur lequel le communiqué de presse s'appuie).

Regards de Provence déménage

Cette 43ème exposition clôture la présence de Regards de Provence dans les salons du Palais des Arts, dont la programmation se poursuivra à partir de mi-janvier 2013 dans le nouveau Musée Regards de Provence, inauguré à l’occasion de l’année Marseille Provence Capitale Européenne de la Culture.
La Fondation réhabilite actuellement l’ancienne station sanitaire maritime de Fernand Pouillon de 1948 labélisée Patrimoine du XXème siècle en Musée Regards de Provence pour l’année Capitale Européenne de la Culture en 2013, qui ouvrira en janvier.

Situé sur le front de mer au cœur d’un véritable pôle de vie et de culture, sur le périmètre de la Cité de la Méditerranée à côté de la Cathédrale de la Major face au Mucem et au Centre Régional de la Méditerranée, le Musée Regards de Provence participe activement au réaménagement, à l’embellissement de la façade maritime, à l’amélioration d’une offre culturelle plus dynamique, conjointement avec les programmes ambitieux d'Euroméditerranée, des collectivités et du Ministère de la Culture.

Le Palais des Arts est ouvert tous les jours de 10h à 18h. Tarif normal : 5 € - Tarifs réduits : 4 € - 2,80 € - 2 €.
Visite commentée gratuite, hors groupe, dimanche et lundi à 10h30. Visite commentée mardi, jeudi, samedi et dimanche à 15h, 4 €/ personne. Visite commentée sur rendez-vous du lundi au vendredi, 4 €/ personne.

Association Regards de Provence :
Palais des Arts,
1 place Carli
13001 Marseille
Tél. Musée : 04 91 42 51 50
Musée Regards de Provence, Allée Regards de Provence / Rue Vaudoyer
regards-de-provence@wanadoo.fr
www.museeregardsdeprovence.com


Pierre Aimar
Mercredi 11 Juillet 2012
Lu 1244 fois


Nouveau commentaire :


Dans la même rubrique :
1 2 3 4 5 » ... 202





Inscription à la newsletter







Un Ovni dans le ciel d'Arles...