Sortir ici et ailleurs, magazine des arts et des spectacles

Membre du Syndicat de la Presse Culturelle et Scientifique (SPCS) et de la Fédération Nationale de la Presse Spécialisée (FNPS)



Lyon, Musée des Confluences, exposition « La Terre en héritage, du Néolithique à nous » du 2 avril 2021 au 13 février 2022

La Terre en héritage, du Néolithique à nos jours dresse un bilan des impacts humains sur la Terre en ce début de 21e siècle.


L'exposition propose de chercher les origines de l’exploitation de l’environnement dans une période qui bouleversa notre relation au monde naturel et au reste des êtres vivants : le Néolithique. À cette époque, des humains, devenant sédentaires, jetèrent les bases d’un nouveau rapport à la nature par la domination. Domestication des animaux, culture des plantes, production, consommation, habitat, transport : pour chacun de ces sujets, l’exposition effectue un saut dans le temps afin d'identifier des moments-clefs de l’histoire contemporaine où s'amorcent des modifications environnementales d'une ampleur sans précédent, dessinant une nouvelle ère géologique : l’Anthropocène.

Exposition coproduite avec l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP), avec la participation de l’Ecole Urbaine de Lyon.
© La Plume et le plomb
© La Plume et le plomb

Une bascule irréversible

Il y a environ 12 000 ans, au Proche-Orient, certains groupes humains entreprennent pour la première fois de domestiquer des plantes et des animaux sauvages. Ainsi, après 300 000 ans passés à chasser et à cueillir les produits de la nature, ils deviennent des agriculteurs sédentaires, capables de produire leur propre nourriture. Cette modification profonde du mode de vie, c’est la « Révolution néolithique », une bascule culturelle sans précédent. Un lien circulaire se crée entre production, sédentarisation et démographie, qui structure toujours nos sociétés. La représentation du monde et de l’humain par rapport au reste du vivant en est transformée à tout jamais.
Palette à fard Vers 3800-3100 av. J.-C., Egypte, Khozam Grauwacke © musée des Confluences
Palette à fard Vers 3800-3100 av. J.-C., Egypte, Khozam Grauwacke © musée des Confluences

Se nourrir

Se nourrir, l’un des besoins primaires, est un enjeu majeur des sociétés de production. Au Néolithique, on sélectionne déjà les espèces végétales et animales les plus productives tandis que, dans le même temps, les espèces sauvages déclinent. L’invention du fauchage et le semis des seules graines mûres forcent leur cycle naturel pour de meilleures récoltes. Les espèces inutiles ou nuisibles sont éliminées. Enfin, des outils agricoles, utilisant la force des animaux domestiqués, augmentent l’étendue des sols cultivables.

L’animal, assimilé dès le 17e siècle à une machine, devient un maillon de chaînes de production toujours plus vastes. Au 20e siècle, la sélection est poussée à son paroxysme pour créer des races à fort rendement. La déforestation participe grandement à l’érosion de la biodiversité, quand l’intensification et l’extension de la pêche ne permettent plus le renouvellement naturel des espèces. En parallèle, la mécanisation et les pollutions liées aux élevages intensifs perturbent les écosystèmes ou mettent à mal le cycle de l’eau. Depuis 1980, les modifications génétiques tentent d’améliorer encore la rentabilité.
Couteau à moissonner (2786-2702 av. J.-C.) Suisse, Saint-Blaise, Bains des Dames. Silex, bois, brai de bouleaux © Laténium
Couteau à moissonner (2786-2702 av. J.-C.) Suisse, Saint-Blaise, Bains des Dames. Silex, bois, brai de bouleaux © Laténium

Produire et posséder

Produire et accumuler des biens est le propre des sociétés sédentaires. La multiplication d’objets, la production standardisée, la fabrication à la chaîne d’outils désormais indispensables, la diffusion à large échelle, les « commandes » de produits lointains... tout est déjà en place au Néolithique. Une société sédentaire productrice de richesses se hiérarchise très rapidement. Aux produits de première nécessité tels que les céramiques pour manger et stocker les aliments et les outils agricoles, s’ajoutent les objets ostentatoires, synonymes de valeur identitaire individuelle et sociale. C’est la naissance du gaspillage.

L’exploitation de matières premières, l’épuisement des ressources et l’accumulation de déchets sont des problèmes majeurs de notre société de consommation. À partir du début du siècle dernier, la consommation de masse met un terme aux pratiques de réemploi, aussi bien au niveau des entreprises que de l’économie des ménages. De nos jours, chaque citadin émet plus de 4 kg au quotidien.
Une fillette ramasse les déchets plastiques dans les eaux marines de Manille au Philippines (2019) © Hartmut Schwarzbach
Une fillette ramasse les déchets plastiques dans les eaux marines de Manille au Philippines (2019) © Hartmut Schwarzbach

Occuper la Terre

L'expansion du bâti, reflet de la pression démographique, du développement économique et de l’organisation sociale, est une réalité dès le Néolithique. Plusieurs types d’architecture existent, en fonction des matières premières disponibles. Leur forme et leur dimension reflètent également l’organisation des communautés et la condition sociale de leurs habitants. C’est le prélude aux villes historiques et à leur rôle stratégique dans les réseaux commerciaux.

Désormais, l’urbanisation planétaire bouleverse nos façons de vivre. Après une première phase liée à l’industrialisation, le monde connaît une véritable révolution urbaine depuis les années 1950. Les espaces urbanisés s’étendent, les périphéries s’imposent partout, à mesure que l’usage de l’automobile se généralise et que les modes de circulation, dépendants des énergies fossiles, se diversifient. Cette expansion perturbe les écosystèmes, capte les meilleures terres agricoles. Les infrastructures deviennent de plus en plus lourdes et les impacts environnementaux de plus en plus préoccupants.
Mute Migration (2008) Hema Upadhyay (1972-2015) Inde, Mumbai - Papier, carton, tôle Prêt de la Collection Antoine de Galbert, Paris
Mute Migration (2008) Hema Upadhyay (1972-2015) Inde, Mumbai - Papier, carton, tôle Prêt de la Collection Antoine de Galbert, Paris

Retrouver le lien

Homo Sapiens - Adult Male (2017) Emeric Chantier (né en 1986) France, Île-de-France, Montreuil Matières : Techniques mixtes © Emeric Chantier
Homo Sapiens - Adult Male (2017) Emeric Chantier (né en 1986) France, Île-de-France, Montreuil Matières : Techniques mixtes © Emeric Chantier
Et maintenant, il faut s’engager. Les deux derniers siècles, et en particulier la grande accélération des soixante-dix dernières années, ont mis en péril l'écosystème Terre. Ce sont des choix humains, plus ou moins conscients, qui nous ont menés à la situation actuelle. En plein Anthropocène, alors que la catastrophe écologique se déroule sous nos yeux, l’humanité est prise de vertige : saura-t-elle assumer ce rôle tout-puissant qu’elle s’est elle-même attribué ? Nos sociétés sont-elles capables de protéger et retisser les liens qui unissent l’humanité à la nature ?


Musée des Confluences
Lundi 18 Janvier 2021
Lu 100 fois


Nouveau commentaire :


Dans la même rubrique :
1 2 3 4 5 » ... 238