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Nice, Musée Matisse : Henri Matisse – Yves Saint-Laurent, « Le beau, la mode et le bonheur ». Du 17 juin au 28 septembre 2026

Le Musée Matisse Nice et le Musée Yves Saint Laurent Paris consacrent une exposition d’envergure à deux créateurs majeurs qui n’ont eu de cesse de repenser le XXe siècle, d’en explorer les sources, de les transgresser, pour abolir les frontières établies entre les beaux-arts et les arts appliqués


Musée Matisse Nice © François Fernandez
Musée Matisse Nice © François Fernandez
Pour Henri Matisse (1869-1954), les imprimés décoratifs, leur dynamisme, deviennent le moyen de créer un espace pictural qui « s’étend au-delà des limites du tangible1 » ; pour Yves Saint Laurent (1936-2008), la peinture offre la possibilité de passer du plan au volume, de concevoir le vêtement comme un mobile qui se déploie dans l’espace, un art en mouvement2. Coudre et peindre sont des gestes qui concourent à une « même expérimentation de la ligne, une même justesse dans le maniement des contrastes, entre les matières et le volume3 ». Henri Matisse et Yves Saint Laurent partagent à cet égard un champ lexical commun : « tailler dans la couleur », « taper dans la matière ».
Né dans le nord de la France, dans un environnement marqué par l’industrie textile, Henri Matisse développe très tôt un intérêt profond pour les étoffes, les costumes et les accessoires. Ainsi, qu’elle relève de la haute couture ou de confections plus populaires, la mode traverse son œuvre et en constitue un trait significatif. Nombre de vêtements donnèrent leur titre à bien des tableaux présentés aujourd’hui dans l’exposition (Mademoiselle Matisse en manteau écossais, La Robe bleue reflétée dans la glace, La Robe rayée, Lorette en veste rouge, Portrait à la gandoura bleue, Robe violette et anémones, et tant d’autres). La « bibliothèque de travail » de Matisse illustre cette passion. Elle constitue un répertoire visuel et tactile essentiel à son art, lui permettant d’explorer l’harmonie des couleurs, le mouvement du corps ainsi qu’une esthétique décorative. Loin d’être un simple ornement, le textile constitue pour Matisse un champ d’expérimentation formelle. Comme le soulignait Pierre Schneider, « intéressé par les arts du costume, Matisse ne pouvait pas ne pas l’être par la mode ».

L’art moderne a trouvé un écho particulier chez Yves Saint Laurent, qui s’imprègne de ceux qu’il appelle, à la suite de Nietzsche, ses « fantômes esthétiques ». Parmi eux, Matisse constitue une source d’inspiration et de créativité. Sans le copier, le couturier s’en nourrit d’abord à travers les ouvrages de sa bibliothèque personnelle – dans laquelle le peintre figurait en bonne place –, puis en collectionnant avec son compagnon, Pierre Bergé, des œuvres du maître. Bien au-delà des citations qu’il a faites de l’artiste à travers plusieurs collections au cours des années 1980 et 1990, il l’a subtilement observé tout au long de sa carrière, admirant chez celui-ci l’audace des couleurs, la violence des accords et le goût de l’ornement. Il a saisi l’essence des procédés créatifs de Matisse, comme celui des papiers gouachés découpés permettant de « dessiner avec des ciseaux ».

Pour les deux maîtres, les « réserves » que constituent leurs voyages, mais surtout leurs ateliers et les livres dont ils s’entourent, sont une vaste source d’inspiration, au cœur de leur créativité. Ces explorations continues et ces horizons ouverts à la découverte de mondes nouveaux témoignent d’une immense curiosité, largement documentée par les abondantes archives laissées par chacun d’eux. Dans cette constellation où la peinture, la musique, la danse, le cinéma et la littérature se croisent, certaines références sont communes, parmi les-quelles Apollinaire, Aragon et Proust. C’est à Baudelaire, lu par Matisse et Yves Saint Laurent, que cette exposition doit son titre5.

Réunissant 160 œuvres – vêtements haute couture, de traditions populaires, peintures, dessins, textiles, accessoires et documents d’archives –, le Musée Matisse Nice propose un parcours inédit mettant en lumière la profonde unité des liens que le couturier – l’un des plus grands innovateurs de la mode française – a tissés avec l’art d’Henri Matisse, l’un des plus grands artistes de son temps.

Commissariat :
Serena Bucalo-Mussely, conservatrice, commissaire d’exposition, et Aymeric Jeudy, historien, directeur du Musée Matisse Nice, chercheur associé au Centre de la Méditerranée moderne et contemporaine (Université Nice Côte d’Azur)

Catalogue de l’exposition :
Sous la direction de Serena Bucalo-Mussely et Aymeric Jeudy
Avec les contributions de Khémaïs Ben Lakhdar Rezgui, Laurence Benaïm, Serena Bucalo-Mussely, Domitille Éblé, Claire Gooden, Aymeric Jeudy, Mouna Mekouar, Victor Sainsot et Popy Venzal

Info+

Musée Matisse
164, avenue des Arènes de Cimiez
06364 Nice
cedex 4

musee-matisse-nice.org
Ouvert tous les jours sauf le mardi de 10 h à 18 h (jusqu'à 17 h du 1er novembre au 31 mars)

Pierre Aimar
Mis en ligne le Lundi 15 Juin 2026 à 03:04 | Lu 24 fois

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