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Georges Prêtre invité du Philharmonique de Monte-Carlo

Georges Prêtre est toujours resté libre, indépendant de ses choix. Son inspiration est celle du moment, elle le domine certes, mais elle est toujours savamment mise en scène.


Un « grand classique » qui porte bien son nom

Georges Prêtre invité du Philharmonique de Monte-Carlo
Chef adulé, vénéré, respecté, privilégié, modèle de devoir, attaché à la tradition allemande et à son classicisme, le concert donné dimanche après midi à l’Auditorium Rainer III résumait en quelque sorte toutes les richesses que Georges Prêtre a pu découvrir chez Brahms, Ravel ou Stravinsky. Telle une mosaïque d’instants parfaits, dont aucun n’est négligeable, et dont la juxtaposition forme un tout.
On connaît bien sûr le tempérament du Maître. Son amour de la bravoure et des crescendos spectaculaires, cette solennité et cette tendresse, cet hymne à la force et à l’espace, cette chaleur communicative. Le tout dans une économie de geste simplement sidérante.

En première partie, Georges Prêtre enchaîne la hautaine, rude, vibrante et tourmentée Quatrième Symphonie de Brahms dans une obsédante éloquence dramatique pour propulser, avec un étonnant sens dynamique, la musique à son terme.
Un rien autoritaire, diablement efficace dans sa bonhomie sympathique, mais en véritable Commandeur, Prêtre détaille chaque solos de bois, déchaîne la foudre quand il le faut, s’épanche avec majesté quant il le faut aussi.
Dans l’Allegro non troppo, la franchise textuelle est d’une efficacité rare et l’on sent surtout cette volonté irrépressible d’assumer les audaces des passages les plus complexes. L’andante sera alors surprenant de mélancolie dans un dynamisme architectural très décanté. Vision violente, partiale certes, dont la clarté un peu froide est pétrie d’une sorte d’indispensable dépouillement. Voilà un Brahms au discours ample et reposant, avec un sens du détail particulièrement fleuri.
Gonflé de vie, porté par une formidable puissance, l’Orchestre reste toujours d’une réjouissante homogénéité et nous entraîne vers de fantastiques horizons eux aussi gorgés de romantisme et de lyrisme.

Changement de climat avec la Suite Orchestrale « Ma Mère l’Oye « de Maurice Ravel.
En quelques clips musicaux, Chef et Compositeur nous entraînent dans le monde merveilleux de l’enfance où de la Belle et la Bête au Petit-Poucet l’auditeur retrouve le charme de l’innocence perdue et se voit plongé dans un univers insoupçonné de lumières, d’ombres, de grâce pour se perdre dans les méandres éblouissantes d’un final magique qui voit le triomphe des cordes, des cors, de la phalange toute entière comme fascinée elle-même par ce paysage merveilleux.
Conte fantastique et flamboyant, joyau aux splendeurs chorégraphiques inégalées, L'Oiseau de feu de Stravinsky est l'une des partitions les plus géniales du XXè siècle, préfigurant par ses audaces harmoniques et sa vitalité rythmique les futurs chefs d'oeuvres que seront Le Sacre et Petrouchka.
Ici, le chef français souligne malicieusement les mille subtilités instrumentales de cette suite (1919), nous montre sa précision métronomique en ardent défenseur de la modernité. La liesse solennelle, le chant de gloire du final ne pouvait qu’enflammer un public conquis d’avance. Chef et Orchestre ont bien mérité la chaleureuse standing ovation qui semblait un long remerciement, une sincère admiration à un sacré diable de la baguette.
Sans tomber dans une gérontophilie à la petite semaine, il est quand même remarquable d’entendre pareil enthousiasme à… son âge !
Christian Colombeau
18 octobre 2010





Christian Colombeau
Lundi 18 Octobre 2010
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