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L’effet boomerang. Les arts aborigènes d’Australie du 19 mai 2017 au 7 janvier 2018 au Musée d'ethnographie de Genève

La nouvelle exposition du MEG «L’effet boomerang. Les arts aborigènes d'Australie» présente une très vaste collection de pièces australiennes. L’art autochtone est un lien avec le territoire ancestral et avec le Temps du Rêve. Il est devenu un moyen de lutte pour la revendication des droits aborigènes. Et il prend place aujourd’hui, avec ses innovations esthétiques, dans le circuit de la création contemporaine. Au fil de l’exposition, la narration qui définit le sens des œuvres retourne à son point de départ. La parole revient aux peuples autochtones, comme dans la trajectoire d’un boomerang.


Murs blancs, éclairage fluo, écriture néon: la nouvelle exposition du MEG «L’effet boomerang. Les arts aborigènes d'Australie» accueille son public dans un espace évoquant l’art contemporain. Le MEG y dévoile une collection peu connue et révèle la richesse du patrimoine culturel de l’Australie autochtone. Si cet art prend place désormais dans le circuit planétaire, il ne cesse pas pour autant d’affirmer son lien avec le territoire ancestral, avec les temps immémoriaux de la création du monde, avec les luttes menées au cours des dernières décennies pour la reconnaissance des droits aborigènes. Au fil du parcours de l’exposition, la narration qui définit le sens des œuvres retourne à son point de départ. La parole revient aux peuples autochtones, comme le boomerang à son point de départ.

Lorsque James Cook débarque en Australie, en 1770, il décrète le pays «terre de personne» (terra nullius), car il n’y rencontre l'autorité d’aucun État. Une mosaïque de peuples vit pourtant là depuis 60’000 ans, parlant 250 langues, élaborant un art d’une grande richesse formelle, développant des cultures complexes et interconnectées. Des sociétés qui, jusqu'à ce jour, entretiennent un lien visible et invisible avec le territoire à travers une philosophie connue sous le nom de Temps du Rêve (Dreaming). Des sociétés mouvantes, aussi, dynamiques et productrices d'innovation, qui font entendre leur voix dans la modernité globale. Dans les années 1970, l'art autochtone se lance dans la peinture acrylique, avec les célèbres motifs «à points» servant à cacher des signes sacrés. Dans les années 1990, le tube néon est l’un des matériaux adoptés par l’artiste aborigène Brook Andrew, invité aujourd’hui par le MEG à effectuer une résidence dans le cadre de cette exposition.

On raconte que, dans le temps ancestral, les sœurs Djan’kawu ont peuplé le paysage en nommant les êtres et les lieux, puis en s'allongeant près des racines d'un pandanus pour accoucher d'objets sacrés. On narre que le clan Dätiwuy et son territoire ont été façonnés par un requin appelé Mäna. On dit qu'il ne faut pas peindre la bouche des Wandjina, faiseurs de pluie dont le serpent arc-en-ciel a scellé les lèvres, car si on le faisait, il pleuvrait sans cesse.

À côté des objets utilitaires (boomerangs, propulseurs, massues, lances, boucliers) et des artéfacts utilisés lors des échanges (nacres gravées, bâtons de messages), l'exposition du MEG «L’effet boomerang. Les arts aborigènes d'Australie» donne à voir des œuvres qui matérialisent ces récits mythologiques.

Parmi les objets présentés trônent deux arbres gravés, marqueurs de sépultures et d’espaces cérémoniels. Présenter de telles pièces, dont la présence est extrêmement rare dans les musées, ne va pas de soi: ces troncs arrachés au paysage par les colons renvoient au déni de la culture aborigène. L'exposition revient dès lors sur l'histoire qui a fait du MEG le dépositaire de collections australiennes d’une importance singulière. Mais comment un artiste aborigène voit-il les pratiques muséologiques qui se déroulent autour de sa culture? Brook Andrew répond en portant sa réflexion sur les objets sacrés et secrets conservés par le Musée. Il imagine des manières d’exposer des pièces sacrées, qui ne doivent pas être montrées, telles que les churingas qui rendent présents les ancêtres claniques et le temps des origines.

En 1963, des Aborigènes de la Terre d'Arnhem adressent au Parlement australien une pétition écrite sur une écorce, sur laquelle se côtoient des peintures renvoyant aux lois traditionnelles et un texte dactylographié qui suit les procédures du Commonwealth. Le geste marque un tournant dans le processus qui conduit à l’obtention des premiers droits politiques et territoriaux. Dans les mouvements de revendication, la création artistique joue dès lors un rôle central. Celle-ci devient un moyen d'affirmer le lien identitaire entre les peuples et le territoire ancestral.

Avec le projet Ghostnet Art, les insulaires du détroit de Torrès sculptent des animaux marins avec des filets de pêche abandonnés, présentés de manière monumentale dans l’exposition du MEG. L’art est donc investi comme un outil à la fois de dénonciation et de résilience culturelle. L’impact de ces pratiques confirme alors le point de vue exprimé dans les récits du Temps du Rêve: c'est par des actes alliant le geste rituel à l'expression créatrice qu'on agit efficacement sur la marche du monde.

Programme culturel et scientifique
La médiation culturelle invite les différents publics à de nombreux ateliers participatifs, des visites décalées, des projections de films et des rencontres de proximité avec les actrices et les acteurs du projet. Des scientifiques de terrain apportent leur regard sur la situation sur place et des artistes sont invités à se réapproprier les thèmes de l’exposition. De nombreux ateliers et visites sont également dédiés aux familles et aux scolaires.

Pratique

Vernissage
Jeudi 18 mai 2017 à 18h au MEG

Ouverture au public
Vendredi 19 mai 2017 à 11h

Catalogue
L’effet boomerang. Les arts aborigènes et insulaires d’Australie
Sous la direction de Roberta Colombo Dougoud Gollion : Infolio éditions / Genève: MEG
176 pages, mai 2017
N° ISBN: 978-2-8847-4832-2
Prix: 39 CHF / 32-35 €

Sous la direction de la commissaire scientifique de l’exposition, ce catalogue très richement illustré, est complété par des contributions de spécialistes de l’art aborigène et se fait l’écho du travail et des revendications de deux personnalités aborigènes de renommée internationale.

Situation

MEG - Musée d’ethnographie de Genève
Bd Carl-Vogt 65
1205 Genève
T +41 22 418 45 50
meg@ville-ge.ch
www.meg-geneve.ch



Pierre Aimar
Mardi 17 Janvier 2017
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