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Luxembourg, Ceysson & Bénétière Wandhaff : Entrevue[s] - Wilfrid Almendra, Pierre Buraglio, Aurélie Pétrel et David Raffini. 31 janvier - 14 mars 2026

Du 31 janvier au 14 mars 2026, la galerie Ceysson & Bénétière Wandhaff à Luxembourg présente l’exposition Entrevue[s], qui met en dialogue les œuvres de Wilfrid Almendra, Pierre Buraglio, Aurélie Pétrel et David Raffini autour d’un thème aussi familier que profond : la fenêtre.


Entrevue(s) désigne à la fois la rencontre entre les artistes et leur échange autour de ce motif commun, une « entre-vue » qui se laisse percevoir entre deux espaces, entre un intérieur et un extérieur. La fenêtre devient ainsi à la fois un sujet partagé et un lieu du regard.

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Aurélie Pétrel, Chapitre 1 - 14h39, 2009. Ceysson & Bénétière © 2025 | Ceysson & Bénétière.
Aurélie Pétrel, Chapitre 1 - 14h39, 2009. Ceysson & Bénétière © 2025 | Ceysson & Bénétière.
Dans l’œuvre d’Aurélie Pétrel, la fenêtre apparaît d’abord comme une condition originaire de l’image photographique. L’histoire de la photographie commence littéralement depuis une fenêtre, celle par laquelle Niépce capte, en 1826, la vue de sa maison. La photographie fonctionne dès lors comme un quadrilatère découpant le réel, un seuil qui organise lumière, temps et espace. Les œuvres de Pétrel prolongent cette généalogie en multipliant les dispositifs où une scène photographiée contient elle-même une ouverture, ou inversement où la structure de l’image redouble la fenêtre qu’elle encadre. La photographie devient ainsi un entre-deux : un fragment du monde retenu, rejoué, déplacé, où la fenêtre est à la fois sujet, dispositif et mise en abîme.

Vue de l'exposition personnelle de Wilfrid Almendra "Where the Sun Pauses" à la Kunstalle Lingen, 2025 © Photo : Roman Mensing
Vue de l'exposition personnelle de Wilfrid Almendra "Where the Sun Pauses" à la Kunstalle Lingen, 2025 © Photo : Roman Mensing
Chez Wilfrid Almendra, la fenêtre se manifeste par la présence concrète de ses composants au sein même des œuvres. Ses séries — notamment Model Home et Sonatas — reprennent le vocabulaire du bâti : verre, métal, montants, cadres, mais en détournent la fonction première. Au lieu d’ouvrir sur un paysage in visu, ces œuvres révèlent un paysage in situ, constitué d’éléments et d’objets pris dans l’épaisseur du cadre. Ces objets agissent par symbole : ils renvoient au monde social situé de l’autre côté de la fenêtre, traditionnellement séparé de l’espace intime. Almendra réactive ainsi la conception de Léonard de Vinci pour qui le tableau est une « paroi de verre », une surface transparente où s’articulent deux réalités. Ici toutefois, cette paroi ne donne pas accès à un ailleurs fictif ; elle expose le seuil lui-même, cet espace de transit où se rencontrent et se frottent deux mondes.

Pierre Buraglio © Droits réservés
Pierre Buraglio © Droits réservés
Cette approche trouve un écho direct dans la série des Fenêtres de Pierre Buraglio, réalisée dès le milieu des années 1970. Buraglio prélève des vantaux sur des chantiers : ces éléments structurels — montants, gonds, traces d’usage — sont associés à du verre bleu ou incolore et présentés comme des œuvres autonomes. Les gestes du charpentier se mêlent à ceux du vitrier. Ces fragments architecturaux ne donnent sur aucun paysage, mais sur leur propre structure. Ils s’affirment comme des ouvertures aveugles, des interfaces qui n’ouvrent sur rien d’autre qu’elles-mêmes, où le cadre devient littéralement le sujet. Le verre étiré, les arêtes vives de la découpe, le dialogue entre bleu et vert rappellent à la fois Matisse et la Crucifixion de Philippe de Champaigne. La fenêtre cesse ici d’être un motif pour devenir un objet spécifique de la peinture moderne, un dispositif où se rejoue la question du cadre, de la découpe et de la vision.

David Raffini © Droits réservés
David Raffini © Droits réservés
Enfin, dans la peinture de David Raffini, la fenêtre se déplace vers une expérience perceptive et mémorielle. Les tissus pliés, froissés ou tendus qu’il utilise transforment la surface du tableau en membrane, rideau ou ouverture, évoquant la fugacité d’un paysage aperçu à travers une fenêtre. La peinture fixe ces perceptions dans la matière textile, transformant des plis éphémères en mémoire durable, à la manière d’une sensation qui s’imprime sur la rétine. Chez Raffini, le motif n’est qu’un prétexte : comme le formule Dolla, « la peinture elle-même est son propre sujet ». La fenêtre devient alors un seuil perceptif, un lieu de rencontre entre surface et profondeur, flou et netteté, abstraction et figuration. Elle est aussi une fenêtre temporelle : l’instant suspendu où l’attention de l’atelier se cristallise dans le geste et dans la lumière.

Informations pratiques

b[Aurélie Pétrel, David Raffini,
Pierre Buraglio et Wilfrid Almendra
Entrevue[s]]b
31 janvier 2026 - 14 mars 2026

Vernissage le samedi 31 janvier, à partir de 12h

Galerie Ceysson & Bénétière
13 - 15, rue d’Arlon
L-8399 Koerich
Luxembourg


Pierre Aimar
Mis en ligne le Lundi 12 Janvier 2026 à 02:38 | Lu 40 fois

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