Requiem, Festival d'Aix-en-Provence 2026 © Monika Rittershaus
Une scénographie entre poésie et excès
Le Requiem de Mozart, donné à l’Archevêché d’Aix-en-Provence, était l’un des événements les plus attendus du Festival d’art lyrique. Romeo Castellucci, metteur en scène italien, connu pour ses univers oniriques, parfois dérangeants, en a proposé une lecture à la fois extravagante et symbolique au décorum funéraire, entre procession, rituel et danses bachiques. Des images puissantes et évocatrices, évoquant tour à tour la métempsychose des êtres et du monde avec de la terre qui envahit la scène lors du Lacrimosa et la froideur de l’inhumation tandis que défilent, sur le mur de scène un inventaire surtitré des extinctions des origines du monde à nos jours. Romeo Castellucci, demeure fidèle à son style. Il ne cherche pas à expliquer ni à paraphraser la musique, mais à en révéler les dimensions émotionnelles et philosophiques que Mozart à laisser en suspens. Le Requiem devient ainsi une introspection que vit le spectateur sur l’extinction, à toutes les échelles du vivant : du corps individuel aux civilisations entières, en passant par les ères géologiques et préhistoriques. Une approche audacieuse qui a divisé la salle, certains y auront vu une démonstration trop insistante de l’effondrement de notre monde, d’autres une œuvre géniale et engagée.
Votre ressenti reflète bien la complexité de cette production : de belles idées, des tableaux et ballets d’une esthétique envoûtante, mais aussi une insistance parfois pesante sur le thème de l’effondrement. La scénographie chargée (figurants, danseurs, choristes, terre, voitures accidentées) peut en effet noyer le spectateur sous le poids des symboles, au risque de diluer l’émotion musicale. Pourtant, il est indéniable que cette version du Requiem marque les esprits – et c’est bien là l’objectif de Castellucci : provoquer, interroger, et pousser le public à réfléchir sur la condition humaine
Pichon et Pygmalion : une interprétation historique
Sous la férule de Raphaël Pichon, l’Ensemble Pygmalion a livré une performance remarquable par sa clarté et son énergie vitale. Pichon a choisi d’enrichir la partition de Mozart par l’insertion de neuf œuvres de jeunesse du compositeur, créant ainsi des moments mystiques approfondissant la structure spirituelle de cette messe des morts. Le chœur et les solistes, au sommet de leurs arts ont porté cette version avec ferveur et souplesse. Pichon, en chef incisif, a su donner à ce Requiem la dimension à la fois dramatique et spirituelle, loin des versions purement « funèbres ».
Un hommage à Pierre Audi
Cette production, initialement créée en 2019 pour le Festival d’Aix-en-Provence sous l’impulsion de Pierre Audi (son ancien directeur disparu en 2025), revient comme une dédicace posthume. Pichon et Castellucci y ont injecté de conserve une forme de d’amabilité assez inattendue, transformant le Requiem en un rituel primal, où la danse (notamment celles traditionnelles des Balkans et de l’Italie du Sud) transmutent la mort en un cérémonial intemporel.
Catherine Richarté-Manfredi
photo Monika Rittershaus
Le Requiem de Mozart, donné à l’Archevêché d’Aix-en-Provence, était l’un des événements les plus attendus du Festival d’art lyrique. Romeo Castellucci, metteur en scène italien, connu pour ses univers oniriques, parfois dérangeants, en a proposé une lecture à la fois extravagante et symbolique au décorum funéraire, entre procession, rituel et danses bachiques. Des images puissantes et évocatrices, évoquant tour à tour la métempsychose des êtres et du monde avec de la terre qui envahit la scène lors du Lacrimosa et la froideur de l’inhumation tandis que défilent, sur le mur de scène un inventaire surtitré des extinctions des origines du monde à nos jours. Romeo Castellucci, demeure fidèle à son style. Il ne cherche pas à expliquer ni à paraphraser la musique, mais à en révéler les dimensions émotionnelles et philosophiques que Mozart à laisser en suspens. Le Requiem devient ainsi une introspection que vit le spectateur sur l’extinction, à toutes les échelles du vivant : du corps individuel aux civilisations entières, en passant par les ères géologiques et préhistoriques. Une approche audacieuse qui a divisé la salle, certains y auront vu une démonstration trop insistante de l’effondrement de notre monde, d’autres une œuvre géniale et engagée.
Votre ressenti reflète bien la complexité de cette production : de belles idées, des tableaux et ballets d’une esthétique envoûtante, mais aussi une insistance parfois pesante sur le thème de l’effondrement. La scénographie chargée (figurants, danseurs, choristes, terre, voitures accidentées) peut en effet noyer le spectateur sous le poids des symboles, au risque de diluer l’émotion musicale. Pourtant, il est indéniable que cette version du Requiem marque les esprits – et c’est bien là l’objectif de Castellucci : provoquer, interroger, et pousser le public à réfléchir sur la condition humaine
Pichon et Pygmalion : une interprétation historique
Sous la férule de Raphaël Pichon, l’Ensemble Pygmalion a livré une performance remarquable par sa clarté et son énergie vitale. Pichon a choisi d’enrichir la partition de Mozart par l’insertion de neuf œuvres de jeunesse du compositeur, créant ainsi des moments mystiques approfondissant la structure spirituelle de cette messe des morts. Le chœur et les solistes, au sommet de leurs arts ont porté cette version avec ferveur et souplesse. Pichon, en chef incisif, a su donner à ce Requiem la dimension à la fois dramatique et spirituelle, loin des versions purement « funèbres ».
Un hommage à Pierre Audi
Cette production, initialement créée en 2019 pour le Festival d’Aix-en-Provence sous l’impulsion de Pierre Audi (son ancien directeur disparu en 2025), revient comme une dédicace posthume. Pichon et Castellucci y ont injecté de conserve une forme de d’amabilité assez inattendue, transformant le Requiem en un rituel primal, où la danse (notamment celles traditionnelles des Balkans et de l’Italie du Sud) transmutent la mort en un cérémonial intemporel.
Catherine Richarté-Manfredi
photo Monika Rittershaus


Aix en Provence, Théâtre de l’Archevêché : Un requiem de Mozart et un vibrant hommage à Pierre Audi. 6 juillet 2026
Avignon Off : « Nuit gravement au salut » d’Henri Frédéric Blanc jusqu’au 25 juillet au Théâtre Barretta à 12 H12. Durée 1 H30. Entretien Serge Alexandre
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