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Il était une Voix, Natasha Bezriche. Retour sur un spectacle prodigieux au Théâtre Toursky

La salle Léo Ferré de ce magnifique Théâtre Toursky est pleine à craquer, des jeunes, même très jeunes, et des plus âgés. Quand la lumière se fait, trois artistes : Sébastien Jaudon au piano et aux arrangements, Anne Rauturier au récit et à l’accordéon et Natasha Bezriche au chant.


Il était une Voix, Natasha Bezriche. Retour sur un spectacle prodigieux au Théâtre Toursky
Une féérie en musique
Nous n’assistons pas à un récital de chansons avec accompagnement musical, mais à une féérie en musique. Le spectacle, qui déplie sous nos yeux récits, chants et musique, est poésie. La voix douce, claire dans le récit, délicate et perlée dans le chant d’Anne Rauturier vient parer celle de Natasha Bezriche. Anne devient conteuse au sens traditionnel du terme. Ce pourrait être une veillée autour d’un feu de cheminée, nous ne sommes plus ‘au spectacle’. Anne Rauturier possède l’art de la transmission. Chaque parole est délectation. Et si le conte, en partie, est déjà connu de certains, l’auditoire aime à le réentendre. Magique ! Quand l’artiste, voix de velours, lit un texte inédit de Jean Cocteau : la salle a le frisson.

« Regardez cette petite personne dont les mains sont celles du lézard des ruines. Regardez son front de Bonaparte, ses yeux d’aveugle qui vient de retrouver la vue. Comment chantera-t-elle ? Comment s’exprimera-t-elle ? Comment sortira-t-elle de sa poitrine étroite les grandes plaintes de la nuit ? Et voilà qu’elle chante, ou plutôt, qu’à la mode du rossignol d’avril, elle essaie son chant d’amour. Avez-vous entendu ce travail du rossignol ? Il peine. Il hésite, il racle. Il s’étrangle. Il s’élance et il retombe. Et soudain il trouve. Il vocalise. Il bouleverse. Très vite, Edith Piaf, qui se tâte et qui tâte son public, a trouvé son chant. Et voilà qu’une voix qui sort des entrailles, une voix qui l’habite des pieds à la tête, déroule une haute vague de velours noir. Cette vague chaude nous submerge, nous traverse, pénètre en nous. Le tour est joué. Edith Piaf se dépasse. L’âme de la rue pénètre dans toutes les chambres de la ville. Ce n’est plus Edith qui chante : c’est la pluie qui tombe, c’est le vent qui souffle, c’est le clair de lune qui met sa nappe. »

Sublime Natasha Bezriche
Elle reste en retrait, appuyé sur un tabouret. Grande, brune aux longs cheveux, souriante, élégante, vêtu de noir. Puis elle s’avance. Seuls les mots de Cocteau sont assez forts pour qualifier l’interprétation, la voix, la présence de Natasha Bezriche sur scène. Elle n’est pas Piaf mais le timbre, la passion, la mélodie, le charisme, l’engouement, tout est là. On est bouleversé par Natasha comme on l’est par Edith. Comme Edith, le cœur de Natasha est rouge. Il insuffle l’amour. Elle se dresse là, son chant dans les tripes, relié fraternellement à ses compagnons de scène. Il y a entre ces trois-là une entente fabuleuse, une osmose. Ces gens-là s’aiment et on le sent.
Natasha Bezriche chante l’amour, la fraternité.
Tout cela jaillit sur les spectateurs et, tel un boomerang, rebondit sur scène et transcende les artistes.
Treize chansons, ovationnées : Les mots d’amour, l’accordéoniste, J’m’en fous pas mal, Milord, Comme moi, Les Blouses blanches, la Foule, le Billard électrique, l’Homme à la moto, Mon vieux Lucien, Dans ma rue, A une chanteuse morte, Non je ne regrette rien. Treize chansons réinventées, uniques, et pourtant les mêmes. L’étendue vocale de Natasha est particulièrement remarquable, allant de la note la plus basse à la plus aigüe avec une facilité diablesque. Comme sont splendides, la couleur, l’homogénéité du timbre, la technique.
Les spectateurs tanguent avec La Foule, pleurent avec Milord, tressaillent avec Les Blouses blanches, s’encanaillent, exultent. Dans ma rue il y a des ombres qui se promènent chante Piaf. Ce soir l’ombre de la Môme Piaf se faufile sur scène, dans les rangs, jusqu’aux lumières et à la sono, et chaparde les âmes. Du talent à revendre, de l’originalité, un professionnalisme impressionnant, Natasha Bezriche fait partie des grandes !

Piaf mais pas que….
On peut hésiter à assister au spectacle d’un artiste chantant une icône disparue, non que l’on doute de son talent, mais, confusément, par peur d’une certaine déception qui viendrait ternir jusqu’au souvenir du chanteur, pas avec Natasha Bezriche et ses musiciens ! Et la chanteuse ne s’arrête pas à Piaf ! Deux des plus grands chanteurs, Ferré, Barbara, font partie de son répertoire. A chaque fois, qu’il s’agisse d’un spectacle sur Barbara ou sur Ferré, le public est abasourdi ! La voix est sublime. Ces grands chanteurs renaissent, redécouverts, fabuleux, fantastiques. Ce qui démarque Natasha Bezriche, ce sont ses convictions à défendre le côté humain et l’envie de diffuser cette si précieuse et indispensable culture. C’est cela, allié à une voix exceptionnelle, qui fait les chanteurs.

Natasha Bezriche interprétera, mais pas seulement, la divine Barbara, le 3 novembre 2919, pour les amis de l’Humanité à Couthenans : « Magnifiques mots de femme à l’enfance errante parce que Juive, abusée mais debout grâce à son piano noir, magnifiques mots d’amour, de désespoir, mais aussi de résilience. »
On n’assiste pas aux spectacles de Natasha Bezriche sans être secoué, mais avec une joie qu’on emporte avec soi. Une grande dame, une artiste à entendre de toute urgence! Qu’on se le dise !
Danielle Dufour-Verna


Danielle Dufour-Verna
Vendredi 18 Octobre 2019
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Commentaires articles

1.Posté par Gaëtane DUINO le 18/10/2019 16:35
MERCI à Danielle Dufour-Verna ! ! ! Danielle est une artiste dont le cœur bat
avec ceux qui s'expriment sur scène....Une journaliste qui d'écrit les émotions,les intentions
le talent des artistes qu'elle aime déjà ou qu'elle découvre avec finesse pour donner envie
de la découverte ! Il se trouve que j'aimais déjà Natasha, mais si je ne l'avais pas encore admirée,
j'irai en courant voir le prochain spectacle de notre incomparable Natasha !

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